L’enterrement de vie de jeune fille ou Cauchemar en tutu

OUH QUE CA M’EMMERDE. Déjà. Sachez-le. Bim.

Voilà bien le genre de « rituels de passage » qui m’afflige au dernier degré.  Un, parce qu’il prépare au mariage. Vaste blague. Je ne dis pas que je n’ai pas déjà choisi le modèle de ma robe de mariée mes témoins et la liste des invités (comme toute fille qui se respecte, je suis bien conditionnée) mais enfin en tant que solitude célibataire entamant l’année de la mort du Christ (33 ans les enfants) je ne suis pas la chose d’un œil fort bienveillant. Bien contente que les homos puissent le faire si ça leur chante, mais tromperies, divorces, compromis dégueus, va falloir du lourd pour m’attirer dans le camp de la bague au doigt (merci de bien compter les carats au cas où) (car Diamonds are a girl’s best friend c’est bien connu) (l’homme paie, la femme épouse).

Evidemment cet « événement » n’est qu’une singerie de l’enterrement de vie de garçon, où le jeune impétrant se frottait, sensément pour la dernière fois, aux plaisirs de la chair multipliée (no comment sur le rapport à la femme et l’appréhension de la fidélité dans le couple) (j’imagine que de toute façon aller se mater des strip-teaseuses n’est pas un problème puisque nous sommes dans une belle société de consommation où le sexe est disponible sur clic). Je me fous bien que les hommes qui en ont envie goûtent aux plaisirs de la chair multipliée, je demande juste dans ce cas quel sens prend le mariage, qui aux dernières nouvelles correspond dans ma tête à une forme d’engagement old fashioned certes, mais un peu couillue tout de même étant donné toutes les déconnades possibles citées ci-dessus.

Adieu monde cruel

Adieu monde cruel

Bref, l' »enterrement » précédant le saut dans le mariage / bonheur éternel, vlà du concept. Séparer les hommes des femmes déjà, voilà un principe qu’il est sain, voilà un beau rappel que les princesses ne se mélangent pas avec les bonshommes. J’aime.

Mais de quoi s’agit-il exactement ? De célébrer donc, entre amies de la mariée, un dernier vibrant hommage à la trépidante vie de célibataire : se déguiser en Princesse-pute dans la rue, assister à un strip-tease masculin, prendre un cours de pole dance, se rendre au hammam, se mettre une grosse mine dans un bar. Tout cela pour la modique somme de XXX€. Ouais mais c’est trop ça la vie de célib : jupes ras la touffe, un mec différent tous les soirs, une cuite tous les deux jours et un salaire à 5 chiffres. MOUAHAHA. Bon enfin, les pauvres meufs, laissons-leur à leurs illusions, chacune envie l’autre et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

J’ai en tant que témoin VIP (yep, la Lonesome Emmerdeuse n’est pas un témoin de petite bière je peux vous le dire) participé à l’organisation de deux « EVJF ». Ouais, c’est comme ça qu’on dit. KILL ME NOW.

Bon, comme je suis une brave fille j’ai tout bien organisé, et déjà on n’a pas séparé les mecs des filles, j’ai envie de dire tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. En plus comme je suis une pauvresse je peux vous dire que ça ne leur a pas coûté la race. Bref. Quand moi je fais, c’est bien, c’est beau, c’est fascinant, c’est génial. Sans me vanter. MAIS tout ça ne s’arrête pas là. Hélas.

 Kidding

Or donc j’eus la joie il y a quelques semaines de recevoir dans ma boîte aux lettres mail une convocation (je ne puis le dire autrement) à un « EVJF » (tout va bien déjà, pas de problème, pas de stress, ouvre le message calmement).

Bon.

Ressortait du message long comme le bras que 1. ça durait tout un week-end et fallait se grouiller du cul de répondre en donnant ses disponibilités toutes affaires cessantes (mais à part ça c’est dans 3 mois) et que 2. ça ne coûterait qu’un « budget modéré » (mouahaha) (100€ aux dernières nouvelles c’est 5% du salaire médian en Île-de-France que je sache). Merci de remplir précisément le TABLEAU EXCEL conçu à cet effet.

Tableau excel. Oui.

Ouirghhhhhhh (bruit de gorge) (pas profonde, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit). N’était hélas pas fournie la corde pour se pendre.

Voici donc, instant solennel, ma déclaration à toute personne de mon entourage ayant pour intention de me soumettre aux événements suivants : fiançailles, mariages, EVJTamère, baptêmes, vive la famille et aussi le travail et la patrie. Mais surtout les EV de plus très JF. SURTOUT.

Personnellement j’ai pas que ça à foutre de passer mes week-ends aux enterrements de vie de mon cul de mes amis, même si je les aime infiniment. Oui j’ai une vie. Et en plus c’est pas tous les jours faciles de la mener seule. Et oui je voudrais bien me marier et avoir des enfants AUSSI. Donc parfois ça me fait parfois grave chier que tout le monde fasse le bisounours de couple autour de moi. Oui je suis une outre verte fielleuse suintante de jalousie. Craignez mon courroux. 

Bridesmaids life

Mais pas que.

Tout cela me remet en mémoire un excellent épisode de Sex and the City (les mauvaises langues diront que c’est so 2000) (je les emmerde) (les autres mauvaises langues que c’est ma bible) (eh oui, Nietzsche, Bourdieu et Carrie Bradshaw. Pan) : Carrie, sérial célibataire aux cheveux frisottés (elle a de l’abattage, respect), réalise lors d’une invitation à une Nème baby shower (encore un concept américain moisi qui te prend en otage pour la naissance de lardons geignards) qu’elle a dépensé pour la meuf en question plus de 2000 dollars à l’occasion de ses fiançailles/mariage/naissances et que sais-je. Et que l’autre ne lui a jamais rien offert que de la réprobation pour son choix de vie (après, je ne dis pas qu’il faut dépenser tout son salaire en chaussure, mais tout de même).

Nan mais c’est vrai à la fin : on fait chier personne, et tout le monde nous fait chier. Et moi, quand le monde m’en veut, je ne suis PAS CONTENTE. Non mais. La meuf célib, cette cible de choix, cette bonne poire de la fête du slip rose, cette vache à lait de la culpabilité, cette diva de l’échec social.

Heureusement je sais déjà que mes futurs témoins putatives (oui, j’ai conscience que les candidats ne se bousculent pas au portillon, ça va MERCI), des filles sensibles et intelligentes, ne me feront JAMAIS l’affront de m’organiser un EVJF. Ou alors ça va chier. Des bulles carrées. Ye will have been warned.

Images: Kristen Wiig dans Bridesmaids, excellent film que je vous conseille 
sur le sujet.

J’emmerde Nouvel An

Ceci est un post écrit sous la pression : oui, à ce qu’il paraît je n’écris plus assez sur le blogue, pour que mes « amis » aient des trucs à lire pendant leur pause clope (voilà comment on traite la littérature, on la case pendant les pauses clopes ! mon coeur saigne, percé de mille blessures) ; et à ce qu’il paraît encore, mon histoire de Nouvel an hipster (ou « BIG LOUSE INTERNATIONALE DU NOUVEL AN ») est assez DRÔLE pour mériter un récit. Drôle ? Drôle ? Je vois bien que je suis un sujet de moquerie, que se gausser de mes mésaventures vous apporte une satisfaction perverse. Mais enfin, je me dois à mon public ; et rien n’arrêtera ce devoir sacré. Telle une Pied Nickelée post-moderne, je m’en vais donc conter les épisodes de mon Nouvel an 2014. Open the doors. Ouais parce que ça se fait de trouver des rimes. A quatorze. Je vous demande un peu. L’art est mort, Rimbaud se retourne dans sa tombe.

Enfin bref.

En prélude, j’emmerde mes dents. Il se trouve qu’ayant quelques ennuis de denture, je dus me rendre fin décembre chez le dentiste. Cela arrive, n’épiloguons pas sur la mort injuste de mes chicots qui pourrissent par combustion instantanée depuis mes 30 ans sous le simple effet de la déchéance de l’âge, vu que je ne bouffe pas de sucre (ou alors quelques tablettes de chocolat vraiment exceptionnellement) et que je me brosse les dents avec la vigueur d’un JCVD armé d’une kalachnikov (paix à son âme) (Kalachnikov). Or donc il arriva qu’en me levant du fauteuil où ce margoulin s’occupe à ses basses œuvres de boucher des familles, je subis un des travers de ma féminine condition: je m’évanouis. Oui je suis comme ça moi, comme les meufs en corset, j’ai des vapeurs. L’ennui évidemment c’est que si on tombait élégamment avec un soupir dans une bergère Louis XV dans un grand froissement de jupes tout irait bien, mais l’Emmerdeuse n’a point cette chance : elle se vautre lourdement, la tête en avant. Donc, je me suis cassé deux dents en sortant de chez le dentiste. Ben voilà. ET CA FAIT MAL NOM D’UN CHIEN. Condamnée à la paille et à l’œil au beurre noir, ma condition physique n’en menait donc pas large.

J’emmerde donc d’abord ma condition humaine, ce corps qui pourrit, moisit et se dérobe et nous soumet à d’abjects événements que nous n’avons point mérités. Or donc que signifie le Nouvel an, lorsque l’on se trouve comme moi dans une carcasse diminuée et pleine de hautes pensées philosophiques ? Si peu.

J’emmerde ainsi le Nouvel an car pourquoi fêter l’année, cette grotesque convention catholico-romaine ? Pour des orgies et des beuveries sans lendemain à l’occasion desquelles nous oublions quelques instants que nous sommes mortels, et que le temps nous attend, muni de sa faux ? Autant faire la chouille à la Toussaint, rejetons ces pompeuses hypocrisies et embrassons notre mort future, l’œil sec et le verre humide.

Doug Savage, www.savagechickens.com

Dessin de Doug Savage, http://www.savagechickens.com

J’emmerde ensuite les conventions sociales : franchement, souhaiter à une bande de branques bourrés que tu ne connais ni d’Eve ni d’Adam une bonne année hypocrite ? Qu’on m’en démontre l’intérêt. J’en ai absolument rien à foutre que ces gens passent une bonne année, surtout si c’est des mecs blindés de thunes qui m’expliquent doctement que « c’est courageux d’assumer que tu es fonctionnaire » et trouvent spirituel de me surnommer Nabilla gauchiste (ouh, une fille à gros seins qui PENSE) (perturbant). Disons qu’à eux je souhaiterais plutôt qu’ils doivent payer la moitié de leur salaire en impôts et qu’on les force à lire Nietzsche dans une pièce capitonnée. Mais bon, après on va encore me traiter de tyran. Ma résolution était donc de passer tranquillou l’étape fatidique pendant un dîner avec des amis. Mais las ! Tous se trouvaient dans la province ou à l’étranger, ces terres mouvantes dont on se demande comment l’être humain peut décemment les fréquenter. Un très cher ami m’a proposé une soirée homo, mais j’ai beau être une fille à pédés je me dis qu’il faut que je mette quand même en condition de travailler mon attractivité hétéro. Surtout qu’avec la paille apparemment je tiens un truc du tonnerre pour pécho : « Mais dis-donc, pourquoi tu bois ton champagne à la paille ? » « Oh ben j’ai mal aux dents et sinon je suis une fille gentille, tu es allé voir l’expo Braque au Grand Palais ? » etc. etc. La drague, ce beau moment d’interaction sociale pure et désintéressée.

Je décidai donc de passer le réveillon seule avec mes copies, ma paille, le rock, du champagne et des sushis (oui, j’aime les sushis et en plus c’est bon pour la santé).  Beau programme. Mais.

J’emmerde les commerçants, ces fainéants du gland qui ferment à 17h le 31 décembre. Oui, quand je sortis chercher mes sushis je trouvai porte close. LOUSE MAGISTRALE. Heureusement qu’il y a Picard. Une caille farcie au foie gras surgelée plus tard, je m’introduisis subrepticement dans la boutique de cupcakes en vue de m’en descendre un ou deux pour le dessert (une faiblesse que j’ai ramenée de New York) (huhuhu). Las, la pression sociale prit le dessus et je me retrouvai avec une bonne douzaine de cupcakes hors de prix pour donner l’impression que je n’allais pas passer le réveillon seule comme une merde. Bon. Ca me permit de m’alléger la conscience en les donnant aux clochards de la rue Lepic. Oui, ça on peut dire que je les ai bien aidés. Bref.

Robert Weber, The New Yorker

Dessin de Robert Weber, The New Yorker

J’emmerde enfin le champagne. Pour une fois que j’avais pris une bonne petite bouteille de champ’ rosé que j’allais pouvoir m’enfiler en toute impunité sans me taper les « le rosé c’est pas du vrai champagne », « c’est limite écoeurant » et autres snoberies des amateurs de vin… La caille au foie gras exsudait tranquillement sa graisse dans la sauce aux morilles ; j’avais fini mon tas de copies de la journée ; David Bowie me réjouissait les oreilles ; bref, le réveillon battait son plein. J’ouvre donc le frigo et tire sur le bouchon. Qui résiste. Je tire. Il résiste. JE TIRE. Il résiste. JE TIIIIIIIIIIIRE. Rien. Sans alcool la fête est plus folle. Qu’ils disaient.

Je me demande toujours si c’était plus la louse de s’acheter une bouteille de champagne à boire seule, ou de ne jamais réussir à l’ouvrir.

Vous me permettrez donc, chers lecteurs, de vous emmerder bien cordialement pour ce Nouvel an. Bisous.

Des

Dessin de Voutch