Des touristes. De pourquoi nous les emmerdons.

Les touristes sont de retour. Voilà bien un troupeau de moutons groupe de population qui m’emmerde à puissance maximale. Et même pour une fois, paraîtrait que je ne suis pas la seule emmerdée ; comme quoi que les Français sont des chiens pour les touristes, et que ces pauvres bœufs du capitalisme en voyage organisé personnes comme vous et moi se sentent mal-t-à leur aise dans notre douce France. Faut dire qu’avec 85 millions de gogols touristes par an, ça nous fait 1,3 bestiau par personne (et encore, seulement les étrangers !) C’est l’invasion. Pas moyen de boire à une terrasse posey ; dès les beaux jours (aka MAINTENANT) le touriste attaque en piqué.

Manit Sriwanishpoom, Pink man in paradise : Sacré-coeur, 2002-2003.

Manit Sriwanishpoom, Pink man in paradise : Sacré-coeur, 2002-2003.  © Manit Sriwanichpoom / Galerie VU’

Le touriste est atavique, le touriste est groupe, le touriste est blockbuster. Le guide lui dit d’aller à tel endroit et de prendre telle rue, le touriste suit les instructions à la lettre. Le flot touristique est ainsi extrêmement localisé ; pas besoin de chiens de berger, la transhumance du touriste est prévisible. Ce qui est pratique d’un certain point de vue, quand on loge comme votre servante dans un quartier touristique (aaaaaaaah) ; il suffit ainsi d’éviter les itinéraires nocifs et exposés à la contamination. Inutile de dire que ces naïfs s’engouffrent en masse dans le Sacré Cœur, cette choucroute à la gloire de la Réaction, après avoir acquis benoîtement quelques sweat-shirts « Paris University Sorbonne » qui feraient se poiler un élève de primaire tellement c’est pour les ploucs. Et je ne parle pas des bandes de gros nudistes qui se massent sur les plages de notre belle Méditerranée.

L’ennui, a contrario, c’est quand ta route croise le flot. Et que tu n’as pas le choix. Il faut le fendre si tu veux accéder au métro (cas le plus courant) (saloperie de tourniquet). Evidemment, le touriste stupéfait et fraîchement sorti de sa cambrousse est dérouté par le système pourtant simple comme bonjour de la RATP. L’apocalypse étant proche lorsqu’un groupe scolaire de jeunes anglais décérébrés des bassins miniers tente de passer péniblement leurs tickets dans la fente (il appert que ma psyché déséquilibrée associe les jeunes anglais à des décérébrés des bassins miniers ; que penser d’autre, à la vue de telles tenues vestimentaires ?). Le système du tourniquet du métro fonctionne alors comme un redoutable entonnoir, une chiotte bouchée, un embouteillage du dimanche soir de retour de Normandie. ET VAS-Y QUE TOI QUI ES UN HABITANT LEGITIME TU TE FAIS BAISER LA GUEULE et tu rates ton train comme une merde. Plaisir. J’ai renoncé, devant ces violations répétées de ma supériorité sublime, à respecter les billevesées égocentriques activités du touriste : tu es en train de prendre une photo ? je te passe devant ; un selfie ? je te passe derrière ; tu bloques le trottoir pour regarder LE SACRE CŒUR ? je te bouscule violemment ; tu cherches ton chemin ? je t’envoie à l’opposé dans un anglais / allemand / italien parfait (enfin ça dépend de mon humeur, mouahaha) (rire diabolique) (en vrai je parle pas l’italien parfaitement mais bon, presque. Ne chipotons pas sur des détails).

Martin Parr, Untitled, 2006.

Martin Parr, Untitled, 2006. © Martin Parr / Magnum Photos

J’imagine ici qu’on va encore me faire remontre de violence symbolique, de haine mal placée, d’aigreur vicieuse, de misanthropie incurable. Certes, je ne le nie point. Certes, je suis une putasse stendhalienne et agoraphobe ; le vulgaire me rebute. Enfin, n’oublions pas qu’il y a des gens prêts à payer pour une visite guidée de Tchernobyl. Ou des favelas de Rio. JDCJDR.

Et encore, chance ! Le touriste en terre parisienne ne cherche pas l’exotisme ; au moins on n’a pas à se déguiser en tenue masaï « traditionnelle » pour que l’exotisme soit maintenu et que le vacancier puisse se croire dans Rendez-vous en terre inconnue (Frédéric Lopez, je t’aime dans la radio, mais soyons sérieux, Rendez-vous en terre inconnue ? Muriel Robin chez les Papous ? Tristes pro-tiques, comme dirait l’autre). Ouais, parce que les Masaï n’ont pas de montres, pas d’électricité et pas d’internet. C’est des sauvages quoi. Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier alu, MAIS BIEN SÛR. Au moins en tant que Parisienne tu peux promener tranquille tes slippers rose fluo et ta marinière. Les voyageurs béotiens sont trop à l’ouest pour remarquer à quel point tu incarnes la pointe de la tendance fashion – attention, le premier qui veut me prendre en photo se prend une beigne ; c’est seulement autorisé à l’entrée du défilé Chanel merci bisous. Je ne suis pas une tour Eiffel.

Et le style, LE STYLE du touriste ! ALLO quoi. Moi qui suis tellement stylée qu’on me prenait pour une new-yorkaise durant mes jeunes années américaines, je suis au désespoir : baskets, bananes, t-shirts I <3 Mon Cul. Même le mouvement normcore ne saurait justifier une telle débauche de mauvais goût.

Reiser, Ils sont moches.

Reiser, Ils sont moches.

Moi, quand je suis touriste, je me fonds dans le décor. Un vrai petit caméléon. Attention, c’est vrai que je ne suis encore jamais allée en Afrique, mais je suis sûre que je ferai super bien la babtou néo-colonialiste. Le wax c’est tellement charmant.

Huhuhu.

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