Les jours de loose – La loose de surveillance de partiel

Tout enseignant payé à faire le pitre devant de jeunes émules pour un salaire pour le moins folklorique sachant enseigner se confronte un jour à la nécessité du couperet, de l’autopsie de l’état de décomposition plus ou moins avancé du cerveau de ses étudiants (non je médis ils sont très mignons), bref de l’examen (autrement connu sous les vocables de Contrôle de Connaissances, Partiel, DST, Interro, Supplice du Cancre ou encore Contrôle Terminal). Événement récurrent qui consiste à s’enfermer dans une salle avec ses étudiants durant un temps pré-déterminé par les bons soins du référent de cours, et à les mirer tandis qu’ils composent des assemblages de mots supposés répondre à un sujet de manière cohérente (mouahahahahaha) (ne soyons pas mauvais esprit, mouahaha suffira), en espérant de toute la force de ses tripes qu’ils en écriront le MOINS POSSIBLE (Jésus Marie Joseph et tous les Saints je ne vous prie pas souvent mais là, S’IL VOUS PLAÎT!) (Dieu tout-puissant, Toi qui pardonne tout et plus encore, comprends que la nullité se devrait au moins d’être concise).

Or donc, à l’occasion de cet événement récurrent et plutôt traumatique pour les deux parties en présence, de nombreux phénomènes de loose ont été constatés grâce au téléscope Hubble (car rien n’arrête la science, de l’infiniment grand à l’infiniment petit), ce qui entame sérieusement la crédibilité de 2013 comme année de folaïe qui va changer ta life (merci, chien d’horoscope de Glamour, toi qui me prédis la rencontre de l’homme de ma vie au bureau alors que j’en ai pas, de bureau) (en plus l’émir du Q. ne traîne certainement pas dans un bureau, quel qu’il soit) (louons, louons la transcendance qui semble parfois ne poursuivre que le but de te foutre la tête sous la merde l’eau).

Explorons donc, avec la sagacité de l’entomologiste, la loose de la surveillance de partiel.

Tout d’abord, la loose, conjuguée avec la force de frappe de l’organisation kafkaïenne de l’administration universitaire (ce qui n’est pas peu dire), peut se liguer de multiples façons contre les éléments matériels de la tenue de l’examen. A la fac, où tous servent la science et c’est leur joie sont payés au lance-pierre et en sous-effectifs, les appariteurs ont autre chose à faire que de préparer les salles (vive sciences-po! vive l’école des élites! vivent les droits de scolarité exorbitants!).

1. Tu ne connais pas la salle où se déroule ton partiel, elle n’est pas affichée, la secrétaire est partie faire un tour dans le lieu mystérieux où les secrétaires partent faire un tour. Après 15 minutes de recherches frénétiques tu apprends que ta salle se trouve en fait sur l’autre campus de la même fac, celui où t’as jamais eu cours mais ça n’a rien à voir, à 30 minutes de métro au bas mot. BON.

2. Impossible de retrouver ton sujet d’examen tout bien tapé à la reprographie. Le paquet s’est perdu. Tu griffonnes un truc sur tes genoux dans le couloir (à la lumière glauque des néons qui éclairent les murs en béton brut) (bravo et merci à l’architecte, un seul mot s’impose: CONVIVIALITÉ), et tu arrives in extremis pour l’écrire au tableau (ça va? Tout le monde arrive à lire? Non Kevin, les acteurs POLITIQUES, pas PORNOTIQUES. Ça n’existe pas, pornotique. Oui, c’est vraiment drôle, Kevin, tout à fait, vous avez l’étoffe d’un comique). BACK TO BASICS.

3. Tu dois faire passer des oraux, tu as tout bien rangé dans ton sac et tu as même pensé à prendre du scotch pour coller sur la porte de la salle la feuille indiquant l’ordre de passage des impétrants. Juste, tu as oublié ton stylo. Pas le choix, tu en empruntes un à tes étudiants. Ou tu fais style je maîtrise, je note tout dans ma grosse tête et à la fin tu n’as aucune idée de la note que tu vas mettre. ÉCHEC de ton autorité morale ou de ton système de notation.

4. La salle est trop petite, trois étudiants doivent composer assis par terre tandis que tu surveilles debout, parce qu’il ne reste plus une pièce de mobilier dans les salles alentour (elles sont toutes bondées ou ont le mobilier rivé au sol pour éviter qu’on ne le pique). MAI 68 SPIRIT.

Ensuite, durant le déroulement de l’épreuve, diverses contrariétés peuvent te mettre le moral en berne.

1. Tu chopes un étudiant qui triche. Vil petit maraudeur de la non-pensée. Mais tu ne peux te contenter de lui coller un 0, ce qui de toute façon nécessite de rendre un rapport circonstancié à l’autorité compétente. Non il faut, tel l’inspecteur Clouseau, revêtir un trench informe et coiffer un galurin à l’aspect de galette bretonne, « saisir les pièces ou  matériels permettant d’établir la réalité des faits »  et remplir un procès-verbal de QUATRE PAGES contresigné par les autres surveillants (ha ha, y en a pas) ainsi que par…le candidat (que faire s’il mesure 2 mètres de haut, est caréné comme une armoire à glace et refuse de signer?), et tout ça « sans interrompre la participation à l’épreuve du ou des candidats». Bref, parfois, mieux vaut détourner pudiquement le regard. TEST DES VALEURS MORALES.

2. Tu es seule à surveiller, tu as une envie pressante, mais l’épreuve dure encore TROIS heures. TEST DES LIMITES BIOLOGIQUES.

3. Comme une imbécile tu t’es dit que tu allais bosser pendant l’épreuve et tu as amené à cette fin un bouquin ultra-chiant qui ne recule pas devant la complexité du concept. Bon, vive l’iphone, facebook te tiendra compagnie. Mais mais mais???….. Plus de batteries???? AAAAAAAAAAAAAAAH? TEST DE LA DÉPENDANCE A LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE ET A L’INTERNET QUI UNIT LES PEUPLES PAR-DELÀ LES MONTAGNES.

A ce propos, je précise que ce post a été écrit avec un bic sur une feuille de papier les enfants. Back to Dark Ages.

4. Tu ramasses, en soupirant à la pensée des heures de TORTURE MENTALE que va constituer la correction des copies, ton paquet de torchons manuscrits. Tu les recomptes pour en avoir le cœur net (tant que ça? tant que ça, vraiment?). Quand, enfer et damnation, il en manque une!!!!! Recherche frénétique, recomptage acharné, multiplication par la racine carrée de x… Désespoir. Ah non, en ouvrant ton paquet de copies, tu constates que ce petit plaisantin de Kevin a glissé sa copie dans celle de son pote Gérard. TEST DE LA RÉSISTANCE A L’HUMOUR PAS DRÔLE.

Tu vas payer, petit mariole. Attends de voir ta note.

Sounds like math (funny,humor,school,exams,meme.)

Oraison funèbre 2.0.

Aujourd’hui, victime innocente de l’obsolescence programmée, mon ordinateur est mort.

Enfin mort, façon de parler, car entre deux écrans bleus (AAAAAH, l’écran bleu) et noir (AAAAH l’écran noir), les symptômes de la peste numérique ne trompent pas : il est condamné à décéder dans d’atroces souffrances.

Le mode sans échec est le signe patent de son agonie longue et difficile. Malgré mes paroles de réconfort (allez mon grand, tu peux le faire ! allume-toi, s’te plaît !!) il ne vivote encore que pour jeter ses derniers feux. Mais ils seront splendides : qui peut se vanter de voir son oraison funèbre écrite sur lui-même ? Tout va dans un même lieu; tout a été fait de la poussière, et tout retourne à la poussière.

Hélas, hélas, ce traumatisme du décès de l’ordinateur du thésard, douleur et abomination, atroce sentiment d’abandon et de solitude des espaces infinis.

Pleurons.

Aux premiers symptômes de la maladie mortelle, le thésard pense à lui, égoïste comme chacun en ce triste monde. Mouvement de panique terrifiante : DE QUAND DATE MA DERNIÈRE SAUVEGARDE ?  Premier épisode mélodramatique : il se jette sur le sol en se tordant, en se griffant le visage et en s’arrachant les cheveux. Une semaine de boulot perdue, à jamais, dans les abîmes du disque dur (nan je vous rassure comme en ce moment je suis au taquet j’ai tout sauvé in extremis, alleluiah c’est ainsi qu’Allah est grand) (je suis trop forte) (mouvement de joie désordonné et incontrôlé à l’intensité semblable et inverse au mouvement de désespoir ci-dessus décrit).

Mais alors, la première fois que tu vois l’écran bleu et que tu n’as point sauvegardé, que faire ? Lancer, dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, des appels de détresse à tous les initiés de l’informatique susceptibles de tout lâcher pour venir te sauver ; toute minute passée sans sauvegarde, longue comme l’éternité, te coûte en effet un ongle, une livre de chair, une poignée de cheveux. Honneur et gloire au geek aimable qui viendra sauver sous DOS, mystérieux gardien de nos destinées informatiques, les pauvres rogatons de pensée que tu intitules Thèse. Cet homme (car, reconnaissons-le, c’est souvent un homme) acquiert alors la stature du SAUVEUR. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise par la suite, même s’il se range un jour sous la bannière de Jean-François Copé ou se met à porter des chemises bleues à col blanc, ta reconnaissance pour ce Messie électronique ne s’éteindra qu’avec le soleil.

Ensuite, alors que sauvegardes et restaurations s’avèrent inutiles et vaines, il faut se rendre à l’évidence. Le temps du deuil est venu. Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s’il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés de l’amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : l’ordinateur se meurt, l’ordinateur est mort!

A toi. L’histoire d’une de mes folies.

Toi, qui me fus offert lorsque jeune et folle encore, je voyais la trentaine loin à l’horizon et la thèse à venir luire de l’éclat tentateur de la virtuosité universitaire (déraison, extravagance, calembredaines !)

Toi, cadeau de mes amis, héros qui affrontent contre vents et marées mes blagues graveleuses et mes attaques gratuites.

Toi, blanc et pur comme l’agneau qui vient de naître, élégant et plein de sobriété, toi qui entrais aisément dans une sacoche Dior en cuir restée vu l’état de mes finances à l’état de souhait ardent.

Toi, témoin de mes turpitudes intellectuelles, qui contempla navré mes arborescences folles, de « Mariage mystique » à « Lutte finale » en passant par « Belle par tous les temps » et « Wrestlemania 2012 ».

Toi, impavide et fidèle compagnon de mes navigations sur l’océan de la toile du oueb qui unit absurdités et infamies, fulgurances et ridicules, flots profonds redoutés des mères à genoux. Tu contemplas sans juger mes recherches google les plus absurdes et fut empli de gloire lorsque l’article « modes sexuelles » de ce blogue de la boulasse devint la première occurrence apparaissant sur cet illustre moteur de recherche.

Merci.

Tu finiras, âme ardente, écran éclairage de mes nuits blanches, victime du capitalisme honni, à la déchetterie de La Chapelle, sous les voies du métro. Repose en paix, tandis que passent les trains, que ruminent les vaches et que fument les moquettes. Je m’en jetterai quelques uns à ta santé.

Adieu.