Clair de lune / Moonlight

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

Paul Verlaine, « Clair de lune », Fêtes galantes, 1869.

Your soul is as a moonlit landscape fair,
Peopled with maskers delicate and dim,
That play on lutes and dance and have an air
Of being sad in their fantastic trim.

The while they celebrate in minor strain
Triumphant love, effective enterprise,
They have an air of knowing all is vain,—
And through the quiet moonlight their songs rise,

The melancholy moonlight, sweet and lone,
That makes to dream the birds upon the tree,
And in their polished basins of white stone
The fountains tall to sob with ecstasy.

Paul Verlaine, « Moonlight », Fêtes galantes, 1869, translation by Gertrude Hall.

Canal Saint-Martin

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire, « L’invitation au voyage », Les Fleurs du Mal, 1861.

See on the canals
Those vessels sleeping.
Their mood is adventurous;
It’s to satisfy
Your slightest desire
That they come from the ends of the earth.
— The setting suns
Adorn the fields,
The canals, the whole city,
With hyacinth and gold;
The world falls asleep
In a warm glow of light.

There all is order and beauty,
Luxury, peace, and pleasure.

Charles Baudelaire, « Invitation to the Voyage », The Flowers of Evil. Translation by William Aggeler, 1954.