Des films d’action moisis

Ayant vécu dernièrement un certain nombre de soirées de lose sur le canap’ à mater des films en streaming en pestant contre la life, je me dois de constater cette implacable réalité : la Lonesome Emmerdeuse est fan de films d’action (pour la commodité de la narration je range sous ce vocable films de science-fiction, fantasy, super-héros, espionnage, guerre et autres, le point commun étant TESTOSTERONE A DONF). Comment se fait-ce, moi qui en mon temps matais à foison Love actually, Bridget Jones et autres bluettes romantiques qui font croire aux meufs que l’amour se cache derrière le kiosque à journaux (permettez-moi de m’esclaffer) ?

Précisons en toute objectivité scientifique que je ne vous parle pas ici des grands crus de films d’action tels que James Bond (Jaaaaaaaaaames ôte ta chemiiiiiiiiiiiise) (pardon, un instant d’emportement malvenu, je me reprends), Blade Runner, Apocalypse Now et autres Ligne rouge qu’en tant que cinéphile distinguée je vénère infiniment. Non. Il s’agit ici d’un visionnage intensif de gros rouge qui tache grave ; et allez qu’on est partis pour Fast & Furious, Battle Los Angeles, Thor, Hunger Games et Alien vs Predator (excellent film que je vous recommande chaudement). Le seul truc que je peux pas, c’est les films de zombie. Je flippe grave, j’avoue.

Instant de stupeur béante : je vous sens déçus, chers lecteurs, vous qui me preniez pour une esthète. Eh bien sachez-le je vous emmerde. La beauté est dans l’œil de celui qui regarde. D’abord. Mais enfin mystère tout de même, car le genre eût voulu, en toute équanimité, que je me passionne pour Street Dance 2, 500 days of Summer ou Prêt à tout par amour attends-moi de l’autre côté du Grand Canyon par-delà la mort. Et d’ailleurs mon alter ego cucul la praline, cette fourbe de Sneaky Princess, s’en est bien gobergée en son temps.

Aujourd’hui c’est le tour des muscles huilés, des énormes mitraillettes et des poursuites en grosses cylindrées. Bref, ça pue le machisme et le symbole phallique. Mais pourquoi, pourquoi ? me suis-je interrogée dans mon entreprise systématique de compréhension de mon Moi (oui bon je me regarde pas mal le nombril) (que j’ai fort joli d’ailleurs) (et puis je suis un peu folle aussi) (vous êtes prévenus). Et la conclusion fut fort naturelle, suite à l’argumentation charpentée que je vais vous soumettre : le film d’action c’est trop de la boulasse.

Banksy Pulp Fiction Banana

Banksy Pulp Fiction Banana

Premier élément: le mâle suant et sexy. D’aucuns argueront, esprits chagrins, que la Lonesome Emmerdeuse est en chaleur, en manque, remarques ridicules qu’elle considère avec dédain du haut de l’Olympe de sa solitude apaisée. On a bien le droit de regarder. Esthète je vous dis.

Deuxième élément: voir une troupe de personnages en stress qui se bougent le cul comme des fous pendant que tu glandes sur ton canap’. PLAISIR DE LA GLAAAAAAAAAAANDE. Je n’épiloguerai pas. Je suis une moule.

Troisième élément: un utile apprentissage de la géopolitique. Voire de la philosophie. Par exemple, grâce à Vin Diesel, dont je suis particulièrement fan (sans doute l’effet du marcel blanc), je sais maintenant qu’à Rio de Janeiro y a des favelas où règne la violence et la corruption ; grâce à GI Joe Rise of the Cobra (un chef d’œuvre du 7ème art, à la croisée des chemins du kung-fu, de Vingt Mille Lieux sous les Mers, de Star Wars et de Dr Mabuse) j’ai amélioré ma connaissance de l’agglomération parisienne : c’est pas parce qu’on fait une thèse qu’on a bien compris que Paris abrite un accélérateur de particules ou que la tour Eiffel est desservie par le tramway. Je veux dire, ça te reconnecte avec le monde réel. Aussi, tu comprends un principe assez important : une fois que t’as identifié ton ennemi, pas de pitié, faut aller le buter jusque dans les chiottes. Les états d’âme c’est pour les chochottes.

Quatrième élément: arrêter de se prendre la tête sur les mecs. Ca commence à bien faire les conversations de « oui mais il a fait ceci mais ça voulait dire cela », « pourquoi il répond pas à mon texto » et « nan mais laisse tomber de toute façon il a déjà trompé sa meuf, il est pas fiable ». Présentement la Lonesome Emmerdeuse a décidé qu’elle en avait ras la casquette de ces arguties infinies. Dans les films d’action, les personnages ont un vrai but altruiste dans la vie, genre niquer les méchants, et ne s’arrêtent pas à la trivialité du couple et de ses embarras. Choisir entre Aliens et Predators, c’est quand même plus efficace qu’entre Hugh Grant et Colin Firth (là en général ça fait un bug dans ta tête…) (Hugh ! non, Colin ! non, Hugh ! non, Colin ! aaaaaah).

Et puis à la fin c’est toujours les Marines qui gagnent. C’est quand même bien rassurant.

FLASH FLASH FLASH de dernière minute: on m’apprend que par une inique décision la justice française va fermer les sites de streaming. Je… non… aaaaaah…. non, laissez-moi, laissez-moi, Vin ramène ta kalach’, il faut que quelqu’un paie.

Les nouveaux mots de l’année

Le vocabulaire est mouvant, et croyez-bien que cela réjouit la malade mentale l’esthète des mots que je suis, moi qui me gouleye de leurs sonorités de haute boulasse et substantifique mouelle. Alors forcément, comme nous sommes dans un monde de comptes de boutiquiers et de palmarès de compétition acharnée, on nous fournit bien aimablement un palmarès des « nouveaux mots » intégrés au dictionnaire Oxford en ligne 2013, qui sont, au coude à coude, « selfie » et « twerk ». Et le gagnant, au grand scandale de l’auteur, est le « selfie ». Le monde part en couille, les enfants, je suis ébaubie, ébahie bref, en un mot, stupide, devant la cruauté de cet injuste palmarès.

Passons sur les lamentations des vieilles birbes qui argueront du scandale de la contamination du Frrrrrançais par le vocabulaire anglo-saxon. Après 200 ans de pollution des autres langues par le français, on pourrait peut-être arrêter de faire les fausses prudes. En outre la langue de Shakespeare est aussi belle qu’une autre, et si le Grindylow pouvait devenir partie de notre vocabulaire, la Lonesome Emmerdeuse serait aux anges (mais j’en doute, les monstres imaginaires n’ont pas fort bonne presse). Moi je suis pour le métissage, comprenez-vous, ce sympathique mélange des cultures me réchauffe le cœur, heal the world make it a better place et n’oubliez pas de signer la pétition pour les poissons. Je veux dire merde, il faut qu’il y en ait pour tout le monde un peu.

New wordsRevenons au cœur de l’affaire: le « selfie », qu’est-ce donc? Eh bien rien d’autre qu’un autoportrait, à la différence qu’il s’agit ici le plus souvent d’une photo moisie prise avec son iPhone sous les néons en faisant une duckface des plus ridicules. Syndrome désolant de l’individualisme galopant qui dévore notre société: poster sur les réseaux sociaux une pauvre célébration de son Moi, Moi et Moâ. Halte-là, braves gens! La photo de profil est déjà une torture suffisante. Ou au moins déguisez-vous (en Grindylow par exemple, bon je dis ça comme ça hein), enfin faites appel aux forces de l’imagination quoi. Nan mais c’est vrai, on est là tranquillement à traînasser se cultiver sur les dernières informations sur twitter, et puis d’un coup, un clic et BAM ! la gueule à Mimile en train de se faire un rictus à lui-même ; si encore c’était Daniel Craig, bon. Mais je doute que Daniel Craig fasse des selfies, cet homme est parfait (et ses abdos aussi).

Oui, je suis une conservatrice du siècle dernier qui pense que l’apparence n’a pas d’intérêt sans la substance (ding! minute philosophie à deux francs). Si ça ne vous va pas, c’est le même prix. Huhuhu.

Mais alors quid du « twerk »? Cette danse du cul mise à l’honneur par Miley Cyrus, qui a l’air de ne pas avoir 40000 neurones mais enfin qui donne de son corps, voilà qui aurait été un peu plus shake yourself les enfants. Déjà, parce que bon, on peut facilement faire un remix avec « Pour aller danser le twerk », et là j’ai envie de dire : BONITO ! Je fais un appel solennel à M. Pokora pour se mettre sur l’affaire. Ensuite, parce que le twerk c’est la générosité des fesses qui se trémoussent (tu donnes tu donnes tu donnes), mais aussi l’ancestral retour au rythme du corps humain: vas-y que tu bouges ton postérieur au son des tambours, dans une réminiscence dionysiaque et orgiaque de la danse des origines. Quelque part, Miley Cyrus nous met face à notre condition d’humains, le dieu qui saurait danser quoi. Et attention faut bosser les fessiers, les amis!

Bref, encore une victoire de l’apparence sur le sens. Je suis effondrée.