Wonderland through the window / Pays des merveilles dans la vitrine

For some reason, Alice and her Wonderland have inspired some shops for their windows’ mise-en-scene. Actually, I can’t quite remember what they sold (the second one is probably a costume shop, probably much inspired by the White Rabbit). Which is something I like for shop-windows.

Pour une raison quelconque Alice au Pays des Merveilles a inspiré la mise en scène de certaines vitrines. En fait je ne me souvient pas vraiment de ce qu’elle vantaient (la seconde est sans doute un magasin de costume très inspiré par le Lapin Blanc). C’est je trouve une bonne chose pour des vitrines.

Amsterdam, 2011

Alice was beginning to get very tired of sitting by her sister on the bank and of having nothing to do: once or twice she had peeped into the book her sister was reading, but it had no pictures or conversations in it, « and what is the use of a book, » thought Alice, « without pictures or conversations?’

So she was considering, in her own mind (as well as she could, for the hot day made her feel very sleepy and stupid), whether the pleasure of making a daisy-chain would be worth the trouble of getting up and picking the daisies, when suddenly a White Rabbit with pink eyes ran close by her.

There was nothing so very remarkable in that; nor did Alice think it so very much out of the way to hear the Rabbit say to itself « Oh dear! Oh dear! I shall be too late! » (when she thought it over afterwards it occurred to her that she ought to have wondered at this, but at the time it all seemed quite natural); but, when the Rabbit actually took a watch out of its waistcoat-pocket, and looked at it, and then hurried on, Alice started to her feet, for it flashed across her mind that she had never before seen a rabbit with either a waistcoat-pocket, or a watch to take out of it, and burning with curiosity, she ran across the field after it, and was just in time to see it pop down a large rabbit-hole under the hedge.

In another moment down went Alice after it, never once considering how in the world she was to get out again.

Lewis Carroll, Alice’s Adventures in Wonderland, 1865.

New York, 2011

Alice, assise auprès de sa sœur sur le gazon, commençait à s’ennuyer de rester là à ne rien faire ; une ou deux fois elle avait jeté les yeux sur le livre que lisait sa sœur ; mais quoi ! pas d’images, pas de dialogues ! « La belle avance, » pensait Alice, « qu’un livre sans images, sans causeries ! »

Elle s’était mise à réfléchir, (tant bien que mal, car la chaleur du jour l’endormait et la rendait lourde,) se demandant si le plaisir de faire une couronne de marguerites valait bien la peine de se lever et de cueillir les fleurs, quand tout à coup un lapin blanc aux yeux roses passa près d’elle.

Il n’y avait rien là de bien étonnant, et Alice ne trouva même pas très-extraordinaire d’entendre parler le Lapin qui se disait : « Ah ! j’arriverai trop tard ! » (En y songeant après, il lui sembla bien qu’elle aurait dû s’en étonner, mais sur le moment cela lui avait paru tout naturel.) Cependant, quand le Lapin vint à tirer une montre de son gousset, la regarda, puis se prit à courir de plus belle, Alice sauta sur ses pieds, frappée de cette idée que jamais elle n’avait vu de lapin avec un gousset et une montre. Entraînée par la curiosité elle s’élança sur ses traces à travers le champ, et arriva tout juste à temps pour le voir disparaître dans un large trou au pied d’une haie.

Un instant après, Alice était à la poursuite du Lapin dans le terrier, sans songer comment elle en sortirait.

Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles, traduction Henri Bué, 1869.

Le nez en l’air

Ciel de Montmartre, un froid après-midi d’octobre.

Bon je sais ça fait un peu carte postale mais c’est déjà suffisamment pénible quand le froid se lève, alors tant pis, j’assume ! L’avantage quand on regarde le ciel, c’est qu’on ne voit pas la merde sur le trottoir et on finit par marcher dedans… du pied gauche espérons-le ! Aujourd’hui aux Abbesses il y a une espèce de marché « du terroir » qui s’est installé ce qui est certes fort sympathique mais reste 1. hors de prix et 2. pénible pour slalomer entre les Montmartrois du dimanche (je veux dire par là les touristes et parisiens « de l’intérieur », i.e. non issus du XVIIIe qui viennent te polluer ta rue le week-end). Donc zénitude et calme, tournons les yeux vers le ciel !

Cela dit, l’odeur de vin chaud m’a rappelé des souvenirs de mon enfance alsacienne, et d’un seul coup me revint à l’esprit un extrait du Struwwelpeter (« Crasse-Tignasse »), un charmant livre allemand pour enfants du milieu du XIXe. Dans cet ouvrage d’une grande finesse psychologique (écrit par un psychiatre dont les patients ont à mon avis dû mal finir), des enfants turbulents se retrouvent punis dans les souffrances et tortures les plus diverses, illustrées par des dessins bien détaillés. Ca donne la fille qui joue avec des allumettes qui brûle vive, l’anorexique qui finit par crever de faim, le gamin qui suce son pouce et se le fait couper par les immenses tenailles du coupeur-de-pouces (celui-là est particulièrement flippant !) C’est pas les petites filles, modèle l’Allemagne prussienne ! Ca ne rigole pas – rien de bien nouveau dans les dessins animés japonais !

Bref, c’est pas bien de regarder en l’air… On peut finir presque noyé dans l’affaire tout comme le brave Hans-Guck-in-die-Luft (Jean-regarde-en-l’air). Il faut croire que je suis particulièrement non-wilhelmienne, bien que je n’aie jamais sucé mon pouce ni joué avec des allumettes. Un bon moyen de repérer dès l’âge de 3 ans les futurs vermines de notre société, surtout celles qui ont la tête dans les nuages…

Wenn der Hans zur Schule ging,
Stets sein Blick am Himmel hing.
Nach den Dächern, Wolken, Schwalben
Schaut er aufwärts allenthalben:
Vor die eignen Füße dicht,
Ja, da sah der Bursche nicht,
Also daß ein jeder ruft:
« Seht den Hans Guck-in-die-Luft ! »Kam ein Hund daher gerannt;
Hänslein blickte unverwandt
In die Luft.
Niemand ruft:
« Hans gib acht, der Hund ist nah ! »
Was geschah ?
Pauz ! Perdauz ! – da liegen zwei !
Hund und Hänschen nebenbei.Einst ging er an Ufers Rand
Mit der Mappe in der Hand.
Nach dem blauen Himmel hoch
Sah er, wo die Schwalbe flog,
Also daß er kerzengrad
Immer mehr zum Flusse trat.
Und die Fischlein in der Reih’
Sind erstaunt sehr, alle drei.Noch ein Schritt ! und plumps ! der Hans
Stürzt hinab kopfüber ganz ! –
Die drei Fischlein, sehr erschreckt,
haben sich sogleich versteckt.Doch zum Glück da kommen zwei
Männer aus der Näh’ herbei,
Und sie haben ihn mit Stangen
Aus dem Wasser aufgefangen.Seht ! Nun steht er triefend naß !
Ei ! Das ist ein schlechter Spaß !
Wasser läuft dem armen Wicht
Aus den Haaren ins Gesicht,
Aus den Kleidern, von den Armen;
Und es friert ihn zum Erbarmen.

Doch die Fischlein alle drei,
Schwimmen hurtig gleich herbei;
Strecken’s Köpflein aus der Flut,
Lachen, daß man’s hören tut,
Lachen fort noch lange Zeit;
Und die Mappe schwimmt schon weit.

                            ◊ ◊ ◊
Lorsque Jean allait à l’ école,
Il regardait l’ oiseau qui vole,
Et les images et le toit,
Toujours en l’ air, jamais tout droit
Devant lui comme tout le monde
Et chacun disait à la ronde,
En le voyant marcher: « Mon cher !
Regardez Jean le Nez-en-l’Air ! »
 
Un jour en courant un chien passe,
Et Jean regardait dans l’ espace,
Tout fixement; Et personne là justement
Pour crier: « Jean ! le chien ! prends garde !
Le voilà près de toi, regarde ! »
Paf ! petit Jean est culbuté
Et le chien, lui, tombe à côté.
 
Un jour au bord d’ un rivière
Il allait, tenant en arrière
Son carton, et ses yeux suivant
Les cigognes qui voltigeaient;
Et comme un i, droit, en silence ,
Vers la rivière Jean s’ avance,
Et trois poissons, fort étonnés,
Ont pour le voir levé le nez.
 
Deux braves gens du voisinage
Par bonheur viennent au rivage.
Avec des perches tous les deux
Tirent de l’ eau le malheureux.
 
Il sort tout trempé ! Quelle pluie !
Ah la triste plaisanterie !
L’ eau lui ruisselait des cheveux
Sur la figure et sur les yeux,
et, tout mouillé, le pauvre diable
Grelottait; c’ était pitoyable !
 
Les petits poissons à la fois
Nagent vers le bord tous les trois.
Ils sortent de l’ eau la figure,
Riant tout haut de l’ aventure
De l’ imprudent petit babouin.
Et son carton, il est bien loin.

Traduction de Trim