De la cigarette électronique

On croise de plus en plus dans nos bonnes rues ces vapoteurs de faux Havane. Oui, car la « e-cigarette » ne se fume pas (bien qu’elle produise de la fumée), elle se « vapote ». Hideux mot. Enfin, à tout nouveau phénomène, la Lonesome Emmerdeuse se doit de répondre par une Enquête Exclusive digne de Bernard de La Villardière qui avance vers la caméra (important, d’avancer vers la caméra). Sujet de fond, en un mot comme en cent.

Or donc, décryptons la chose. Dès l’abord, le doute m’habite, je suis suspicion, je lève le sourcil, je grommelle. Vous savez, chers lecteurs, que l’Emmerdeuse n’a pas l’habitude de pratiquer le préjugé, qu’elle n’est que joie, soleil et ouverture d’esprit face à l’altérité. Mais là, WTF.

D’abord, la chose est grosse et laide. On dirait un sous-cigare chinois. D’ailleurs, ô surprise, elle est majoritairement fabriquée en Chine, par des ouvriers sous-payés (certes ça n’est pas un argument suffisant vu le nombre de trucs qu’on consomme qui est fabriqué par des ouvriers chinois sous-payés) (nonobstant, c’est pas ça qui va soutenir nos producteurs de tabac, cette noble culture) (hasta siempre Cuba libre muchachos, aussi). Reste que l’objet est fort laid ; en vulgaire plastique de bas étage, on dirait une espèce de cul de lampe de mauvaise qualité. Je ne prétends pas que la cigarette est un bel objet, mais je suis sensible à son étymologie poétique (de cigarra, la cigale) et à son parcours littéraire : Je fume au nez des dieux de fines cigarettes, représente, Jules Laforgue. Vu que la vapote n’a pas vraiment d’odeur, on voit moins bien la chose. Et puis c’est gros cette chose, ça fait pas dans la finesse ni dans la subtilité.

Marilyn avec une e-cig? Mais allô quoi.

Marilyn avec une e-cig? Mais allô quoi.

Et tout cela ne s’améliore pas avec la recherche wikipédia l’enquête de fond menée auprès d’experts et d’un échantillon représentatif de 5687 personnes (très exactement).

D’abord, horreur, mensonge, hypocrisie : la chose n’a ABSOLUMENT RIEN d’électronique. e-cigarette mon cul. Il s’agit d’un vil argument de marketing (genre tu t’imagines que tu vas fumer un ipad alors qu’en fait c’est juste du liquide aromatisé) ; la chose a été récemment additionnée de vagues dispositifs lointainement électroniques, si j’ai bien compris. Mais sans déconner. Encore du plastique et des circuits inutiles à recycler.

Le truc à l’intérieur, soit disant « e-liquide », doit être plutôt proche des composants du canard wc. Enfin bon en gros tu chauffes un liquide qui s’évapore aux alentours de 50° ; mélange de propylène-glycol et d’arômes. Tu m’en diras tant, je n’ai pas la moindre idée de quoi il s’agit. M’enfin tu peux aussi le faire toi-même et alors bim c’est branché, c’est DIY et allons-y les conneries. Je veux dire, une clope roulée, c’est du DIY ou je m’y connais pas. En sort ensuite une fumée blanche à l’odeur fade (c’est pas que j’aime l’odeur du tabac, le tabac ça pue, mais ça me semble plus franc du collier, je sais pas pourquoi).

Martine, cette connasse, n'a plus rien à donner aux petits lapins. Belle morale.

Martine, cette connasse, n’a plus rien à donner aux petits lapins. Belle morale.

Alors évidemment, ça ne tue pas (ou en tout cas vachement moins) les gens qui en « fument ». Bon d’accord, c’est un argument audible, je le reconnais. Mais vous savez mon appétence pour le droit au suicide choisi : si vous voulez vous intoxiquer jusqu’à l’overdose, ne vous gênez pas pour moi. Cet hygiénisme tout-puissant me broute le chou. En même temps, je ne fume ni ne bois (enfin, je bois, mais modérément), donc les problèmes de santé publique je m’en tamponne un peu le coquillard. Surtout, je n’ai aucune envie de vivre dans un hôpital à ciel ouvert, même si je dois rentrer de soirée en puant la clope.

Mais bon, à part ça, j’ai pas vraiment d’arguments. En tout cas, je vois vraiment pas pourquoi il faudrait l’interdire. Nom d’un chien.