De la supériorité italienne en toute chose (ou presque)

Eh oui, la lonesome camionneuse a le cœur tendre quand il s’agit de la péninsule bottelée… Deux ans sans y mettre le pied c’est affreux, après s’être un peu rechargé les batteries à Rome elle a donc besoin de chanter la gloire de l’Italie au plus haut des cieux blogs prétentieux hypes.

Parce que l’Italie, c’est comme ça. Faut laisser parler Stendhal. «Berlin, 2 septembre 1816. J’ouvre la lettre qui m’accorde un congé de quatre mois. Transports de joie, battement de cœur. Que je suis encore fou à vingt-six ans! Je verrai donc cette belle Italie. Mais je me cache soigneusement du ministre : les eunuques sont en colère permanente contre les libertins. Je m’attends même à deux mois de froid à mon retour. Mais ce voyage me fait trop de plaisir; et qui sait si le monde durera trois semaines

Les paysages les paysages les paysages. «Le caractère de la beauté en Italie, c’est le petit nombre des détails et, par conséquent, la grandeur des contours.» (Stendhal ancora). Et puis ça change du Nord au Sud (ah, le Nord et le Sud en Italie ça veut dire quelque chose) (ravissement du géographe naïf). La lumière de l’Italie est un bon gros lieu commun, elle est moins aisée à décrire, encore moins à expliquer. Inclinaison du soleil, couleurs vives et fanées des façades, clair-obscur des ruelles où les sons s’étouffent, vallonnements des collines. Pins parasols, toits de tuiles vernissées. Églises blanches, vignes en rayons verts. Tapis d’aiguilles de pin, cigales, fontaines, oliviers. Très difficile à dire. En tout cas, gros kif. J’ai choisi Amalfi sur l’image parce que c’est très beau Amalfi mais j’aurais pu choisir aussi Naples. ou Vérone. ou Mantoue. ou Venise. ou Florence. ou Rome. ou Milan. ou le lac de Côme. ou les Dolomites. ou… Ce pays est en conséquence le seul ou le mot de « campagne » ne me fait pas sortir mon revolver (exploit digne de l’émir du Q., cet homme sage qui sait gérer les petits côtés hystériques de la lonesome c.)

Et puis partout, l’art l’art l’art, ça vous tombe dessus et ça vous embarque, et les plus hermétiques se prennent d’amour pour telle courbe couleur céladon indigo corniche pli arc linteau fresque fresque fresque trompe-l’œil visages de Vierge brocart sur les épaules du cavalier lie-de-vin tresses de Marie-Madeleine dôme campanile romano-pisan lion colonnades perspective jardin l’ange de l’Annonciation torsades souplesse rigidité des corps jaillissement ou sévérité.

Et la langue italienne, la plus chantante, la plus rocailleuse, la plus sautillante, la plus primesautière, la plus solennelle, la plus définitive, la plus ailée, la plus ouverte, la plus consonnes, la plus voyelles. Senti, senti, come e bella, questa lingua! Grande tristesse de votre servante, qui la parle hélas comme une vache espagnole. On ne peut pas dire que la littérature italienne écrase la française nonobstant (reprenons quelques réflexes chauvins) malgré quelques grosses boulasses puissantes, genre Dante, Pétrarque, Svevo ou Buzzati. Nous, on a quelques génies du verbe pas piqués des vers bien fascinés par l’Italie, et là (vous connaissez à connaître mes petites obsessions, chers lecteurs) bam! on pense bien évidemment à Stendhal le grand l’unique, qui a aimé l’Italie comme sa seconde patrie (remarquez que je l’ai déjà cité à foison, donc le suspense n’est pas trop intenable). To the happy few, disait-il. Il a bien raison.

[Je ne vous fais pas un petit excursus sur comment j’aimerais bien être Stendahl, mais de fait, ça me botterait bien (avec un peu plus de succès amoureux si possible) (enfin, je veux dire par là, une petite longévité des relations, quand même). Hélas, la lonesome camionneuse est loin de la classe de Beyle. M’enfin elle se soigne (quand elle a le temps) (il faut quand même se faire les ongles).]

Venons-en au solide. La bouffe. Ah la bouffe. Peut-on parler encore de bouffe? C’est tellement bon que tu en oublies que ton estomac a des limites. Eppure on mange beaucoup de (très très bons) légumes, melanzane zucchini radicchio funghi pomodori pomodori. E poi risotto, pasta pasta pasta pasta, al pesto, alla arrabiata, alla vonghole (would kill everyone for one plate), pasta à tout ce que vous pouvez imaginer. Le plat de fettucine maison aux bolets que j’ai mangé il y a exactement 3 jours, 21 heures et 2 minutes n’était presque pas humain. Formages fromages formaggi parmigiano pecorino gorgonzola mozzarella dans tous ses états scamorza mascarpone ricotta (sur le sujet du fromage je prétends néanmoins que notre beau pays a un léger avantage, vu qu’y abondent les délices coulants les plus graisseux et les plus goutus qu’on puisse imaginer) (amis du brie et de l’époisses bonsoir) (en même temps la ricotta au miel, ah les amis…) E poi l’ail, e poi l’huile d’olive qui se consomme par litres et embaume un peu le soleil. Les glaces. La calorie qui tue. Je ne peux pas en parler, mes cuisses prennent 2 centimètres de circonférence rien qu’à y penser. Je songe avec émotion à la ricotta – orange amère qui selon moi s’apparente à un orgasme glacé. Et bien entendu le tiramisù. Je finis par le café en sautant le jambon, parce que non vraiment c’est trop. Le café italien, ce qui m’a réconcilié avec la caféine. Et en plus il n’est pas plus fort, il est juste torréfié différemment. Boire son ristretto au bar en discutant de la révolution qui viendra peut-être dans un quartier populaire, dites-moi s’il y a un truc mieux dans l’univers.

Il y a aussi le cinéma, qui est quand même plutôt extrêmement stylé. Regardant la vie personnelle de la lonesome camionneuse, elle voudrait remercier Fellini qui lui a fait comprendre que les gros seins, c’est quand même pas mal ranké dans l’appréciation masculine de l’attirance féminine, Visconti qui lui a fait comprendre ce que c’est que la classe masculine (Burt Lancaster dans Le Guépard, mes enfants, mes enfants!), et Moretti qui lui a montré ce qu’elle voulait faire dans la vie (se balader en scooter dans Rome pour regarder les immeubles). Bref, grazie pour les images de l’imaginaire aussi.

Pour finir, non je ne suis pas payée par l’office du tourisme italien (si vous souhaitez me rémunérer cependant  c’est pas de refus HEIN), ce pays est le pays rêvé des vacances de mon enfance, le pays où nous les Germains un peu lourdaud rêvons de légères virevoltes (Kennst du das Land, wo die Zitronen blühen? Dahin! Dahin möcht’ ich mit dir, O mein Geliebter, ziehn) (donc).

Si le monde ne dure que trois semaines, ce serait en Italie.

[Rendez-vous dans un prochain post pour bitcher un peu sur la question, après tous ces compliments je n’ai pas oublié le « ou presque »…]

Du jogging

A vrai dire on pourrait aussi parler de footing. L’un comme l’autre sont d’affreux anglicanismes, il doit y avoir un petit mot de l’Académie française de derrière les fagots pour désigner la chose, sans doute tout simplement « course à pied ». Ah ben non, j’ai vérifié, l’Académie accepte « jogging ». Mais pas « footing ». Faudrait pas pousser les pépés dans les orties.

Enfin. Après cette enquête sherlock-holmesque dans les bas-fonds du dictionnaire, interressons-nous à la chair, aux nerfs, que dis-je, au cœur du problème. Le jogging (ou yogging comme on dit en Alsace) voilà un noble sport et une belle vocation. Ah, les Abebe Bikila et autres héros du marathon, coureurs de fond magnifiques qui ont montré au monde ce que la volonté peut accomplir. Braves héros du monde moderne. Après, ne me demandez pas pourquoi ils se harassent à aller d’un point à un autre sous les hourras de la foule le long d’un parcours pré-déterminé. C’est la beauté du sport. Y en a même qui se font retirer les ongles des orteils pour éviter le frottement dans la chaussure (merci à C., semi-marathonienne de choc, pour l’info). C’est un monde, ça, Madame. Moi je dis quand même, le gars qui a créé l’événement, il avait une vraie motivation pour se crever le cul (aller mourir pour annoncer la victoire aux Athéniens, ô Grecs vous avez le sens du tragique). Ça paraît un peu plus logique, un peu plus signifiant, plus classe quoi. Mais bon. On va encore m’accuser de faire du mauvais esprit.

Le yogging, donc, est une activité qui consiste pour les urbains de tous bords à courir comme des canards éperdus dans des parcs de plus ou moins grande taille, au son de musiques entraînantes dispensées par leurs ipod, ceci dans le simple et unique but de mener une vie saine. Qu’on ne s’y trompe pas. Jamais de la vie le yogging n’a constitué une base véritable pour une vie saine. Ça nique les genoux, le cœur et les chevilles. Eh ouais (bon c’est pas vrai mais je suis dans le négatif par principe, là). D’ailleurs j’aimerais bien qu’on me dise ce que c’est qu’une vie saine quand des gens qui n’ont jamais touché une clope de leur vie se retrouvent avec un sarcome dans le poumon (je suis souvent légèrement énervée par les apôtres d’un hygiénisme plus déprimant que pertinent, à vrai dire) (qu’on laisse ceux qui veulent boire et fumer, et se dézinguer à leur guise, non mais).

Pour dire le vrai, le yogging consiste surtout en une activité permettant de perdre des calories à moindre coût, voire de se faire un petit shoot d’endorphines avant d’aller au taf, voire même (j’avoue) de se la péter que tu fais du yogging. Car tout le monde voudrait être un Dieu du yogging, qui se lève à 5 heures du mat’ pour préparer le semi-marathon, et lance négligemment cette info dans la conversation. Perso ça me fait plutôt un effet douche froide (se lever avant 10 heures, quelle idée !) mais le yogging est vénéré comme le sport urbain par excellence. Donc en soirée, ça peut faire effet. En mode triomphe de la volonté (déjà que j’arrive pas à me faire les ongles, je crois que je ne fais pas partie du même monde).

Donc, ne croyez point que la lonesome camionneuse pratique véritablement le yogging. Elle est au contraire toute de dilettantisme dans son abordage de la question. Disons que le lendemain d’un dîner de crêpes au boudin et aux pommes (sans lésiner sur le beurre et le sucre) (merci mon J., ça m’a fait des souvenirs pour 10 ans), elle se dit qu’il est temps de reprendre sérieusement le yogging (comme si elle l’avait jamais sérieusement entrepris. Mais bon).

Du coup, inutile de dire que le jour où la lonesome camionneuse court une demi-heure, vous allez en entendre parler pendant trois semaines. Eh ouais. Pas question de laisser se disperser la valeur sociale de l’événement, il faut se la péter un max quand on arrive à se bouger le derche.

Telle le chien de Pavlov, la lonesome camionneuse a son itinéraire de yogging tout tracé, qui se finit en apothéose au Parc Monceau, parmi les bourges locaux en train de prendre l’air et les autres bourges (plus jeunes) en train de te dépasser en coup de vent sur la piste. Du coup y a comme qui dirait un challenge de la vêture : vu que tu es de toute façon la plus lente de l’étape locale, faudrait voir à ne pas déparer niveau souquenille. La lonesome camionneuse dispose donc d’un attirail de compétition : baskets de folaïe achetées aux States (ça coûte un peu deux fois moins cher là bas) (eh ouais, elle va à NYC pour faire les soldes, bande de gueux), shorts gris souris (le gris est le nouveau noir en ce moment, je vous rappelle), ipod rose et bandeau à têtes de mort (la lonesome camionneuse a une faiblesse de cœur pour les vanitas) (hu hu hu). En deux mots comme en cent, ça claque.

L’unique et léger problème, c’est que la coloration naturelle de la lonesome camionneuse s’apparente au bout d’une dizaine de minutes à celle de la tomate. Ce qui n’est pas bien grave, du point de vue de sa santé, mais flanque en l’air l’effet général souhaité. Bref, t’as l’air d’une grosse pouffe essoufflée sur le point de passer l’arme à gauche. Que faire ?

Eh bien, tragique réponse pour la dignité camionneusique, rien. Rien de rien. Ignorer les regards ahuris des passants qui te prennent en pitié et continuer dignement le long et solitaire chemin du yogging qui va te faire du bien à l’âme, après, parce que t’auras dépensé plein de calories et que tu vas avoir vaguement du muscle dans les jambes.

Etre une femme à l’épreuve du pavé, c’est pas tous les jours facile.