Des retards et de leurs inconvénients sur la vie quotidienne

Vous l’aurez compris, la lonesome camionneuse est irrémédiablement germanique de par sa culture natale, ce qui la remplit de tristesse car disons-le, aimer la saucisse, les Birkenstocks portées avec des chaussettes et les pâtisseries pleines de crème n’est pas exactement la classe internationale (cela dit la forêt noire de ma maman est une tuerie, quoi qu’on en dise). Elle vibre également assez facilement aux mâles accents de Wagner (Bayreuth me voici) (hu hu hu) et de la grande Nicole, qui se sent bien seule en Grèce avec sa choucroute (écouter cet air mythique ici) (purée en plus je crois qu’elle chante en playback).

Bref, se potesse, Lonesome sarebbe Italienne et basta (cela dit pour parler franc et commencer un peu à bitcher sur l’Italie, les Italiennes ne brillent pas toujours par leur bon goût, notamment en matière de maquillage) (mais bon).

Hélas, Lonesome est une lourde germaine brute et large comme une armoire à glace, la choucroute en avant et la Wurscht (saucisse en dialecte local) au vent. De ce fait, elle n’aimait, en sa prime enfance sur les bords du Rhin majestueux, rien tant que la ponctualité teutonne (avant l’heure, c’est pas presque l’heure, pourquoi pas ?, après l’heure C’EST PLUS L’HEURE, verteckel !!) Inutile de vous décrire le choc culturel de l’arrivée à Paris où un quart d’heure de retard, voire une demi-heure, c’est tout à fait l’heure. Et que si t’arrives avant t’es une pauvre merde mal élevée. Z’imaginez la pauvre Lonesome, toute gênée avec son bouquet de fleurs ou sa bouteille de vin arrivée trente minutes avant tous les autres invités lors des premiers dîners ? En plus tu te sens pas con vu que la maîtresse de maison est en train de faire la cuisine / de s’habiller / de mettre la table / de tirer un coup vite fait avec le voisin avant que son mari n’arrive. Bref. Ce travers civilisationnel fut vite réglé et, la passion de Lonesome pour la politesse prenant le dessus, elle met désormais un point d’honneur à n’arriver pas avant un quart d’heure après l’heure indiquée (vous suivez ?)

Néanmoins, cette bienheureuse insouciance horaire a parfois des limites. Je veux parler des livreurs de sushis de Courbevoie, dont la technique de vente doit faire baver le grand Bill Gates lui-même (sisi vous savez ce gars qui nous vend à prix d’or des logiciels inventés GRATUITEMENT par des geeks qui habitent dans leur cave de geeks avec des yoggings de geeks qui jouent à des jeux de geeks et à pirater le FBI au lieu de faire la révolution NON MAIS HO LES GARS WHAT THE FUCK ARE YOU WAITING FOR ? YOU GOT THE POWER !) Pourquoi Courbevoie ? Me demanderez-vous tout à trac. Une Parisienne digne de ce nom traverse-t-elle le périph’ après 20 heures (avant ça va, c’est pour ta thèse après tout) (oh I must love science) ? Eh bien, la lonesome camionneuse a de très chers amis à Courbevoie, et elle emmerde le jugement géographique de ces merdeux de Parisiens plus snobs que le baron de Charlus (un sacré gugusse si vous voulez mon avis). Les amis c’est sacré.

Bref, nous y voici, dans la banlieue lointaine (non en fait Courbevoie c’est proche) (allez un peu vous balader à Évry, qu’on rigole) à attendre le plateau de sushis commandé à 19h55, que normalement ça met une heure max à arriver et puis merde on a un peu faim quand même. Précisons que nous faisions déjà acte de bravoure de commander ces mets japonais, car selon certaine personne bien informée les sushus (dixit) seraient égorgés dans les baignoires dans des conditions d’hygiène très limite (absurdité des légendes urbaines quand tu nous tiens).

D’heure en heure, des coups de fil sont passés aux diaboliques tôliers nippons, du ton menaçant (j’écris un blog très influent, ça va faire du bruit !) (ha ha ha mais bien sûr), au ton belliqueux (ah non, vous ne me mettez pas en attente, ça fait deux heures que j’attends, chienne de Thénardier du Japon retourne dans ta rizière tu m’as soûlé la bite) (notons que le racisme ordinaire n’est jamais bien loin) (quand on a faim du moins) (pauvre de nous) et enfin désespéré (ça fait trois heures que j’attends mes sushis je ne sais plus quoi faire). Non vous ne rêvez point : TROIS HEURES pour livrer un plateau de sushis à moins de quinze minutes à pied (on aurait mieux fait d’y aller direct armés de nos fourches et de nos piques pour ramener à Paris le boulanger, la boulangère et le petit mitron) (nan mais c’est vrai quoi, RÉVOLUTION !!) (qu’on me pardonne je me cultive un peu sur la question en ce moment) (hu hu hu).

Or donc, que faire quand on poireaute trois plombes pour ses sushis ? Ben on ouvre le champagne, on boit et on évoque des sujets divers et variés, et surtout de plus en plus pertinents :

– que c’est n’importe quoi comme l’UMP a fait n’imp’ avec les députés des Français de l’étranger

– que la ministre couche avec l’implanteur de cheveux qui se fait payer au noir

– que la prof de lycée trop relou est mariée avec un journaliste du Canard enchaîné et que Marguerite Duras ça peut être trop chiant quand même, la preuve: « Césarée, Césaréa. Césaréa, Césaréa, Césarée ». En plus c’est même pas marrant à répéter très vite.

– que la littérature barbare

– que la musique de Radio Nostalgie

– que Dave quand même c’est pas mal. On se met à chanter Dave. (Grosse loose ou sublime illumination ? L’Histoire jugera).

Tout ça pour quoi ? Parce que les livreurs étaient de malheureux cotorep (qui ont d’ailleurs ajouté 10 minutes à leur retard en prenant la rue A L’ENVERS pour une raison inconnue) (j’ai rien contre le handicap, mais genre compter les numéros de rue me semble quand même une compétence nécessaire pour être livreur de sushis) (mais je suis sans doute une grosse biatch de critiquer ce genre de trucs politiquement corrects) (enfin merde quoi, trois heures pour des sushis !) (ils se sont peut-être crus dans Racine, Je demeurais longtemps errant dans Césarée) (matez la GROSSE BIATCH qui se moque de l’inculture des handicapés) (m’en fous l’enfer m’attend de toute façon).

Les conséquences, ô lecteurs, sont terribles. Irrattrapables. Apocalyptiques. En rentrant gaiement de Courbevoie (grosse loose dans les couloirs de la gare pour trouver la correspondance du métro), Lonesome se rappelle utilement que quand même elle fait cours le lendemain, et met bien gentiment son réveil… une demi-heure en retard (faut dire qu’avec les et quart et les moins le quart c’est facile de s’emmêler les pinceaux, quand même) (non mais c’est vrai quoi).

Les mots ne suffisent point pour décrire ce sentiment profond d’impuissance qui étreint l’enseignant pris de panique lorsqu’il se rend compte qu’il va arriver hyper en retard à son cours et qu’en plus les petits cons étudiants ne l’auront pas attendu vu que la règle de politesse parisienne n’est pas encore la norme en salle de cours. L’iphone dans une main pour appeler le délégué de classe, l’imper dans l’autre parce qu’en plus il pleut sa race, l’enseignant court court court parce que sinon il aura pas le temps de finir ce cours fondamental qui va leur changer la vie sur les systèmes agraires (bocage, openfield, huerta, où sont les neiges d’antan ?).

Précisons en guise de petit excursus que Lonesome s’est dit cette année : « Pas de blagues, sois un peu une prof sérieuse, et puis tant que t’y es que ça va te faire du bien à l’ego, fais un peu la prof sexy » (attention ! je ne veux pas dire par là qu’elle se ramène à oilpé en cours, mais que bon, elle ne se fringue plus comme une vioque de soixante balais quand elle fait cours) (un peu de jupe et de talons n’ont jamais fait de mal à l’estime de soi par ailleurs).

Résultat ? Arrivée suante et soufflante, Lonesome a donc directement cassé le mythe : cheveux en pétard (pas le temps de les sécher), forte suspicion d’auréoles sous les bras (écrire au tableau ? ne pas écrire au tableau ?), bouton de la chemise qui avait sauté ce qui fait qu’on lui voyait à moitié le bide (évidemment elle ne s’en est rendu compte qu’au bout d’une demi-heure) (une demi-heure !) (va ensuite parler de la révolution agricole et de la politique agricole commune en te tortillant pour tenter de te rebrailler), eeeeeeeet la bretelle de soutif qui se barre !! YOUHOU !!

A ce qu’il parait, mieux vaut arriver en retard qu’en corbillard. M’enfin quand même, je voulais faire la prof sexy, moi!

Life is a bitch.

De la nullité muséale vaticane

Je commence la rédaction de ce texte dans un putain d’EMBOUTEILLAGE de TOURISTES pour PASSER D’UNE SALLE DE MUSÉE A L’AUTRE. Ma voisine se repasse le film qu’elle a fait avec son iphone dans la chapelle Sixtine (brouhaha, Jugement dernier, brouhaha, création de l’Homme, brouhaha, les Sibylles) pendant que je rédige un post de blog. Foule moutonnesque qui vit dans le virtuel, tu n’as peut-être que ce que tu mérites.

Ouais je sais, vous vous dites « cette connasse de lonesome camionneuse, toujours à se plaindre de tout, et pan comme ça elle s’en va quatre jours à Rome se la couler douce. Que vient-elle nous faire chier avec ses problèmes de riche? » Pas faux. En même temps, miss Lonesome C. n’est pas riche mais elle a plein d’amis qui habitent partout de par le monde, et comme rien ne lui importe plus que de voyager (à part peut-être les fringues et les chaussures) (et les sacs) (et puis une belle manucure de temps à autre) elle squatte régulièrement chez ses amis désespérés qui ont sans doute créé un club anti-squat de la camionneuse mais elle est vraiment plus collante qu’une sangsue la bougresse. Dans ce sain esprit de camaraderie internationale et en perspective de l’année à venir qui sera pour Lonesome L’ANNÉE DE LA RÉDACTION DE LA THÈSE DE LA MORT, elle est partie avec son Elle et ses sandales voir son pote J. à Rome, dans l’esprit des vacances de la dernière chance avant l’Apocalypse. Vous voyez donc que tout cela n’est pas si rose. Enfin.

Mais, me direz-vous tout de go, que va-t-elle faire dans cette galère vaticane? N’est-il pas bien plus pertinent de rester tranquilla à rester déguster une glace à une terrasse? (bien sûr que SI) (mais bon).

Tout cela part d’une connerie. Lonesome se dit: à 30 ans (et des poussières) (tout à fait minuscules les poussières je précise), ça doit être la troisième fois que tu viens à Rome et ta flemme congénitale t’a toujours retenue de faire la queue au Vatican. Là t’es vieille adulte, t’as toujours pas vu les fameuses fresques papales du kif du corps masculin que tu sens que Michel-Ange c’était pas vraiment un hétéro, c’est octobre donc y aura moins de monde (effectivement tu fais pas la queue à l’extérieur) (mais ASTUCE tu te la tapes inside).

Eh ben les enfants, c’est folklo ce truc. Cet endroit est sans ambages l’enfer muséal le plus atroce que Lonesome C. ait jamais eu à affronter, et elle s’en est enfilé des musées (je ne parle évidemment pas de la queue des chiottes qui est déjà mythique à elle seule).

Pas besoin de s’interroger plus avant sur l’inventeur du parcours Ikea. C’est le directeur des musées du Vatican (un homme – forcément un homme, le Vatican ce pays de l’égalité des sexes – que j’aimerais bien avoir devant moi pour lui briser les jambes et lui arracher les ongles un par un, entre autres joyeusetés). Le parcours Ikea, cette invention marketing qui consiste à imposer un itinéraire commun à travers le magasin à travers le magasin à tous les consommateurs pour les inciter à acheter tout ce qu’,ils voient. Tu viens pour une étagère Billy (l’étagère Billy, l’amie des chercheurs) et tu repars avec trois tapis, cinq paniers et deux couvertures en laine polaire dont tu n’as aucun besoin. Moi ça ne me gêne pas, j’aime faire de la déco qui sert à rien. Mais bon, c’est vil. Eh ben au Vatican, c’est le même principe: unitarisme et égalité de façade (tout est bon pour entuber le cochon), chaque visiteur est ramené à son statut de bœuf devant l’Éternel. Faut que tu te tapes tout le parcours, même le musée d’art contemporain tout pourri, faute de quoi tu restes gros Jean comme devant. Comment faire d’un des plus beaux musées du monde une nasse à sardines équipées d’appareils photos.

L’attitude dominante n’est donc pas celui du respect du visiteur. Aucune différence de tarif, que tu sois étudiant ou chômeur payes que tu payes (remarque ça fait gagner du temps aux caisses, comme ça les gens se retrouvent plus vite coincés dans un escalier quelque part entre les stanze de Raphaël et la Sixtine). De fait, on se demande bien un peu quelles sont les conditions de sécurité dans cet endroit maléfique, la foule s’y presse à un point tel que tu appréhendes que le marbre de Tibère sur ta gauche ne s’effondre sur toi sous la poussée d’un Allemand imprudent. Bref quand t’es légèrement agora- et claustrophobe, c’est l’angoisse (Lonesome a passé la majorité de la visite à craindre de faire un malaise, surtout le moment où l’odeur de sueur de son voisin le plus immédiat a abondamment empli ses narines). Amis du catholicisme bonsoir. La seule concession à la charité chrétienne réside dans la constitution d’un itinéraire pour handicapés post-Lourdes, les fauteuils fendant la foule dans le SENS INVERSE de la visite au plus fort de l’embouteillage. Puissant, le plan de déplacement.

Que de spiritualité dans ce saint lieu, c’est à pleurer. On s’attend à apercevoir une sainte Thérèse en extase à chaque flash d’appareil photo (qui sont plus nombreux que les poils sur mes bras) (j’en ai quelques uns).

On peut dire ce qu’on voudra, Mitterrand a quand même eu le mérite de commander à Pei la splendide pyramide du Louvre (personnellement je trouve que c’est totalement magnifique) qui a, outre son esthétique présence, le grand avantage de DISPERSER la foule de visiteurs entre les différentes ailes du musée. Si t’as envie de voir les arts de l’Islam, t’as pas besoin de te taper les fous furieux qui se bousculent devant la Joconde, c’est quand même moins difficile à imaginer que le fil à couper le beurre.

Bien évidemment, précisons enfin que la muséographie vaticane est plus datée que Joseph de Maistre (ça fait sens d’un certain point de vue, remarquez). Par contre, il y a de main d’œuvre aux endroits stratégiques, comme ces gardiens qui ch-ch-ch-ch-ch-tent dans la chapelle Sixtine pour imposer le silence (avec 59 personnes au m², MAIS BIEN SUR). D’autres vendent au prix fort dans les coins et les couloirs libres moults portraits de Benoît Croix-Vé-Bâton (m’étonne qu’on lui ait pas encore dit qu’il a vraiment une sale gueule, celui-là) (no offence, my catholic friends, but fuck me he’s ugly).

De loin en loin, on entr’aperçoit des jardins magnifiques par les fenêtres, mais c’est pas pour vous les gars. Ces délices de Capoue sont réservés à ces êtres supérieurs que sont les évêques, les bonnes sœurs et les gardes suisses (mouahahahaha) (remarque heureusement qu’ils ont des compensations) (je m’arrête là, c’est tellement facile de bouffer du curé, soyons classe). Quant à vous, bande de ploucs sous-développés du tout-venant, vous allez en chier entre les barrières qui contiennent votre bovine attitude.

Heureusement, à la fin du parcours, on a droit à la pinacothèque qui contient quand même des superbes tableaux de la boulasse de l’histoire de l’art, et presque pas de touristes, éreintés qu’ils sont par leur précédent parcours. Il y a des Caravage de ouf (j’aime pas trop Caravage) (mais bon un type qui passait son temps à boire et baiser ne peut pas être totalement mauvais) (et puis honnêtement, ceux-là sont plutôt pas mal). M’enfin, je ne sais pas si ça suffit à rattraper le coup.

Ah, si j’aurais su…