Religion in the city

L’objet de ce post est en fait extrêmement flou, et suscité par la concomitance de l’irruption incongrue d’un prêtre dans la boutique de téléphone mobile de la rue Lepic alors que je m’y appliquais à changer de téléphone, et de l’apparition de deux bonnes sœurs dans la rue de Tolbiac près de l’église Sainte-Rosalie alors que j’étais dans le bus. La seconde occurrence est, me direz-vous, plus logique que la première. Certes. Enfin les prêtres doivent eux aussi communiquer avec le monde d’ici-bas, et il n’est pas indigne d’acheter un portable à cette fin – je me serais plus inquiété s’il était venu chercher une ligne directe avec Dieu. On imagine en conséquence la scène du clip de Claude François « Le téléphone pleure, quand Dieu ne vient pas… »

« – Écoute Dieu est près de toi,
Il faut lui dire: « Dieu, c’est quelqu’un pour toi »
– Ah! c’est le monsieur de la dernière fois
Bon, je vais Le chercher
Je crois qu’Il est dans son bain
Et je sais pas si Il va pouvoir venir
– Dis-Lui, je t’en prie, dis-Lui c’est important
Et il attend
– Dis, tu lui as fais quelque chose à Dieu ? Il me fait toujours des grands signes
Il me dit toujours tout bas: « Fais croire que je suis pas là »

Le téléphone pleure quand Dieu ne vient pas
Quand je lui crie: « Je t’aime »
Les mots se meurent dans l’écouteur
Le téléphone pleure, ne raccroche pas
Je suis si près de Toi avec la voix»

Une grande chanson sur la solitude (solitude de l’homme sans Dieu). Enfin, en même temps c’est un peu con de penser que Dieu va venir répondre au téléphone. Combien ça facturerait de la minute ?

Mais je m’égare.

Donc, en voyant ces apparitions teintées de religion catholique, je me suis dit qu’il y avait sans doute des divagations à en tirer. Une petite pensée émue pour ces guerriers de Dieu égarés sur le bitume, parmi les petits bourges en jean slim (oui c’est une obsession chez moi) ou les salauds de banlieusards en baggy. La ville est quand même pour la religion le lieu de toutes les perditions et de tous les vices (ah, l’âme pure du paysan !)

C’est pourtant pas qu’on manque de lieux où se rincer l’âme, comme le montre cette confrontation cartographique entre deux recherches sur google maps. A Paris comme à New York, la densité ecclésiastique c’est pas de la daube. Manhattan l’emporte sans doute légèrement, mais bon c’est plutôt protestant tout ça. Un truc me traverse l’esprit : j’ai affirmé précédemment (ici) que New York était plus bruyante que Paris. Je maintiens ce jugement mais à une exception près, celle des cloches : aux Etats-Unis, on n’entend jamais une cloche d’église sonner, malgré l’omniprésence de la religion dans la vie quotidienne / intellectuelle / morale des Américains !! Ont-ils tellement intégré les voies divines qu’ils n’ont plus besoin d’être rappelés à l’ordre ? Ont-ils tellement perdu le lien social que la paroisse n’est plus un lieu de communion ?

 

Donc, inspirée par l’alcool, Brad Pitt et le prêtre au téléphone, j’ai décidé d’organiser un petit match Paris vs New York des sept péchés capitaux, youhou soyons fous !

D’abord petite précision : les péchés capitaux ne sont pas les plus graves mais ceux qui sont à l’origine de tous les autres (comme dit Hercule Poirot : « cherchez le mobile »), et le gars qui les a théorisés c’est Thomas d’Aquin, un homme sérieux qui a passé longtemps à disserter sur le sexe des anges et autres donc c’est pas de la gnognotte siouplaît (ergo, on peut affirmer que dans le cas d’une transposition de « Le téléphone pleure », le 3ème protagoniste serait un simple ange, envoyé auprès des hommes donc en charge de la gestion du standard divin ; mais en allant par là, ça pourrait aussi être un chérubin, ceux qui connaissent les secrets divins, sinon comment serait-il au courant que Dieu prend un bain ?)

Bref. Le match. Le choc des péchés. Yo, let’s go !!

1. L’Orgueil (Superbia en latin) : attribution à ses propres mérites de qualités vues comme des dons de Dieu (intelligence, etc.). Son démon est Lucifer.

Difficile à arbitrer. Les Parisiens comme les New Yorkais pensent être les rois du monde, que leur ville est la plus belle du monde et que la vie hors de la métropole ne vaut pas d’être vécue (désignations injurieuses pour le reste du monde : « province », voire « désert français » ou « America »). Incarnation de Lucifer : le serveur parisien, SJP (« she’s not from New York, she wears a scrunchie« ).

Match nul

2. L’Avarice (Avaritia en latin) : accumulation des richesses recherchées pour elles-mêmes. Son démon est Mammon.

Bon là, ok les Parisiens aiment le fric, mais c’est quand même Michael Douglas qui a balancé « Greed is good » à la face du monde. Allez voir Wall Street d’Oliver Stone, bande de petits incultes !

Mammon : Michael Douglas. Ben ouais mon gars, tu te tapes la Zeta-Jones faut bien payer un peu quand même !

New York 1 – Paris 0

3. L’Envie (Invidia en latin) : la tristesse ressentie face à la possession par autrui d’un bien, et la volonté de se l’approprier par tout moyen et à tout prix (à ne pas confondre avec la jalousie). Son démon est Léviathan.

Hmmmm vois pas trop la différence avec la jalousie, enfin bon. A première vue, ça va dans les deux sens : les New Yorkais envient désespérément la classe européenne et notamment parisienne (en gros, l’âge canonique de notre civilisation et les mites qui nous bouffent le paletot) ; les Parisiens envient les salaires faramineux (encore plus) des traders, et les taxis disponibles à toute heure du jour et de la nuit. Avantage à la Parisienne, qui sera quoi qu’il arrive coiffée d’une aura de classe, même totalement injustifiée ; avantage à la New Yorkaise qui évite le walk of shame [1] dans un noctilien bourré de gars bourrés pour regagner ses pénates.

Match nul

4. La Colère (Ira en latin) : « courte folie » déjà pour les Anciens, entraînant parfois des actes regrettables. Son démon est Satan.

Là c’est du sérieux les enfants. Bon, avec 9/11 les Américains ont bien généré la colère. Le métro Saint-Michel c’était moins sérieux quand même.

New York 1 – Paris 0

5. L’Impureté ou la Luxure (Luxuria en latin) : plaisir sexuel recherché pour lui-même. Son démon est Asmodée.

Aaaah ! Là le débat devient serré. La luxure est un péché quand même très parisien, en fait on pourrait même dire que la luxure n’est pas vraiment considérée comme un péché dans le beau pays de France. Comme le dit joliment Wolinksi : « Les Français se masturbent plus souvent qu’ils ne se lavent les dents, car ils n’ont pas toujours une brosse à dents sous la main. » Si l’on se limite à l’actualité récente, le congressman new-yorkais Wiener (« Zizi » donc), qui envoyait à des femmes la photo de son sexe sous son calebutte ne fait pas le poids face aux trois femmes de notre président chéri (pour ne pas aborder la question DSK, halte à la polémique !) Lui au moins, il la leur montre en vrai !! Ou comme on peut le dire poétiquement « elles ont vu le loup »

Paris 1 – New York 0

6. La Gourmandise (Gula en latin) : ce n’est pas tant la gourmandise au sens moderne qui est blâmable que la gloutonnerie, cette dernière impliquant davantage l’idée de démesure et d’aveuglement que le mot gourmandise. Par ailleurs, on constate que dans d’autres langues ce péché n’est pas désigné par un mot signifiant « gourmandise » (gluttony en anglais, par exemple). Son démon est Belzébuth.

Je rajoute la note de bas de page de wikipédia qui est hilarante : « Lionel Poilâne, a écrit avec 25 célébrités (le cuisinier Alain Ducasse, l’homme politique André Santini, l’écrivain Irène Frain, etc.) « Supplique au Pape pour enlever la gourmandise de la liste des péchés capitaux ». En janvier 2003, une requête a été remise entre les mains de Jean-Paul II pour que le péché de gourmandise soit remplacé par les termes gloutonnerie, intempérance ou goinfrerie. «Avec humilité, nous vous demandons, Très Saint Père, sachant que la suppression d’un des sept péchés capitaux est inconcevable, de modifier sa traduction dans la langue française.» Cette requête n’a pas eu d’effet notable à ce jour. »

En effet, Jean-Paul n’est plus joignable aujourd’hui que par l’intermédiaire du téléphone divin.

Difficile sinon de trancher : les Américains sont plus obèses que les Français certes, mais à New York on bouffe plutôt classe, et entre les cupcakes et les croissants mon cœur balance. Belzébuth peut-il s’incarner en Lionel Poilâne ? Hmmm. Allez, je leur en ai déjà mis plein la gueule et la requête des Français est trop drôle, je donne le point à Paris !

Paris 1 – New York 0

7. La Paresse, anciennement l’acédie (Acedia en latin). Le catéchisme de l’Église catholique définit l’acédie, terme disparu du langage courant, comme « une forme de dépression due au relâchement de l’ascèse ». Il s’agit en effet de paresse morale. L’acédie, c’est un mal de l’âme qui s’exprime par l’ennui, l’éloignement de la prière, de la pénitence et de la lecture spirituelle. Son démon est Belphégor.

Aïe ! BHL vs Noam Chomsky ou Daniel Bell c’est pas la joie ! Du temps de Tocqueville on avait encore une chance, mais là c’est plutôt mal parti… En même temps il y a toujours quelques néo-cons’ par-ci par-là aux Etats-Unis…

Allez, on se donne le point de la paresse morale, soyons fair-play.

Paris 1 – New York 0

Conclusion : Paris est la ville du péché, New York c’est mou tout ça, un peu de nerfs !! Ca se travaille, la perdition morale !

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1. La notion de walk of shame sera sans doute élucidée dans un prochain post (si j’ai le temps et si j’ai envie, na !)

 PS : Merci à wikipédia pour ces infos de première main sur les péchés capitaux. Grâce à eux, leur traduction latine n’est plus un mystère.

Ticket de métro / Landing strip

Abordons aujourd’hui un sujet certes métaphorique mais pour autant fondamental, celui de l’origine, non pas du monde mais de la tonsure de la chose…

Quand on y pense, une femme peut sans doute légitimement s’interroger sur la raison profonde qui la pousse à se ratiboiser la moumoute et à s’infliger une torture épilatoire non négligeable – et pour votre info les gars le pire c’est sans doute les aisselles. Encore que. Bref, après la période hippie bénie du poil en liberté, nous voilà aujourd’hui confrontés à la haine du poil – et sachez, Américains, Allemands et autres sceptiques venus du lointain, que les Françaises s’arrachent autant les poils que les autres. Non, nous ne sommes pas une tribu de femelles pileuses tout droit sorties de la Guerre du Feu ! Remarque, ça devait être tranquille le chat de pas passer son temps à se dépiler ; avec les ongles et sans crème apaisante parfumée à la rose, ça paraît logique que la toison aie triomphé à l’époque.

Bon, c’est pas tout ça, nous voilà face à l’esthéticienne / l’épilateur / le pot de cire (on vous laisse le choix pervers de l’instrument du supplice) ; baissons les yeux vers l’endroit concerné, autrement dit « la touffe ». A part les quelques adhérentes de la Société protectrice de l’endolorissement et de la calvitie, qui pratiquent l’absence intégrale de touffe, un grand nombre d’épilées se tournent vers le désormais légendaire ticket de métro, sans doute en raison de la forme du tapis laineux.

Les Américains se sont, eux, tournés vers une autre métaphore transportesque, la piste d’atterrissage (landing strip). On note tout de suite l’aspect « transports en commun » des deux figures, néanmoins beaucoup plus populo dans le cas français : le ticket de métro reste quand même largement plus abordable que le billet d’avion – allusion à la petite vertu de la Française, qui laisse entrer le tout-venant pour 1,70€ ?

Comment ces métaphores ont-elles germé dans le fertile cerveau des poètes qui ont les premiers désigné ainsi la décoration pileuse ? Le ticket de métro a-t-il été inspiré par les p’tits trous du poinçonneur des lilas de Serge Gainsbourg ? Par l’entrée du métro dans le tunnel (oh ! quel mauvais goût !) ? De même, la piste d’atterrissage est-elle une subtile allusion à l’entrée en contact des avions avec le sol ?

Hélas, pas de statistiques sur la fréquence de l’objet, mais le rectangle stimule l’imagination littéraire en tout cas. On attend une ode au ticket de métro qui nous signalera le nouveau Rimbaud !

Et quant au reste, ne pensez MÊME PAS à me le demander !

Inspired by Paris vs New York, http://parisvsnyc.blogspot.com/

Let’s tackle a subject that’s admittedly metaphorical but still fundamental, the topic of the origin, not of the world but of its tonsure…

When you think about it, a woman can legitimately wonder about the deep reason that urges her to mow her beaver and to inflict to herself a significant depilatory torture – and guys, FYI the worst is presumably the armpits. Although… In short, after the blessed hippie period of free hair, we are confronted today to the hatred of hair – and so you know, Americans, Germans and other sceptics from distant countries, French girls epilate as much as the others. No, we’re not a tribe of hairy females right out of Quest for Fire! Mind you, it was probably awesome not to epilate all the time; with your own nails and without rose-scented soothing cream, it seems logical that the fleece triumphed in prehistoric times.

That’s all very well but here we are, facing the beautician / the epilator / the wax pot (we leave you the pervert choice of the torture instrument); let’s look down at the object in question, or else “the bush”. Apart from the few members of the Society for the prevention of soreness and baldness who use the full absence of bush, a great deal of epilated girls turn to the now legendary landing strip, presumably because of the form of the woolly carpet.

We French have turned to another transportationesque metaphor, the subway ticket (ticket de métro). You will immediately note the “public transportation” aspect of both images, though much cheaper in the French case: a subway ticket is still less expensive than a plane ticket – allusion to the easy virtue of the French girl, who would let everyone enter for €1,70 (price of the subway ticket in Paris)?

How were these metaphors formed in the fertile brain of the poets who firstly named this hair decoration? Has the subway ticket been inspired by the “little holes” of Serge Gainsbourg’s ticket-puncher? By the entry of the subway in the tunnel (oh! shocking!)? At the same time, isn’t the landing strip a subtle allusion to the contact between the planes and the ground?

Well alas, there are no statistics on the frequency of the object, but at least the rectangle stimulates the literary imagination. We’re waiting for the next Rimbaud and his ode to the landing strip!

As for the rest, don’t even THINK of asking me!