Je voudrais bien avoir un truc goleri à raconter…

… et un peu de pertinence politique, sociale, économique, sociétale et révolutionnaire ne serait point inutile considérant que je viens de terminer de corriger un tas de copies dont l’effrayante vacuité me donne envie de me laisser pousser la barbe et de partir clamer dans le désert, vêtue d’une peau de chameau et le bâton à la main, pour annoncer la venue du Messie et convertir les masses, voire les endoctriner à la nécessité de bosser un peu vos cours bordel de bouse à paillette, ou encore pour préparer la Constitution de la VIème République qu’on ne manquera pas de me supplier d’écrire lors du prochain putsch de généraux.

En plus c’est le 200ème post de ce blogue, et ça serait pas mal de trouver un sujet à la pointe de la polémique, comme il y en a tant: l’euthanasie, les tatouages ou les femmes dans l’armée par exemple (ça va venir, ça va venir).

Hélas mon cerveau est comme embrumé par un de ces dilemmes qui suspend la vie à ses lèvres, un dilemme entre la perte et le salut, entre la nuit et la lumière :

MAC OU PC ?

(Sa mère la pute, ai-je failli ajouter, mais je suis trop bien élevée pour ça). Pourquoi aussi ces gogols de chez Microsoft se sont-ils imaginés que ce serait trop coolos de faire une espèce d’interface de téléphone portable à la mords-moi-le fion qu’ils nomment pompeusement windows 8 et dont le simple aspect me fait avoir une crise de frissons?

Considérant qu’il faut que je finisse ma thèse et que j’en ai pas que ça à foutre de ces conneries.

Mac ou PC

Et merci à tout le monde de ne pas fausser cette importante décision par des remarques de type « si tu passes à mac je ne te parle plus » et autres « tu m’as tellement déçue de l’ordinateur». Ni chantage affectif ni violence n’y feront rien, car la lonesome camionneuse est un esprit libre et dégagé de toute contingence matérielle de type amis, influence des moutons qui vont se jeter de la falaise en mode kif de la life ou sens esthétique (mais c’est que les mac c’est très joli tout de même).

Bref. La lonesome camionneuse face à son destin instrument de torture outil de travail.

Quand tout ça sera fini je m’achèterai des robes à crinoline et j’irai gratter de l’ukulélé à Madère.

Oui bon je sais en vrai ils ont tourné dans la baie de Naples, mais j'ai envie de dire: BANCO COCO!

Oui bon je sais en vrai ils ont tourné dans la baie de Naples, mais j’ai envie de dire: BANCO COCO!

De la chapka et autres russeries

L’hiver venu, et pour des raisons obscures liées sans doute à des schémas inconscients liés à des chevaux maltraités dans leur petite enfance, un certain nombre de personnes (et notamment de mon entourage, pour une raison que je ne m’explique pas) se passionnent pour la Russie et ses traditions séculaires. Oui, la Russie, pays des icônes, des bouleaux, des moustaches de Staline, des moujiks et surtout DU FROID. Et de Vladimir P., un grand ami des libertés et de la démocratie. Mais, me direz-vous, ce ne sont point ces valeurs que le quidam occidental vient chercher dans les vocables exotiques de Nijni Novgorod, Tolstoï, Novossibirsk, Raspoutine, Omsk, Raskolnikov ou Krasnoïarsk.

La fascination de l’Orient, de la démesure, des grandes plaines, du dégel qui emporte les morceaux de glace et les troncs déracinés dans sa course folle vers Vladivostok, de Moscou qui brûle, de la place Rouge était vide, des tueurs de vieille à la hache, des Tchétchènes qu’on va buter jusque dans les chiottes, des poupées qui s’emboîtent, voilà un truc qui me laisse personnellement plutôt de glace. La note dominante de l’imagerie de la chose russe est d’ailleurs tout à fait glacée: au fond de la toundra neigeuse s’étalant à perte de vue, se détache une isba solitaire, vers laquelle se hâte une télègue, verste après verse, au son des claquements de la nagaïka. Bref, y pèle dans un bled paumé et les mecs essaient d’avancer alors qu’ils se caillent grave les miches. Pas de quoi en faire un fromage – denrée de choix que les Russes sont bien incapable de produire mangeable d’ailleurs, si l’on me permet cette remarque percutante. En même temps, reconnaissons qu’à part les Italiens et les Hollandais, qui font de louables tentatives, nul jamais n’égalera la grandeur de la France quand il s’agit d’époisse bien coulante.

Bref. Le Russe est immense, le Russe est intense, le Russe est rustique. Pas trop le style week-end à Rome, quoi. Le week-end à Rome est trop petit pour le Russe, qui tentera plutôt d’acheter le Vatican, ou s’amourachera d’un cardinal sous l’effet de sa pourpre. Et ça finira en massacre généralisé, ou en séjour expiatoire en Sibérie. Car le Russe se préoccupe beaucoup du salut de son âme, qui doit passer par une phase de grosse merdasse bien reloue quand il se rend compte de sa noirceur, et un peu moins de démocratie, qui ne survécut que quelques mois au cours de l’histoire dans ce pays pourtant traversé par l’Amour et le Don.

Comment résumer l’âme russe? La lonesome camionneuse, plus férue de lourdeurs alsacienne ou nord-américaine, se désole d’incompréhension devant cette appétence pour la démesure, le sublime, l’exorbitance. Reconnaissons-le, en même temps elle n’est pas une grande connaisseuse: à part un ami d’enfance, quelques Tolstoï et Dostoïevski, les oeuvres complètes de Dziga Vertov, Soljenistyne, le Docteur Jivago, le Barbier de Sibérie (excellente production hollywoodienne) (elle a pleuré) (mais elle est bon public) et Tchaïkovski, son appréhension est plutôt du genre superficielle. Notons également que les danses russes vernaculaires ont un peu tendance à prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages : la preuve en images.

Mais enfin la chose est à la mode, les hipsters se parent de chapkas en cette période neigeuse (ils s’imaginent sans doute, les braves idiots, que ces misérables petites averses ridicules ont un lointain rapport avec le terrible hiver sibérien) (les mânes de mes ancêtres combattants à Stalingrad durant l’hiver 42 s’esclaffent bruyamment) (oui bon, il y avait deux côtés, il fallait bien être de l’un). Mon amie Mademoiselle Babouchka, qui a quelques petites obsessions tendant à l’éloigner de la sagesse et de la lumière, se pâme devant la moindre matriochka et si Lonesome l’écoutait elle finirait par n’ingurgiter que du bortsch et du caviar beluga sa vie durant (c’est à dire, eu égard à l’état actuel de ses finances, par se contenter de soupe sibérienne pendant le restant de ses jours) (notons nonobstant que les cornichons à la russe sont une invention du ciel et que ça oui, on peut s’en nourrir toute sa vie sans problème) (j’imagine par contre que Gégé, ce couillon de la lune grand acteur, compte lui se nourrir de caviar et de vodka durant son exil fiscal Odyssée face à la barbarie gouvernementale française) (prosit!). Autant le dire tout de suite: le week-end sur la Place Rouge, c’est ok si Brad Pitt vient aussi. Du moins quand ce ne sera plus l’hiver. En plus les femmes russes sont toutes grandes, blondes, bien foutues avec des pommettes plus hautes que l’Empire State Building. Pourquoi se faire mal en se créant une image de naine poilue comme un gorille alors qu’à Paris nous brillons de mille feux?

En passant, hommage au groupe allemand immortel Dchingis Khan, qui porta aux nues la langue de Goethe lors de l’Eurovision 1979 avec cette ode à la gloire de Moscou que je traduis pour vous la voici la voici la voilà (avec le son et la danse, on touche au mythe, voyez plutôt ici) (merci à J. FOR EVER):

Moscou, étrangère et mystérieuse,
Tours d’or rouge, froide comme la glace.
Moscou, mais qui te connaît vraiment,
Sait qu’un feu brille en toi, si brûlant.
 
Cosaques hej, hej, hej, levez vos verres,
Natacha ha, ha, ha, tu es belle.
Tovaritch hej, hej, hej, à la vie,
A ta santé, frère hej frère ho, hej, hej, hej, hej
 
Moscou, Moscou, jette les verres sur le mur,
La Russie est un beau pays, ho, ho, ho, ho, ho, Hej
Moscou, Moscou, ton âme est si grande,
La nuit, le diabl est lâché, ha, ha, ha, ha, ha, Hej
 
Moscou, Moscou, l’amour a le goût du caviar,
Ici les filles sont à embrasser, ho, ho, ho, ho, ho
Moscou, Moscou, viens nous dansons sur les tables,
Jusqu’à ce que la table s’effondre, ha, ha, ha, ha, ha
 
Moscou, porte vers le passé, miroir du temps des tsars, rouge comme le sang,
Moscou, qui connaît ton âme sait que l’amour y brûle comme l’ardeur.

Reste que ces gens de l’Est profond et mystérieux sont bien menteurs: je viens d’apprendre que Romain Gary, cet imposteur cosaque, qui nous raconte de A à Z son histoire de pauvre petit immigré russe, n’a en réalité jamais mis les pieds dans une paire de bottes en feutre sibérienne ni ses bras dans une touloupe (enfin, il était originaire de Lituanie et pas du tout des steppes moscovites). Magnifique, bravo, foutez-vous de la gueule du brave lecteur, bande de Raspoutines en herbe. Cruauté et duperie, kourva, spoutnik et koulibiak! (Bon ok je me sens très conne de m’être fait avoir, bouhouhou) (en même temps c’est vraiment très drôle Romain Gary, ce qu’on ne peut pas dire de Dostoïevski reconnaissons-le) (immense génie littéraire, dont la goleritude reste néanmoins à démontrer).

Sur ce, Mademoiselle Babouchka a réussi à m’entraîner voir Le Maître et Marguerite, spectacle de 3 heures d’après Boulgakov où Jésus débat avec Ponce-Pilate tandis que les sorcières dansent au-dessus de Moscou. Tout ça avec les bobos parisiens qui viendront traîner leurs guêtres jusque dans le 9-3 parce que c’est branché. J’ai hâte.