Impressions théâtrales – la bouse est de sortie!

Grâce à une amie théâtreuse qui sauve ma vie intellectuelle du néant en m’emmenant assister à des spectacles de théâtre d’avant-garde, je parfais ma vie de bobo parisienne. Mais n’exagérons pas non plus ; comme dit mon amie en question : pour voir un truc exceptionnel, il faut assister à plein de merdes. Expériences vécues du parterre.

Pour commencer, une pièce dans la tradition brechtienne du banquet du Drei Groschen Oper, où les personnages renversent l’ordre bourgeois dans la tradition carnavalesque. Quand c’est Brecht c’est génial (ah, Verfremdungseffekt !!!!!!), là c’était juste du genre provoc’, avec un viol sur scène, des bites au vent à tout va et une partouze de vieux pour finir. Et j’oubliais le pliage savant d’une des bites devant le public, ouh, ça donne envie ! C’est bien vrai que la nudité n’est pas toujours érotique, mais bon gars si ton kif c’est de te plier le sexe devant ton public feel free (ce sera sans moi la prochaine fois !)

Opopoï (hululement utilisé dans la tragédie grecque, pour exprimer le sens du tragique justement), ensuite, une pièce de Howard Barker intitulée « Lentement » (c’est le cas de le dire !) avec 4 femmes en noir immobiles pendant une heure et discutant de savoir si et comment elles devaient mourir (je vous passe les détails), avec une voix sépulcrale débitant les didascalies en sur-articulant les fins de phrases (« elle lève légèrement le menton devant cette réaction ab-jec-t-euh »). C’était tellement chiant que j’ai dégainé le blackberry et que j’ai joué au solitaire. Oui. Je ne respecte pas l’art.

Pour mieux comprendre le gars Barker (apparemment très connu dans le monde du théâtre, OMG !), je suis allée lire Wikipédia (la source de tout savoir). L’aboyeur (« Barker ») est pour la renaissance du théâtre tragique. Why not ? Encore faudrait-il que ça soit au moins un peu profond ; je ne trouve pas Eschyle passionnant mais au moins son théâtre a un sens. Le gars appelle son œuvre « théâtre de la catastrophe », je suis d’accord. Catastrophique.  “Rejecting the widespread notion that an audience should share a single response to the events onstage, Barker works to fragment response, forcing each viewer to wrestle with the play alone. (…) Where other playwrights might clarify a scene, Barker seeks to render it more complex, ambiguous, and unstable.” Eh bien tout s’explique: pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Pourquoi le spectateur devrait-il comprendre, s’intéresser ? Nan, il doit « lutter seul contre la pièce ». Non mais ho ! C’est quoi ce trip ??

Dans le genre danse, tu peux aussi facilement flirter avec le coma spectaclique. Je me rappelle d’un spectacle de danse japonisante où des hommes mettaient une quinzaine de minutes pour avancer de quelques millimètres. Dans ce genre de cas, seules trois réactions sont saines : se barrer (impossible, j’y étais avec une copine assise à l’autre bout de la salle, et mon voisin, assis entre moi et le couloir, ronflait de bon cœur) ; dormir (je suis insomniaque, no way) ; se refaire la liste des courses dans sa tête et réfléchir à ses prochaines vacances. Moi hélas j’étais juste TROP SUR LES NERFS MAIS TU VAS BOUGER TÊTE DE CON J’EN PEUX PLUS ah bon Dieu encore une heure UNE HEURE !!!!!!!! La tête de mon voisin menace de tomber sur mon épaule, prudence ! Tiens si je me mettais au sport ? MAIS BON SANG BOUGE BOUGE j’en peux plus j’ai besoin de me gratter sur tout le corps tellement ça me fait mal de vous voir comme ça (pas pour vous, bande de tortionnaires, pour moi !) Dans ces moments-là l’amour de l’art n’a aucun sens, retourne au Japon espèce de bûche humaine (on était bien avant le tsunami je précise, je ne suis pas sadique non plus) !

Ouahahaha dans le même genre un spectacle moisi de chez moisi à partir de la danse bretonne (la danse bretonne déjà, bon…), avec deux mecs, quatre sabots aux pieds (l’essence du breton sans doute), PAS DE MUSIQUE… Ah bordel de bordel que c’était chiant !!!!!!! Là je m’arrête, tous ces souvenirs sont trop pénibles je commence à m’emmerder moi-même…

Le pire c’est quand on sort de la salle de torture et que tu constates que tes compagnons de cellule se gargarisent mutuellement de leur admiration devant l’ « œuvre d’art » qu’ils ont vu. Ouais, quand t’es une œuvre d’art tu as la vie facile, tout le monde t’admire d’emblée parce que tu t’exhibes dans un lieu avant-gardiste parisien. Eh bien moi je dis stop à la dictature de la fiente artistique ! Une bouse est une bouse, et il ne faut pas hésiter à le dire… Les conventions sociales nous font réagir comme si l’empereur avait des habits neufs, alors que non, souvent il est tout nu !!

D’aucuns argueront de mon mauvais goût et accuseront ma fréquentation assidue des programmes télévisés. Il est vrai que je suis un peu droguée du petit écran, de « Un dîner presque parfait » (du coup quand tu vas manger chez des amis ça te donne envie de filer dans la salle de bains pour casser du sucre sur le repas « hmmm oui je trouve que la sauce était trop liquide », « j’ai été déçue par la déco, pas assez dans le thème », « Gérard n’était pas assez présent pendant qu’il préparait le dessert, j’ai trouvé ça vraiment limite ») à « Plus belle la vie ». Oui, je sais. Là c’est vraiment le fond du fond du trou. On va dire que c’est mon côté France profonde.

Il faut dire que j’ai pris le virus des séries assez jeune, alors que je travaillais comme une galérienne en prépa littéraire ; le besoin de se divertir se faisant cruellement sentir, je me suis mise à suivre d’excellentes séries dont la moindre n’était pas Buffy contre les vampires (ah le mythique épisode « Je ne t’oublierai jamais », l’émotion m’étreint en y pensant) puis Alias, bref des trucs de meufs qui cognent. On cogne comme on peut, mais je préfère la tueuse de vampire aux « danseurs » – cogneurs de sabot.

Pour finir, quand même, j’ai vu des super pièces aussi – voir de la bouse permet d’y déceler quelques pépites. Je vous conseille donc Fausto Paravidino, un auteur italien connu (comme l’aboyeur) et qui écrit des pièces très très bonnes, enfin du moins celle que j’ai vu Gênes 01 je vous conseille, un excellent récit choral, social et politique sur les événements qui ont conduit à la répression extrêmement violente des manifestations altermondialistes en marge du G8 à Gênes – un genre d’événement dont on peut généralement dire «Le G8 passe, les villes trépassent». En tout cas foncez !!

Quelques conseils pour éviter de vous prendre une tarte dans la gueule dans le bus ou le métro

Oui je sais, je suis un peu obsédée par les connards qui me font chier dans le métro ou le bus les usagers que je côtoie dans les transports en commun, j’ai déjà parlé de l’univers impitoyable du bus parisien. Il faut dire que le Parisien est à rude épreuve lorsque tous les matins l’aisselle de son voisin répand dans son nez sa suave odeur, et ne parlons pas de la Parisienne sujette au regard lubrique d’un petit gros libidineux et chauve qui peigne sa mèche de façon à cacher son crâne. C’est fatigant, mais fatigant…

La RATP, dans sa grande sagesse, a cerné le problème et lancé une campagne sur le civisme dans le bus. Bonne initiative mais je me permets d’allonger la liste et de cracher mon venin un bon coup.

– « On a beau adorer les bébés, avec les poussettes il ne faut pas pousser« . Les mères de famille en colère se sont indignées devant ce message (et pourquoi pas les pères???), qui demande aux personnes avec poussettes de les replier à partir de la 3ème poussette dans le bus, mais bon hein 3 poussettes effectivement ça va bien! Et pour peu qu’il y ait 3 mômes braillards dedans… bonjour le charivari! Le PIRE c’est les enfants de 4 ans dans les poussettes: t’as 4 ans tu MARCHES, eh ouais mon p’tit, c’est la dure loi de la vie, si à 4 ans t’es toujours en poussette c’est grave la loose. Seuls les plus forts survivent dans cette jungle urbaine.

– « On a tous envie d’être assis. Certains en ont également besoin. Merci de céder votre place aux voyageurs prioritaires : femmes enceintes, personnes handicapées, personnes âgées« . Oui mais non. Quand j’ai vraiment envie de m’assoir, je deviens une hyène enragée sans aucune morale. Ugh.

– « Si tout le monde profite d’une conversation personnelle, elle n’a plus rien de personnel. Merci d’adopter un volume sonore raisonnable pour vos discussions, vos appels ou votre baladeur« . En effet. Cela dit je parle moi-même très fort, donc je ne me jette pas la pierre non plus… Et puis ça peut être marrant les gens qui racontent leur vie sexuelle par le menu d’une voix tonitruante (je suis un peu indiscrète aussi).

– « Jean-Luc a un prénom. Ce n’est donc pas la peine de le traiter de tous les noms. Merci de vous adresser au conducteur et aux autres voyageurs avec courtoisie« . Certes. Mais je me réserve le droit d’invectiver les Marine et Jean-Marie. Et pourquoi « Jean-Luc »? En quoi Jean-Luc est-il symptomatique du chauffeur de bus parisien? Le prénom masculin (ouais, les hommes, toujours les hommes) le plus donné en 2010 c’est Nathan, beuârk! Sinon, en donnant au chauffeur un âge moyen de 40 balais, on tombe dans Christophe, déjà bien mieux. Remarquez je connais un bébé prénommé Emile… dur surtout avec des parents de la génération de « Prenez un chewing-gum Emile » et « C’est Emile le tueur« … Enfin! Cela dit, j’aime bien la coiffure du chauffeur avec sa petite raie de côté et ses cheveux gominés comme dans les années 40. Un vrai Jean-Luc!

Et maintenant, voici mes conseils maison:

– On aime tous tailler une bavette entre amis. Mais c’est pas une raison pour s’attrouper juste devant la bouche de métro en empêchant les honnêtes gens d’y accéder (surtout quand ils ont un RER à prendre!!) Le groupe typique qui bloque l’accès au métro: les touristes groupés de toute sorte, ou les jeunes… surtout en mèche et jean slim. Pouark! Ô rage, ô désespoir, ô jean slim ennemi!

– Votre sac à dos n’est pas une arme de poing. Parfois (souvent) il y a une personne entre votre sac et sa trajectoire.  Parfois (souvent) c’est moi, et vous êtes à deux doigts de vous prendre une tarte dans la gueule. D’ailleurs c’est moche les sacs à dos. Vade retro sac à dos.

– Le métro n’est pas une salle de concert. Ah mon Dieu l’accordéon moisi qui joue pour la 1000ème fois une rengaine de Piaf ou de Dalida. Pitié pour nos oreilles.Vous outragez la Gigliotti, et à cela je dis NON. Et ne parlons pas des massacreurs qui s’accompagnent d’une sono tellement forte que tu ne peux même pas neutraliser le son avec ton baladeur. NON. Ta gueule. Va nous faire chier à X Factor, au moins on peut couper le son.

– Enfin, quelques règles de circulation à l’usage de tous ceux qui n’ont pas réussi leur permis métro: on laisse sortir avant d’entrer dans la rame; dans les couloirs on marche à droite et on se range pour laisser dépasser les Parisiens pressés; on met du déodorant; on ne montre pas son organe aux jeunes filles. Ah oui et puis arrêtez juste d’être impolis! Si vous vous excusez quand vous nous foutez un coup dans les roustons, ça passera un peu mieux!

Oui, je l’avoue, le contact humain me rend un peu (prodigieusement?) misanthrope, mais certains savent être tolérants, voici un super blog qui parle de rencontres dans le métro, je vous le recommande quand l’esprit bisounours revient se poser sur vous!