Les jours de loose – la loose du rencard

Regardons la vérité en face: la trentenaire parisienne célibataire, que d’aucuns qualifieraient de perdue pour la France (eh bien non les aminches, nous en avons encore sous le capot malgré nos 100 000 km au compteur), est, si elle veut un tant soit peu frayer avec les garçons, confrontée à la perspective du rencard (le fameux date américain) (vous savez, le truc où le mec t’invite à prendre un café, et comme t’as pas trop d’amis aux States tu dis oui bien sûr super, et ensuite ta coloc t’explique en levant les yeux au ciel que non tu t’es pas fait des nouveaux potes, t’as en fait accepté 6 dates en simultané alors qu’en plus t’as un mec) (ouais j’ai eu un mec à une époque, d’abord!).

Alors bien entendu, ceci ne me concerne pas: je rappelle que les garçons qui veulent frayer avec moi doivent d’abord m’épouser – c’est Sneaky Princess et mon père qui l’ont décidé, et je suis une fille obéissante et respectueuse des valeurs de la tradition et de la famille. Le mariage c’est pas fait pour les chiens (pour les homos, je ne sais pas: sont-ils vraiment humains?) (si vous voulez mon avis ce sont des robots saturniens infiltrés dans la population pour nous exposer à diverses tentations sataniques).

Mais j’ai des amies qui sont sur la ligne de front, et elles m’ont rapporté que bon sang les enfants c’est pas joli là-bas c’est reparti comme en 17 la guerre de position les tranchées les gueules cassées les nappes de gaz. Alerte le camp d’en face a des armes puissantes, et surtout DÉROUTANTES (comme d’imaginer Staline en tutu en train de gambader sur le dos d’un crabe géant) (ben quoi?). On peut alors, sans défaillir, parler de loose du rencard.

C’est de loose rédhibitoire que je vous parle les garçons, sachez que si on vous aime bien on vous passera les nombreuses broutilles qui peuvent émailler vos tentatives de nous impressionner (« Je mixe de l’électro», « J’ai travaillé pour la Défense mais je peux pas trop t’en parler, c’est classé secret», « Mick me disait la semaine dernière…», « Tu sais moi, on m’a proposé d’être ministre mais le pouvoir ne me tente pas») (tout ça n’est pas top, mais on peut passer outre) (même sur vos fautes d’orthographe) (même si c’est très dur).

Jugez sur pièces:

1. La loose du négligé vestimentaire

Ne soyons pas chiennes, même une cravate en maille peut passer pour un détail qui étrangle mais sans abattre. VOIRE la stache, VOIRE MÊME des baskets fluo.

Mais ce qui ne passera JAMAIS c’est le négligé, la beaufitude, le gars qui arrive en JOGGING ET BASKETS CRADOS. Non non non, hors de question. Non mais sans dec’ les gars vous croyez qu’on a ENVIE d’un mec qui se gratte le cul dans l’interstice (dit aussi « raie du maçon ») de son jogging sale et distendu dont la couleur oscille entre le vert caca d’oie et le moutarde gerbé? Dites-donc les garçons, si vous voulez avoir l’honneur d’entretenir quelque intimité corporelle avec nous, il faut quand même faire un petit effort hygiénique et vestimentaire…

2. La loose du détail qui tue

Soyons clairs, un petit détail pittoresque dans la vie des gens n’est pas bien gênant: par exemple, si vous êtes un champion d’échec ou que vous pratiquez le catch, voilà des activités rigolotes et dont on peut s’accommoder sans trop de difficulté (outre qu’on pourra se la péter grave avec nos copines : je sors avec un cerveau surpuissant / une montagne de muscles) (ne jamais négliger le potentiel de je me la pète en société parce que mon mec est trop de la balle comme accessoire) (j’avoue, c’est un peu chien de voir un mec comme un sac Dior, mais chaque chose a son utilité voyez-vous).

Mais ensuite, il y a juste des trucs PAS POSSIBLES. Genre, le syndrome de « Viens chez moi, je te montrerai mon aquaterrarium« . Oui oui ceci est une situation VÉCUE. Le mec avait en guise d’animal de compagnie une COULEUVRE.

Non. NON. NOOOOOOOOOOOOOOOOON. Pas de rat, de serpent, de crocodile ou d’araignée. Rien à cirer de l’amour pour nos amis les animaux. Non. Couleuvre, tu dégages. On ne t’avalera pas (ouh le subtil jeu de mot à connotation tendancieuse). A l’aquaterrarium, ouste. Une meuf ou un serpent, il faut choisir.

3. La loose de la loose

Alors là bien évidemment, que dire?

Parfois, les gestes, les détails qui tuent et l’incurie intellectuelle joints à la prétention font que… non, c’est juste pas possible. On est alors partagée entre le pffffffffffffffffffffrt et le mépris pur et simple.

Je ne citerai qu’un exemple, mais il est parlant: un garçon plutôt pas mal de sa personne (préjugé favorable) qui se pique de faire des films (à double tranchant ça, beware, sortez les warnings). Non seulement le mec ne te regarde pas en face de l’HEURE ET DEMIE où il te parle de son film où on voit des mecs torse nu déclamer de la poésie en marchant le long d’une voie de chemin de fer désaffectée, mais en plus il t’explique qu’il est hyper à gauche mais qu’il ne milite pas et que pour construire sa réflexion il ne lit que Badiou, Rancières et Zizek (moi non, dis donc!!) (ai dû chercher le troisième sur wikipédia) (mais je construis pas, moi). Donc déjà gars tu ne vois que ton petit nombril (à craindre qu’autre chose soit petit, hélas) (les orteils, les orteils), mais en plus, DE QUOI TU ME CAUSES?? Tu sais quoi, la vie elle est aussi pas mal hors des films et des bouquins – surtout si t’en choisis que trois.

La malheureuse qui s’est exposée à cette avalanche de prétention mollassonne est en ce moment sous la tente à oxygène – je suis bien désolée pour les garçons qui sont des artistes, mais allez-y mollo les enfants, UN PEU D’AUTO-DÉRISION ne fait de mal à personne.

Et puis faites nous rire un peu, beaucoup, passionnément! Le kif y a que ça de vrai.

Enfin moi j’dis ça, j’dis rien.

Considérations d’une banalité affligeante sur le port d’armes à feu

Tout à l’heure j’étais dans le métro et que vois-je dans la main de mon voisin d’en face, un type mou et efflanqué, de type tout à fait houellebecquien?

J’entends par là un cadre moyen au crâne dégarni ayant légèrement dépassé la quarantaine, perdu ses illusions s’il en avait, et en général très préoccupé de son pénis et de ses performances sexuelles (en deux mots: j’aime énormément le style de Houellebecq mais ne trouve pas toujours très inspirants ses personnages) (enfin, c’est sans doute le but de l’affaire) (je suis une romantique qui s’ignore).

Que vois-je donc dans la main de mon voisin, disais-je, avant de m’embarquer dans de vaines considérations littéraires?

Une cible de tir criblée d’impacts de balles.

Non mais. Je vous demande un peu. Surtout que dans l’autre main il tenait un petit sac qui avait l’air suspicieusement lourd – manquerait plus qu’il trimballe en plus un Glock 9 mm, voire un Uzi ou autre saloperie de style létal et phallique.

Déjà que j’étais bien vénère parce que j’avais raté ma station tellement je suis fatiguée de passer mes journées à préparer des cours que je déblatère ensuite en assommant à l’envi mes pauvres étudiants, et en plus ce connard a le front d’affirmer son amour des armes dans un moyen de transport public! Sommes-nous dans les quartiers du 9-3, où sévissent les bandes de voyous à l’origine douteuse qui pratiquent diverses sortes de trafics dans une impunité qui défie la République, ou bien chez les bobos du 18ème?

Ni une ni deux que je lui suis tombé sur le râble pour lui dire son fait.

1. Bravo que de faire l’apologie de l’arme à feu, qui est vraiment l’arme des petites bites faibles (pardonnez ma tendance au vulgaire, mais enfin sommes-nous chez les Américains sauvages?) Hegel, qui n’était pas le dernier pour dire des conneries, explique doctement que l’invention de la poudre c’est de la grosse boulasse parce que ça permet de développer le « courage sans passion personnelle » vu qu’on tire sur un ennemi abstrait. Tout de suite on se prend de sympathie pour la grosse machette qui permet de massacrer son voisin d’une façon bien sanguinolente, parce que franchement le courage qui consiste à appuyer sur un bouton pour buter une bonne fournée de civils ça vous fait plus froid dans le dos qu’autre chose. Tuer, c’est un truc un peu violent quand même, me semble-t-il. Cher monsieur, si vous avez des couilles voulez montrer votre courage, agissez avec un bon vieux couteau de cuisine et faites-vous greffer un pénis. Ou achetez-vous un étui pénien comme les Papous. Je ne comprendrais jamais cette appétence des hommes pour les substituts d’organe (vous n’avez pas l’air de le croire messieurs mais la taille n’a que peu d’importance – QU’IMPORTE LE FLACON POURVU QU’ON AIT L’IVRESSE) (je parle de poésie, évidemment).

2. Mais qu’est-ce qu’on a à foutre, gars, que tu aies fait un carton à ton club de tir? Tu te rends bien compte que tu t’entraînes pour tirer sur des gens? Tu trouves ça cool comme activité? Même si tu es flic ou gendarme (mes professions préférées entre toutes, avec trader, militaire et ministre), est-ce vraiment un but dans la vie de montrer à tout le monde tes capacités en matière d’armes à feu? Est-ce que je trimballe mes copies à tous les vents pour montrer au monde extérieur que j’ai le pouvoir sur mes étudiants?

Mon Dieu. Une pensée perturbante me vient à l’esprit. Peut-être que ça marche vraiment sur les meufs, ce genre de conneries? Après une courte enquête sur le oueb, je constate que oui, les policiers sont la 5ème profession la plus sexy selon les femmes (il y a vraiment des enquêtes sur tout et n’importe quoi), mais après les ARCHITECTES (OMG!!!!!) et les enseignants-chercheurs (yes!) (quoique…) entre autres. Cette hiérarchie me perturbe. Je vais réfléchir à ce problème et revenir vous abreuver de mes intéressantes réflexions, mais pour l’heure je n’ai pas trop le temps alors je le mets dans mon tiroir des énigmes sociétales non résolues.

3. T’as vraiment besoin de faire le kéké dans le métro, à la vue des bobos, des nounous et des petits enfants?? Connais-tu le sens du mot pudeur? On commence comme ça et on finit par montrer son joujou aux petits enfants. Malsain, tout ça.

4. Si ça ne tenait qu’à moi, tu finirais au kolkhoze pour tireurs d’arme à feu à dessiner des napperons pour les petites vieilles avec ton automatique de merde.

J’aime bien envoyer les gens au kolkhoze dans mon monde fantasmatique. Mon petit côté Pol Pot.

Je lui ai balancé dans sa face. Ou pas.

Je suis vraiment d’une lâcheté confondante.