J’emmerde les sites de rencontre (mais modérément)

Entendons-nous bien, loin de moi l’idée de vilipender celles et ceux qui pour rencontrer l’âme sœur ont eu recours à des structures internetisées ; toute chaussure a son pied, toute main a son gant, et vice et versa.

Je me refuse à dire que le concept serait honteux. Halte-là ! quand on est célibataire le but est de rencontrer des gens. Le CONCEPT est donc la RENCONTRE, et non pas son vecteur. L’internet et ses infinis espaces des possibles n’est qu’un moyen parmi d’autres de faire des rencontres, je ne vois pas en quoi il serait plus honteux que à la cafétéria du boulot voire au concert de Jenifer. Aaaaaaah vous voulez du romantique, pour raconter à vos petits-enfants ? Mes pauvres amis, sachez que 10% des relations amoureuses se nouent dans l’espace de travail, et 16% sur des sites de rencontre. EH OUAIS. Personnellement j’ai rencontré mes ex: au lycée, au PS (oui oui, bon, ça va hein), chez des amis (comme tout le monde). C’est pas tant l’fun non plus. L’internet c’est un peu plus swag, reconnaissons-le.

Ooooooh c'était tellement romantique, on s'est rencontrés sur le porche de mon macbook

Ooooooh c’est tellement romantique, on s’est rencontrés sur le porche de mon macbook

En outre c’est entré dans les mœurs ; c’est d’ailleurs pour cela que toute célibataire trentenaire qui a l’impression d’avoir écumé toutes les possibilités de rencontre dans son entourage proche est censée y avoir recours ; moi, donc, potentiellement, pour ne rien vous cacher.

La rencontre, le nerf de la guerre de la célib’ désespérée (mais non mais non, j’y crois encooooooore). La différence dans le cas du site internet c’est que la chose se décompose, vu que l’espace y est d’abord virtuel. Et ça mes cochons, c’est là où le bât blesse pour l’Emmerdeuse, votre servante. Car le virtuel c’est son kif son délire sa ptite folie son héroïne l’écran noir de ses nuits blanches sa fumerie d’opium. Bref, son indécrottable vice.

Imaginons-moi sur adopteunmec. Déjà, le bon kif égotiste (c’est un de mes légers défauts) de pouvoir choisir des mecs et de se faire liker (enfin je sais pas trop comment ça fonctionne mais j’imagine vaguement). Ensuite, LE TCHAT. Et là mes enfants, je suis la QUEEN ; capable d’y passer des nuits, et de m’enflammer comme une torche au contact d’un feu de joie. Bon, quand y en a un, ça va (kikoo facebook), mais imaginons sur adopteunmec : trois, cinq, quinze, NO LIMIT !!! Il paraît évident que ma vie se passerait à me découvrir des passions virtuelles au lieu de manger et de dormir. Mauvais plan.

L’autre jour je suis d’ailleurs tombée dans un magazine féminin (à ma décharge : je prenais l’avion, j’avais du temps à tuer) (pardonnez-moi, ô déesse du féminisme) sur une fiche pré-imprimée permettant de classer les différents mecs avec qui on interagit sur un site de rencontre (critères : avant la rencontre – après la rencontre, avec des points à distribuer). D’abord je me suis dit « Chouette, voilà qui me permettrait de gérer la chose de façon très carrée avec un tableau excel et tout, en mode maîtrise du sujet » (cravate : +50 points ; golf :-70 points ; OUI JE SUIS BIZARRE) (je ne suis moi-même pas très organisée, vous l’aurez compris) (chiennes de parenthèses). Et puis, quelle tristesse, quelle tristesse, que ce défilé ininterrompu d’hommes, de « mecs potentiels » qu’on met dans des cases comme pour un entretien d’embauche. Lequel sera le plus parfait sur le papier ? Comme si t’étais au supermarché en train de comparer les marques. Un peu. Déjà que j’ai du mal à choisir des préservatifs.

Bon dieu, je me suis découverte idéaliste. J’ai besoin du moment de grâce, même si c’est dans le métro.

Allez zou, -30% sur les barbus, dans le caddie

Allez zou, -30% sur les barbus, dans le caddie

Des retours sur expérience fournis par des membres de mon entourage n’ont pas contribué à me remettre en selle. L’une est sortie traumatisée d’un rendez-vous mutique, où les deux parties n’avaient rien à se dire (et pourtant elle est bavarde, la bougresse), l’autre était complètement bloquée par la nature extrêmement non-ambiguë de la chose (en mode si on se plaît pas, ciao !), sans compter celle qui est tombée sur le colloc d’un mec qu’elle avait traité comme une sous-merde humaine (« ah, mais t’es la fille qui l’a jeté comme un caca moisi ? » « nan mais tu comprends euh bon, j’étais dans une mauvaise période de ma vie quoi… »).

Nous touchons ensuite à un aspect secondaire de la chose. D’aucuns se disent sans doute que l’internet permettrait de diversifier les origines sociales des rencontres potentielles, et donc de faire œuvre pie à la mémoire de Bourdieu en évitant de sortir avec un énième bourge à cravate (OUI j’ai un problème, j’aime les cravates ; mais je me SOIGNE). Que nenni, naïfs navigateurs du oueb ! Au contraire, les études sur le sujet démontrer que les rencontres sur internet renforcent carrément la reproduction sociale. Genre tu tombes sur le colloc d’un mec avec qui t’es déjà sortie. Eh ouais. En même temps c’est forcé, quand tu tchates tu balances direct ton niveau d’orthographe (même si wikipédia peut t’aider à faire illusion sur d’autres sujets pendant que tu discutes) (voilà pourquoi le tchat vidéo n’aura jamais un succès fou). Et tes centres d’intérêt te trahissent à coup sûr (le coup classique du « je golfe » vs « je suis un ultra du PSG », voire « champion d’Europe de baby-foot ») pour peu que tu sois un peu honnête. Ne parlons pas des sites genre attractiveworld ; jeune beau riche et en bonne santé cherche jeune belle riche et en bonne santé. Mais sinon notre société va bien, merci.

Enfin, la question de la photo de profil. L’aspect physique est un peu raide pour moi. J’avoue que j’ai failli tenter Tinder, le côté « t’es moche, dégage » est un défouloir assez agréable quand on est marrie de l’importance délirante que les mâles accordent au physique des femelles. Je l’avoue. Et puis ensuite je me suis rappelée que le type qui a eu l’honneur de concentrer les feux les plus vifs de mes sentiments passés était vraiment très laid, et que j’en avais eu un peu rien à carrer. Et que jamais je ne l’aurais contacté sur un site de rencontres. Bon vous me direz, du coup je ne me serais pas fait larguer comme un bloc de béton dans la Méditerranée. Vrai. Mais quand même. Aimer, ça n’arrive pas souvent dans une vie.

Après toutes ces sages réflexions, j’ai ainsi adopté l’adage de Maître Yoda. Que la Force soit avec moi, mais sans Meetic.

En même temps j’ai dans mes entourages une charmante choupette de quelques mois (je sais jamais combien, c’est compliqué la science des bébés, m’en demandez pas trop) issue d’une mise-en-couplage de l’internet. Donc, ça peut marcher. Mais pas pour moi. Pour le moment :)

Crédits image :
Première image : Daily Geek Show
Deuxième image : adopteunmec.com

Moi, j’aime le Moyen-Âge

Ben ouais, d’autres c’est le surf (huhuhu).

Quand j’étais petite j’entrepris ainsi la rédaction d’une chanson de geste féministe (réduite à la première page pour cause d’ardeurs procrastinatrices), témoignage de mon goût ardent pour les épopées chevaleresques, l’ascension sociale des serves opprimées (par le mariage avec un prince blindax), les grosses épées avec un nom funky et les dragons qui parlent (si si, ils infestaient la forêt à l’époque). Je suis d’accord avec vous, quel dommage que cette œuvre visionnaire se soit perdue dans les vicissitudes des déménagements. Au lieu de ça on est coincés avec Game of Thrones. Enfin.

Tous à cheval, mes joyeux compagnons! En avant pour de gaies aventures!

Tous à cheval, mes joyeux compagnons! En avant pour de gaies aventures!

Ah jeunesse enfuie. S’enfermer aux chiottes pour lire Chrétien de Troyes et Les Rois Maudits.

Frémir aux aventures filmiques du chevelu et charismatique William Wallace et de son compère Kevin Costner – Robin des Boâs.

Les visiteurs putain, les visiteurs.

Et on lui pèlera le jonc comme au bailli du LimousinQu’on a pendu un beau matin

Qu’on a pendu… avec ses tripes

Or donc j’aurais bien kiffé la vibe de devenir un paladin des temps modernes une médiéviste payée comme une merde et qui sert à rien (comme moultes choses kiffantes d’ailleurs), sauf peut-être à ne pas prendre les vessies du XIIème siècle pour des lanternes du XIIIème. C’est important de distinguer les siècles, c’est comme les arrondissements parisiens, c’est un peu un principe de vie numéroté. Paradoxalement d’ailleurs le XIIIème est un siècle de la boulasse médiévale et un arrondissement moisi, alors que le XIXème c’est l’inverse. La vie est compliquée.

Bref toujours est-il que telle que vous me voyez je ne médiévise nullement. Il se trouva d’abord que je ne fis point de latin ; ensuite que la carrière médiévale est bouchée comme les chiottes d’un paresseux (un animal qui chie 3 fois son poids quand il descend de son arbre – respect), et que je suis précisément assez proche de cette espèce animale ; enfin que je m’intéressai à autre chose car la planète est si diverse et si fascinante (genre).

La vie est une chienne.

L’ennuyant c’est que le destin (facebook) m’a affublée d’amis médiévistes de haut vol de type mâle blanc occidental surdiplômé, ce qui les pousse un peu à se considérer par définition comme supérieurs au reste de l’humanité, because HISTOIRE MEDIEVALE quoi. Surtout l’humanité de filles à gros seins qui font du coloriage (moi). Alors qu’au fond du fond ils bossent sur des évêques depuis longtemps décomposés. Et on parle quand même de porteurs de mitres là. Oui, de mitres.

Réunion d'hommes mitrés

Réunion d’hommes mitrés se touchant la mitre

Nan mais JE LE VIS BIEN. C’est pas comme si j’avais pas confiance en moi hein.

En un mot comme en cent, mon foutraque rapport au Moyen-Âge fut un instant distordu par l’émergence d’un affreux complexe d’infériorité dans mon cerveau enfiévré (je dis « enfiévré » parce que je suis polie ; mon cerveau est une bête de l’Apocalypse, en vrai). Car certes je connais l’œuvre de Kaamelott dans son intégralité (La fleur en bouquet fane et jamais ne renaît – CUILLERE !!!) mais j’avoue céans que je ne saurais démêler un chevalier à mâchicoulis d’un cathare en braies.

J’ai nonobstant pris une saine décision : m’en branler royalement la nouille. Le temps a laissé son manteau de vent de froidure et de pluie comme dit l’autre. Moi j’aime mon Moyen-Âge, et mon Moyen-Âge c’est de la supra boulasse intergalactique.

D’abord parce que le Moyen-Âge c’est classe. Evidemment il faut être un peu conne pour s’amiracher de médiévistes (mais c’est pas comme si on le savait pas déjà), car avec eux tu peux pas trop te la péter niveau connaissances moyenâgeuses en société. Mais bon. Généralement, dans les soirées mondaines, un vernis agilement distillé de podestat, Montjoie et croisade (attention ! ne pas ajouter « dernière » ni « Indiana Jones » mais plutôt « albigeois » ou « Saint Louis ») vous range tout de suite dans la case des gens qui en ont sous le capot culturel. Car moins ce que vous savez est utile, plus c’est classe.

Exemple : préférez citer Le cimetière marin de PAUL Valéry à Aimons-nous vivants de François du même nom. Ca fait danser tout le monde, mais c’est pas classe.

Oui! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l’étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil
 
Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!
 
Comme une envie de dire je t’aime
Quand on est au bout de soi même
Quand il n’y a plus aucune raison de le cacher
Comme une envie de rêver tout haut
Te dire enfin les mots qu’il faut
Les mots faciles qui ont le pouvoir de déranger
 
Et ce soir,
Je veux briser les ponts
Du silence
Franchir le mur du son, le temps d’une chanson
 
Aimons-nous vivants
N’attendons pas que la mort nous trouve du talent
Aimons-nous vivants
S’il faut danser, je veux danser maintenant
Aimons-nous vivants

Certes, tout cela nécessite un petit travail d’acquisition, mais avec un exemplaire de La vie au temps des cathédrales/ des chevaliers (selon que vous soyez plus spirituel ou nique ta mère) le tour est joué. Je subodore que quelques émissions de Stéphane Bern devraient aussi faire l’affaire. Ne citez pas vos sources of course et surtout évitez les historiens. Comme la peste bubonique.

Ensuite, le Moyen-Âge c’est folklorique. Déjà c’est tellement long que tu peux choisir ce que tu veux dedans. Plus c’est long plus c’est bon, comme dit la sagesse populaire. Et le Moyen-Âge c’est populaire. En plus les mecs étaient tellement à l’ouest qu’ils nous sont plus étrangers que les Predators – pour ne pas dire les Aliens. Genre ils croyaient que la terre était plate. Genre ils bouffaient sans sucre. Genre ils adoraient le diable et lui sacrifiaient des petits enfants (give me five Gilles de Rais). ALLO. Genre t’es une fille et t’as pas de hennin, t’es un pape et t’as pas de hérétique, t’es un seigneur et t’as pas de château. Oh là là ! Que d’amours splendides j’ai rêvées !

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Et du coup la mode médiévale c’est quand même assez poilant, voilà les joles armures et les beaux hauts de chausses (chaussée-aux-moine), les coiffures de folaïe de Sophie M. dans Braveheart (pur chef d’œuvre, vraiment). Bref de la cotte, du cheveu, du cheval, en veux-tu en voilà. Un peu mieux que les magazines féminins mon cul, je vous prie de croire.

Et puis surtout surtout, ce qu’il y a de vraiment trop bien avec le Moyen-Âge, c’est qu’il n’est jamais où on l’attend. Selon la lyrique analyse d’un digne professeur de médiévistique de mes amis (donc), « Le Moyen-Âge est la grande chatte dont l’Occident est sorti ». Le Moyen-Âge, notre mère à tous. Le Moyen-Âge est total. Le Picasso ou le Chanel de l’Histoire. Paillardises, sorcelleries, mystiqueries, féminisme (et ouais), millénarisme révolutionnaire, carnaval sa mère, mélange des cultures (sur les murs de la cabane du pêcheur). Dieu, ses saints, ses putes.

C’est long et c’est le bordel. C’est ce qu’on en fait. Et c’est ça qui est bon.

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
 
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

Merci à Jacques, Emmanuel et Georges. Franchement, vous m’avez fait kiffer la vibe.

Sources: Vitrail de la cathédrale de Chartre.
Election de je ne sais quel évêque du Limousin.
Arthur Rimbaud et François Villon, Balade des pendus.