Où l’on emmerde Véronique et Davina

Chères Véronique et Davina,

Aujourd’hui est un grand jour : moi, Lonesome Emmerdeuse en chaîne, ai décidé d’emmerder nominalement. Comme disaient les jeunes révolutionnaires assoiffés de sexe en mai 1968 : « Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres ». Y a pas de raison. Je suis bien désolée de commencer cette nouvelle série du blogue par vous, que je ne connais pas et qui m’avez l’air de robots en justaucorps femmes de bonne volonté ; d’autant que je vous emmerde avec une parfaite ignorance, car j’ai grandi sans la télévision et je ne connais de vous que votre magnifique générique qui, reconnaissons-le, a baigné l’esprit sportif de tant de foyers français au son du jubilatoire TOUTOUYOUTOU. Sachez donc que je vous emmerde en toute bénévolence. Bientôt Noël, toussa.

Ceci posé, chères Véronique et Davina, je vous emmerde. D’abord parce que vos justaucorps rouge et verts ne sont pas fort seyants et que sans déconner on dirait un peu le Père Noël ; et moi j’aime pas le Père Noël et son idéologie consumériste, alors en plus s’il faut qu’il soit mince et qu’il peut même plus bâfrer du foie gras et du vacherin, où allons-nous ?

fat ass

Je vous emmerde parce que l’idéologie du corps parfait et musclé commence à me péter les rouleaux. Je vous l’accorde, ici s’exprime ma bile personnelle de couch potato distinguée (patate de canapé, oui oui) : des années durant j’ai traîné mon gros cul de canap’ en canap’, me désolant de ne pas arriver à pratiquer un sport de façon suivie. Seule la CONTRAINTE MORALE poussée à l’extrême a fait de moi une femme saine dans un corps sain, je veux dire par là une pratiquante du yoga. Quelle contrainte morale me direz-vous? C’est ma sœur la prof ; du coup, je me sentais vachement obligée de venir, pas comme à la zumba où on se dégonflait à chaque fois comme des merdes avec Melle Babouchka, qui en plus n’aimait pas trop parce qu’elle n’a aucune coordination et que du coup elle ne pouvait pas être la chouchoute du prof (mon amie Melle Bab’ a beaucoup de qualités mais un gros défaut : elle veut toujours être la chouchoute du prof de sport). Donc j’ai envie de dire : cessons la culpabilisation des patates, car les canapés vont se sentir bien seuls si on se met à se trémousser devant la télé au lieu de s’y avachir avec entrain. Merci à Monsieur Manatane et à sa technique du « Mets tes muscles en vacances et fais hurler ton corps ». Laissez vivre les grenouilles !

Je vous emmerde, chères Véronique et Davina, car depuis que je fais du yoga avec la meilleure prof de la planète entière (oui oui on est comme ça dans la famille : des étoiles sous la voûte céleste), sous la contrainte morale d’abord certes, mais ensuite juste parce que je kiffe grave, j’ai compris que le sport c’est un peu plus que sautiller devant un écran de télévision, ou que d’être plus mince et plus musclée que sa voisine (saloperies de Parisiennes qui te matent le cul dès que tu sors en minijupe) (ah mais ces filles sont dans le jugement, c’est révoltant !). Ah l’anéantissement de l’homme par l’homme, que cela me désole. Comme t’apprend le yoga, l’important n’est pas le résultat, c’est le chemin. Avancer sans juger. REP A SA Véronique et Davina ! Bon après je dis pas que je maîtrise à fond la méditation, en général je fais ma liste de courses dans ma tête. Mais bon. Ommmmmm.

Je vous emmerde, femmes folles à la messe (attention : contrepéterie), parce que c’est quoi ce bordel d’émission le dimanche matin pour la ménagère qui garde les gosses / surveille la soupe / repasse les chemises de monsieur, tout cela en se musclant le cul ?

Bernard Tapie bouge son body to the risen of the music tel un dieu du capital

Bernard Tapie bouge son body to the risen of the music tel un dieu du capital

Je vous emmerde enfin, chères Véronique et Davina, parce que reconnaissez tout de même qu’inviter Bernard Tapie à votre show, s’il y avait de l’idée niveau tchouf vestimentaire (vert et rouge, rouge et vert), c’est quand même un manifeste philosophique qui appelle la controverse. Que soit disant la télé c’était mieux avant, et nostalgie à la con, allons bon! Kiss Bernard’s green ass, ai-je envie de dire.

Et attirer le chaland avec une scène de douche pour finir, so cheap, so pas féministe, so viens chez moi j’habite chez une copine. Ne vous vantez pas d’avoir lancé le porno chic les filles, shame on you ! (en outre je me répète : le justaucorps ça n’est point chic) (because je suis tellement un arbitre de la mode).

Je vous emmerde enfin, mesdames, car c’est une honte que de soutenir ainsi les SALLES DE SPORT, ce lieu de perdition mesdames, les salles de sport qui exsudent la sueur et la solitude contemporaine, le fitness, cet océan de femelles identiques en justaucorps, cette feinte bonne humeur, et tout ça pour un SMIC par an. Peut-on approuver cette vile dépravation américaine du vieil adage « Le sport c’est la santé » ? Je suis doute, que dis-je, je suis consternation, je suis choc.

Sur ce, je suis toujours sur mon canap’. Faut-il que je m’emmerde. Et que j’aime les années 80. Je vous en prie, venez m’emmerder !

En toute amitié et emmerderie,

La Lonesome Emmerdeuse

Post Scriptum distingué: Que soit remercié ici et pour l’éternité le Duc de Guise, qui alimente avec ferveur les emmerderies de l’emmerdeuse même si elle le navre par son ignorance de la science communicante. Cher Duc, je sais bien que vous n’en avez rien à foutre du yoga car vous êtes un sportif accompli, mais avouez, le justaucorps c’est juste pas POSSIBLE!

Des films d’action moisis

Ayant vécu dernièrement un certain nombre de soirées de lose sur le canap’ à mater des films en streaming en pestant contre la life, je me dois de constater cette implacable réalité : la Lonesome Emmerdeuse est fan de films d’action (pour la commodité de la narration je range sous ce vocable films de science-fiction, fantasy, super-héros, espionnage, guerre et autres, le point commun étant TESTOSTERONE A DONF). Comment se fait-ce, moi qui en mon temps matais à foison Love actually, Bridget Jones et autres bluettes romantiques qui font croire aux meufs que l’amour se cache derrière le kiosque à journaux (permettez-moi de m’esclaffer) ?

Précisons en toute objectivité scientifique que je ne vous parle pas ici des grands crus de films d’action tels que James Bond (Jaaaaaaaaaames ôte ta chemiiiiiiiiiiiise) (pardon, un instant d’emportement malvenu, je me reprends), Blade Runner, Apocalypse Now et autres Ligne rouge qu’en tant que cinéphile distinguée je vénère infiniment. Non. Il s’agit ici d’un visionnage intensif de gros rouge qui tache grave ; et allez qu’on est partis pour Fast & Furious, Battle Los Angeles, Thor, Hunger Games et Alien vs Predator (excellent film que je vous recommande chaudement). Le seul truc que je peux pas, c’est les films de zombie. Je flippe grave, j’avoue.

Instant de stupeur béante : je vous sens déçus, chers lecteurs, vous qui me preniez pour une esthète. Eh bien sachez-le je vous emmerde. La beauté est dans l’œil de celui qui regarde. D’abord. Mais enfin mystère tout de même, car le genre eût voulu, en toute équanimité, que je me passionne pour Street Dance 2, 500 days of Summer ou Prêt à tout par amour attends-moi de l’autre côté du Grand Canyon par-delà la mort. Et d’ailleurs mon alter ego cucul la praline, cette fourbe de Sneaky Princess, s’en est bien gobergée en son temps.

Aujourd’hui c’est le tour des muscles huilés, des énormes mitraillettes et des poursuites en grosses cylindrées. Bref, ça pue le machisme et le symbole phallique. Mais pourquoi, pourquoi ? me suis-je interrogée dans mon entreprise systématique de compréhension de mon Moi (oui bon je me regarde pas mal le nombril) (que j’ai fort joli d’ailleurs) (et puis je suis un peu folle aussi) (vous êtes prévenus). Et la conclusion fut fort naturelle, suite à l’argumentation charpentée que je vais vous soumettre : le film d’action c’est trop de la boulasse.

Banksy Pulp Fiction Banana

Banksy Pulp Fiction Banana

Premier élément: le mâle suant et sexy. D’aucuns argueront, esprits chagrins, que la Lonesome Emmerdeuse est en chaleur, en manque, remarques ridicules qu’elle considère avec dédain du haut de l’Olympe de sa solitude apaisée. On a bien le droit de regarder. Esthète je vous dis.

Deuxième élément: voir une troupe de personnages en stress qui se bougent le cul comme des fous pendant que tu glandes sur ton canap’. PLAISIR DE LA GLAAAAAAAAAAANDE. Je n’épiloguerai pas. Je suis une moule.

Troisième élément: un utile apprentissage de la géopolitique. Voire de la philosophie. Par exemple, grâce à Vin Diesel, dont je suis particulièrement fan (sans doute l’effet du marcel blanc), je sais maintenant qu’à Rio de Janeiro y a des favelas où règne la violence et la corruption ; grâce à GI Joe Rise of the Cobra (un chef d’œuvre du 7ème art, à la croisée des chemins du kung-fu, de Vingt Mille Lieux sous les Mers, de Star Wars et de Dr Mabuse) j’ai amélioré ma connaissance de l’agglomération parisienne : c’est pas parce qu’on fait une thèse qu’on a bien compris que Paris abrite un accélérateur de particules ou que la tour Eiffel est desservie par le tramway. Je veux dire, ça te reconnecte avec le monde réel. Aussi, tu comprends un principe assez important : une fois que t’as identifié ton ennemi, pas de pitié, faut aller le buter jusque dans les chiottes. Les états d’âme c’est pour les chochottes.

Quatrième élément: arrêter de se prendre la tête sur les mecs. Ca commence à bien faire les conversations de « oui mais il a fait ceci mais ça voulait dire cela », « pourquoi il répond pas à mon texto » et « nan mais laisse tomber de toute façon il a déjà trompé sa meuf, il est pas fiable ». Présentement la Lonesome Emmerdeuse a décidé qu’elle en avait ras la casquette de ces arguties infinies. Dans les films d’action, les personnages ont un vrai but altruiste dans la vie, genre niquer les méchants, et ne s’arrêtent pas à la trivialité du couple et de ses embarras. Choisir entre Aliens et Predators, c’est quand même plus efficace qu’entre Hugh Grant et Colin Firth (là en général ça fait un bug dans ta tête…) (Hugh ! non, Colin ! non, Hugh ! non, Colin ! aaaaaah).

Et puis à la fin c’est toujours les Marines qui gagnent. C’est quand même bien rassurant.

FLASH FLASH FLASH de dernière minute: on m’apprend que par une inique décision la justice française va fermer les sites de streaming. Je… non… aaaaaah…. non, laissez-moi, laissez-moi, Vin ramène ta kalach’, il faut que quelqu’un paie.