Chanson de la Seine / The River Seine’s song

La Seine a de la chance
Elle n’a pas de soucis
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement sans bruit
Et sans se faire de mousse
Sans sortir de son lit
Elle s’en va vers la mer
En passant par Paris
La Seine a de la chance
Elle n’a pas de soucis
Et quand elle se promène
Tout le long de ses quais
Avec sa belle robe verte
Et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse
Immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers
Mais la Seine s’en balance
Elle n’a pas de soucis
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s’en va vers le Havre
Et s’en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères
Des misères de Paris.

 Jacques Prévert, « Chanson de la Seine », Extrait de « Aubervilliers » in Spectacle, Ed. Gallimard, 1972.

 
The Seine is lucky
She has no worries
She takes it easy
By day and by night
And she flows from her spring
Gently, quietly
And without foaming
Without overflowing her banks
She’s leaving for the sea
Passing through Paris
The Seine is lucky
She has no worries
And when she roams
Sliding down her banks
With her lovely green dress
And her golden lights
The jealous Notre Dame
Still and severe
Looks at her askance
From the top of her stones
But the Seine doesn’t care
She has no worries
She takes it easy
By day and by night
And is leaving for Le Havre
And is leaving for the sea
Flowing like a dream
In the middle of the mysteries
Of the miseries of Paris.

Jacques Prévert, « Chanson de la Seine », Extract from « Aubervilliers » in Spectacle, Ed. Gallimard, 1972.

Sunset, Montmartre – Coucher de soleil, Montmartre

C’est un peu embêtant parce que c’est vraiment cliché, galvaudé, battu et rebattu mais enfin quand j’ai vu les murs blancs de l’immeuble en face devenir roses, mais roses… Il a fallu que je prenne une photo de ce ciel du soir qui est en fait l’après-midi (haïssable réduction du jour en novembre), et qui ferait passer la tour Montparnasse pour un kaléidoscope noir-orangé. Donc, un cliché d’un poncif, un poème du soir, ça ne va pas chercher bien loin, mais ça ne fait pas de mal non plus.

That’s slightly annoying, because it’s so clichéd, tarnished, tired and hackneyed but still when I saw the white walls of the building across the street becoming pink, so pink… I had to take a picture of this evening sky that is actually the afternoon (hateful decrease of the day in November), and which would make of the Montparnasse Tower a black-orange kaleidoscope. So, here is a cliché / snapshot of a commonplace, not really going far but it can’t do any harm either.

Bien que déjà, ce soir
L’automne
Laisse aux sentes et aux orées,
Comme des mains dorées,
Lentes, les feuilles choir,
Bien que déjà l’automne,
Ce soir, avec ses bras de vent,
Moissonne,
Sur les rosiers fervents
Les pétales et leur pâleur,
Ne laissons rien de nos deux âmes
Tomber soudain avec ces fleurs.
 
Mais tous les deux, autour des flammes
De l’âtre en or de souvenir,
Mais tous les deux, blottissons-nous,
Les mains au feu et les genoux.

Emile Verhaeren, Les Heures Claires, XXVI, in Les Heures du Soir, 1922.