Le nez en l’air

Ciel de Montmartre, un froid après-midi d’octobre.

Bon je sais ça fait un peu carte postale mais c’est déjà suffisamment pénible quand le froid se lève, alors tant pis, j’assume ! L’avantage quand on regarde le ciel, c’est qu’on ne voit pas la merde sur le trottoir et on finit par marcher dedans… du pied gauche espérons-le ! Aujourd’hui aux Abbesses il y a une espèce de marché « du terroir » qui s’est installé ce qui est certes fort sympathique mais reste 1. hors de prix et 2. pénible pour slalomer entre les Montmartrois du dimanche (je veux dire par là les touristes et parisiens « de l’intérieur », i.e. non issus du XVIIIe qui viennent te polluer ta rue le week-end). Donc zénitude et calme, tournons les yeux vers le ciel !

Cela dit, l’odeur de vin chaud m’a rappelé des souvenirs de mon enfance alsacienne, et d’un seul coup me revint à l’esprit un extrait du Struwwelpeter (« Crasse-Tignasse »), un charmant livre allemand pour enfants du milieu du XIXe. Dans cet ouvrage d’une grande finesse psychologique (écrit par un psychiatre dont les patients ont à mon avis dû mal finir), des enfants turbulents se retrouvent punis dans les souffrances et tortures les plus diverses, illustrées par des dessins bien détaillés. Ca donne la fille qui joue avec des allumettes qui brûle vive, l’anorexique qui finit par crever de faim, le gamin qui suce son pouce et se le fait couper par les immenses tenailles du coupeur-de-pouces (celui-là est particulièrement flippant !) C’est pas les petites filles, modèle l’Allemagne prussienne ! Ca ne rigole pas – rien de bien nouveau dans les dessins animés japonais !

Bref, c’est pas bien de regarder en l’air… On peut finir presque noyé dans l’affaire tout comme le brave Hans-Guck-in-die-Luft (Jean-regarde-en-l’air). Il faut croire que je suis particulièrement non-wilhelmienne, bien que je n’aie jamais sucé mon pouce ni joué avec des allumettes. Un bon moyen de repérer dès l’âge de 3 ans les futurs vermines de notre société, surtout celles qui ont la tête dans les nuages…

Wenn der Hans zur Schule ging,
Stets sein Blick am Himmel hing.
Nach den Dächern, Wolken, Schwalben
Schaut er aufwärts allenthalben:
Vor die eignen Füße dicht,
Ja, da sah der Bursche nicht,
Also daß ein jeder ruft:
« Seht den Hans Guck-in-die-Luft ! »Kam ein Hund daher gerannt;
Hänslein blickte unverwandt
In die Luft.
Niemand ruft:
« Hans gib acht, der Hund ist nah ! »
Was geschah ?
Pauz ! Perdauz ! – da liegen zwei !
Hund und Hänschen nebenbei.Einst ging er an Ufers Rand
Mit der Mappe in der Hand.
Nach dem blauen Himmel hoch
Sah er, wo die Schwalbe flog,
Also daß er kerzengrad
Immer mehr zum Flusse trat.
Und die Fischlein in der Reih’
Sind erstaunt sehr, alle drei.Noch ein Schritt ! und plumps ! der Hans
Stürzt hinab kopfüber ganz ! –
Die drei Fischlein, sehr erschreckt,
haben sich sogleich versteckt.Doch zum Glück da kommen zwei
Männer aus der Näh’ herbei,
Und sie haben ihn mit Stangen
Aus dem Wasser aufgefangen.Seht ! Nun steht er triefend naß !
Ei ! Das ist ein schlechter Spaß !
Wasser läuft dem armen Wicht
Aus den Haaren ins Gesicht,
Aus den Kleidern, von den Armen;
Und es friert ihn zum Erbarmen.

Doch die Fischlein alle drei,
Schwimmen hurtig gleich herbei;
Strecken’s Köpflein aus der Flut,
Lachen, daß man’s hören tut,
Lachen fort noch lange Zeit;
Und die Mappe schwimmt schon weit.

                            ◊ ◊ ◊
Lorsque Jean allait à l’ école,
Il regardait l’ oiseau qui vole,
Et les images et le toit,
Toujours en l’ air, jamais tout droit
Devant lui comme tout le monde
Et chacun disait à la ronde,
En le voyant marcher: « Mon cher !
Regardez Jean le Nez-en-l’Air ! »
 
Un jour en courant un chien passe,
Et Jean regardait dans l’ espace,
Tout fixement; Et personne là justement
Pour crier: « Jean ! le chien ! prends garde !
Le voilà près de toi, regarde ! »
Paf ! petit Jean est culbuté
Et le chien, lui, tombe à côté.
 
Un jour au bord d’ un rivière
Il allait, tenant en arrière
Son carton, et ses yeux suivant
Les cigognes qui voltigeaient;
Et comme un i, droit, en silence ,
Vers la rivière Jean s’ avance,
Et trois poissons, fort étonnés,
Ont pour le voir levé le nez.
 
Deux braves gens du voisinage
Par bonheur viennent au rivage.
Avec des perches tous les deux
Tirent de l’ eau le malheureux.
 
Il sort tout trempé ! Quelle pluie !
Ah la triste plaisanterie !
L’ eau lui ruisselait des cheveux
Sur la figure et sur les yeux,
et, tout mouillé, le pauvre diable
Grelottait; c’ était pitoyable !
 
Les petits poissons à la fois
Nagent vers le bord tous les trois.
Ils sortent de l’ eau la figure,
Riant tout haut de l’ aventure
De l’ imprudent petit babouin.
Et son carton, il est bien loin.

Traduction de Trim

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