Du French kiss

Le french kiss = baiser avec la langue. Bon. Bizarrement, alors que nos amis américains en font notre spécialité avec les frites (hein les Belges, hein ? HAHAHA!) (French kiss, French fries), notre belle langue ne dispose pas de beau mot pour décrire cet échange de salive (nous reviendrons ensuite sur son opportunité métaphysique) ce qui, convenons-en, est bien ennuyeux.

Un mot vient pourtant d’entrer dans le dictionnaire. Il s’agit, mes bons amis, du vocable « galocher ». Nous voilà bien : « nan mais on s’est juste galochés » ; « il met trop la langue dans ses galoches » (un problème que nous aborderons en effet). Mais que c’est laid, que de difformité dans notre belle langue !

On m’a objecté que « galocher » avait « un petit côté années 30 ». Années 30 ? Mes braves, dans les années 30 la galoche désignait ce qu’elle aurait toujours dû désigner : une ignoble vieille chaussure à la semelle de bois, la godasse de la misère, la savate de l’indigence. Apparemment, le bruit disgracieux de ces croquenots sur le pavé a dû inspirer la verve populaire pour assimiler ce terme aux claquements de langue (oui, je sais, c’est dégueulasse) ; rien de rétro ni de vintage dans tout cela, au mieux un petit côté Mystères de Paris de derrière les fagots, avec son odeur de fange du XIXème. Enfin, si ça vous plaît.

Tout à fait personnellement je suis donc favorable au « roulage de pelle » ou de patin. Cette métaphore mécanique (je ne sais pas pourquoi, ça me fait penser à un chasse-neige) est tout à fait efficiente, et le verbe « rouler » définitivement plus élégant que « galocher », dont on ne me disputera pas les ignobles sonorités.

Tatata je vous arrête tout de suite : oui je suis une grosse snob du langage, et je vous prie de croire que quand l’Emmerdeuse occupera son siège légitime au milieu des vieux croulants de l’Académie française en micro-robe verte ça va filer droit ! « Galocher », non mais QUELLE IDEE !

Saine politique britannique: pas de pelles dans les gares.

Saine politique britannique: pas de galoches dans les gares.

Ceci posé, venons-en à la métaphysique du roulage de pelle. Un usage répandu, qui consiste à enrouler sa langue à celle de son voisin. Au-delà de la question d’hygiène, qui est certes problématique (vive les brosses à dents), pourquoi roulons-nous ainsi des patins à tout va ? Une espèce d’aura vertueuse est attribué au baiser, cette première rencontre concrète des corps, d’ailleurs on en fait des vidéos cucul-la-praline qui s’échangent sur les internets, genre « le premier baiser de deux inconnus » et personne ne pense à la pauvre Emmerdeuse, seule dans son coin, les lèvres en friche. C’est à n’y rien comprendre, vraiment ; que fait la police anti-discrimination ?

Notons que ceci est sans doute un héritage de nos amis de l’Antiquité, qui n’aimaient pas trop baiser leurs femmes mais qui kiffaient grave d’embrasser leurs petits camarades (masculins, surtout), because c’était une sorte de mélange des souffles, des âmes ; tu vois ils se roulaient sans doute pas la masse de pelles, vu qu’ils trouvaient l’échange de viscosité un peu trop vulgos pour eux. Bref, à la base le baiser c’est un truc un peu spirituel, un peu élevé, sangre de Dios ! D’ailleurs le baiser de paix pendant la messe c’était pas un truc de fornicateur non plus.

Bref, après cette minute culture qui va sans doute vous changer la life et vous permettre de briller dans les salons, ma conclusion est formelle : le roulage de pelles est une invention récente et qui ne durera qu’un temps. D’ailleurs reconnaissons-le, on ne passe pas sa vie de couple à se rouler des pelles : la passion du baiser mouillé n’a qu’un temps. Il est vrai que parfois (souvent ?) le mâle, sans doute trépignant sous le poids d’un désir non maîtrisé (nan j’ai pas du tout d’a priori sur le désir masculin, c’est le résultat d’une enquête ethnographique exhaustive, pour ne pas dire exclusive,  car Bernard de la Villardière est plus que jamais mon idole), le mâle donc, emporté par son enthousiasme, a fortement tendance à te fourrer la langue dans la gorge avec un entrain juvénile mais plutôt étouffant.

Bill Plympton, How To Kiss (court métrage), 1988.

Bill Plympton, How To Kiss (court métrage), 1988.

Sachez, messieurs, et je serai ferme et définitive, que le baisage est important ; en général qui baise mal baise mal, si je puis me permettre ce petit glissement de sens (huhuhu). Ouais je sais, je fous la pression, mais bon. T’embrasses mal, t’es mal parti sur l’échelle de Richter de la capabilité sexuelle, je te le dis tout net. Or, rouler une pelle correctement n’est pas l’apanage de tout un chacun.

Voici quelques exemples non exhaustifs (et je suis sûre que vous en avez d’autres ; ou alors vous êtes vierge, ce qui n’est pas grave, voyez ce à quoi vous échappez):

La langue de clébard qui déborde de partout : non tu n’es pas mon chien (et même, d’ailleurs, beurk), tu ne lèche pas AUTOUR. En plus la salive, ça assèche la peau.

La langue d’huître. Immobile, comme un cadavre de crustacé, elle attend que tu fasses tout le boulot… Et comme dit Samantha, « If their tongue just lays there, what is their dick gonna do? »

La langue essoreuse, qui essaie de finir le programme Lavage à 60° de la machine à laver. Ca tourne, ça tourne, c’est bien tout ce qu’on peut en dire.

Le baiser du serpent, sss sssss, la langue qui pointe dedans et dehors, t’as l’impression de rouler une pelle à Voldemort. Sauf que Voldemort c’est quand même Ralph Fiennes, lui il peut se le permettre.

Le carambolage de dents. Là tu vas prendre cher, les miennes sont fragiles et j’y tiens beaucoup.

Petit scarabée, n’oublie pas, un baiser c’est un souffle d’éternité. Alors avant d’y enfoncer ta langue, tourne-la sept fois dans ta bouche. De la mesure avant toute chose, et puis un peu de légèreté bordel !

Allez mes enfants, embrassez-vous joyeusement.

« Moi j’ai besoin d’amour, des bisous des câlins j’en veux tous les jours » (Lorie)

Y a des jours comme ça, tu te dis soudainement « mais comment donc se fait-il que je ne sois pas encore devenue la star de l’internet mondial, moi qui écris pourtant pour le monde des leçons de vie profondes morceaux de littérature stendhalo-céliniens trucs de gogole dont tout le monde se fout ? ». Et puis c’est l’hiver, il fait grave moche, t’aimerais bien que tout le monde te donne du free hug en t’expliquant à quel point t’es formidable – cela ne concerne pas tes amis qui le font déjà à foison, les pauvres, et qui sont bien méritants, tels le Bon Samaritain (car tu n’es pas raciste, tu aimes tout le monde sans distinction de couleur ni de religion ni de style de chaussures) (ce dernier point devant néanmoins être un peu nuancé, parce que les chaussures sont les chaussures, y en a des pas acceptables nom d’un petit bonhomme!), mais pour l’homme de la rue, de préférence le bel étalon beau gosse qu’on trouve dans le brownstone du coin de la rue à Brooklyn (voir la série Girls, qui t’apprend qu’en fait c’est des conneries de conseils de grand-mère de ne pas rouler de pelles aux inconnus dans la rue) (un des secrets de l’univers déjà dévoilé par la grande Samantha Jones) (merci à toi, Samantha, sunshine of our lives) (les garçons, pas d’inquiétude sur ces références, c’est du 100% nunuche).

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Bref, tu fais une crise de génie incompris. Comme dirait ta psy, « vous ne vous sentez pas légitime ». Comme dirait ton pote V., « thésarde dans le bad qui habite à Montmartre, qui  se la pète écrivaine et qui raconte sa vie à un psy, tu te sens pas un peu caricaturale, là ? » (ok, tu lui as un peu cassé les bonbons à te plaindre toute la soirée) (mais promis quand la lonesome camionneuse sera émiresse du Q. et qu’elle aura la ligne directe avec David B. elle ne dira plus rien du tout) (PS les gens : LC est carrément opé si vous voulez l’inviter à un match du PSG, mais trop CARRÉMENT, quoi) (enlève ton maillot Daviiiiiiiiiiiiiiiiiid).

Oui mais euh. Oui bon. Hein. Tu veux juste montrer tes seins disserter de littérature avec Michel Denisot au Grand Journal. Ce type est d’une acuité stylistique et philosophique tout à fait frappante. Et puis on te fera un brushing de la mort qui tue, ce qui n’est pas à dédaigner. Et t’auras un maquillage de voiture volée (ou du moins légèrement empruntée) qui te fera ressembler à la reine des Cruches, mais vraiment super bonnasse quand même. Voire même on te donnera des goodies. Ne jamais refuser un objet gratuit, c’est ta devise. Enfin bon, c’est vraiment pas beaucoup demander, comme but dans la vie, non ? Et ne parlez pas de cliché ! C’est d’une originalité transcendentale (c’est à dire que la condition de connaissance de l’originalité passe par le Grand Journal) (le Vrai, le Beau, le Bien) (le Grand Journal, incarnation du câlin originel) (oui parce qu’il y a du transcendant aussi là-dedans)(en tout cas, du trans).

L’ennui est que ça nécessitera quand même ensuite un petit suicide à la romaine dans la baignoire avec teuf alcoolisée tel un sénateur ayant perdu son honneur ou un capo ayant trahi le Parrain, parce que ce n’est pas très cohérent avec tes opinions politiques, la société du paraître, la consommation, la vacuité infinie de cet espace télévisuel mal embouché, tout ça. Mais bon, t’auras eu ta dose d’amour cathodique. Ce qui n’est point rien. Mourir en apothéose, accompagnée du chant des anges du Paradis (la bande de peroxydés qui servent d’animateurs), y a-t-il sort plus enviable?

N’empêche que le bébé singe, tu lui mets un robot métallique qui lui file le biberon, il clamse, tu lui mets un robot en peluche qui lui file le biberon, il survit. Eh ouais. Même les bêtes ont besoin d’amour. Même les dauphins, comme Lorie le pointe si pertinemment dans son clip qu’on vous conseille d’écouter à fond les ballons ici pour vous préparer à cette épreuve commercialo-guimauvo-sentimentale-kiss my ass, tan-tan-tan dans les chaumières, tous aux abris, la SAINT VALENTIN.

Excursus musical. Je crois bien que ce n’est pas la première fois que je mets un lien vers cette immortelle chanson de Lorie… Erreur lamentable ou avant-gardisme génial? L’Histoire jugera.

Que soi-disant ce serait in cette année de fêter la Saint Valentin. A condition d’offrir des cadeaux de bobos sa mère tellement c’est lamentable de conformisme originaux. Une botte de poireaux peut-être ? NOOOOOOON. Un bracelet I Love You, un ensemble de lingerie, des pâtisseries de luxe. Original, on vous dit. Bon bon bon, oui d’accord, il faut VRAIMENT que t’arrêtes de lire des magazines féminins. Mais sinon, où trouver des idées pertinentes pour ta future robe de mariée ? (Bien que ce point soit d’une acuité douteuse, étant donné la lonesomeness de la lonesome camionneuse ainsi que son positionnement de principe contre le mariage) (mais toujours prête, telle un scout aux aguets, telle est sa devise) (les miracles  surprises, ça existe).

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Attention, qu’on ne se méprenne pas. LC n’est en aucun cas frustrée de ne pas fêter cet honteux paroxysme de la société de consommation qui asservit à ses desseins maléfiques la force de l’amour qui surmonte tout même la tempête le vent la faim le froid le chancre la peste le choléra les rides l’épisiotomie les seins qui tombent et tes 80 ans d’espérance de vie, l’essentiel est invisible pour les yeux d’ailleurs ça tombe bien on regarde ensemble dans la même direction et tout ça au son des violons.

Bien entendu, LC méprise tout ce romantisme de bon aloi, elle a envie de vomir dès qu’on lui récite Apollinaire et trouve que vraiment Titanic est une daube irregardable (elle n’a pas du tout cette scène en raccourci sur sa barre de navigation internet) (oh mon Dieu, Céline, le soleil couchant, la mer, le vent !!!!) (I trust you, oh ouiiiiiiiii) (quand même, pour Leonardo y a moyen qu’y ait une exception à tous ces principes à la con de la peau dure de la vieille baroudeuse) (parce que oui, même les camionneurs ont un cœur).

Disons juste que très temporairement Sneaky Princess prend le dessus. Juste un petit peu. L’influence déplorable de la société du spectacle, de la larmoyance féminine, de siècles de conditionnement littéraire et de l’enthousiasme de Christiane Taubira (une femme qui en a sous le capot). On est fort peu de choses, mes pauvres amis. Alors bam ! Une botte de poireaux pour tous les amoureux, et puis, prosit, on y croit encoooooore (on est vivant tant qu’on est fort) (Lara, tu fais avec Lorie un si bel ensemble choral) (elle est ici, attention vous allez pleurer).

Et même, puisqu’on est dedans : des pivoines roses, une ville d’Italie, un chocolat chaud, la lune rousse, des glaces à la fraise, du Schubert ET une botte de poireaux (ça peut toujours servir).

TO LOVE !!

(and to lovers, quand même, ne faisons pas de jaloux)

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