De quelques trucs totalement surfaits dans la vie de bobo

Car à force de tenter d’atteindre la branchitude on se brûle les ailes, surtout quand on est une brave fille naïve et candide comme votre servante. Alors on fait tous les trucs des gens branchés et tout à coup nos yeux se dessillent et… mais oui… le roi est nu : c’est de la merde ! Vous allez me dire, la belle nouvelle, t’es vraiment la dernière des mongoles à t’imaginer qu’on vivrait dans un monde empli par la passion du Vrai, du Bon et de l’Authentique. Eh ben ouais, I’m the last Bisounours on Earth. Même que c’est sans doute pour ça que je ne trouve pas de mec : mon espèce est finie, condamnée, et ce monde cruel me démontre que je suis une naïve de la plus belle espèce.

Diverses graines et baies de hipsters

Bon là j’ai pas mis trop de temps à comprendre que c’était de l’esbroufe parce que rapport à la bouffe n’est pas né celui qui va me faire perdre mes certitudes de ce qui est bon (le sucre et le gras) ou ne l’est pas (la majorité des autres trucs). Or il est bien évident que quand on commence à me causer baie de goji (235 000 résultats en 0,28 secondes sur google), jus vert et chou kale (douloureux souvenir de régurgitation) je sens la moutarde me monter au nez, et pas comme la baie de goji, je me la fous dans le cul ta baie de goji, et même pas pour me faire du bien, par pur mépris.

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Ah c’est sûr ça donne envie (et pas de baiser)

Quant à la coriandre, dont la passion a largement dépassé le dandysme culinaire pour envahir la planète du goût des restaurants normaux, sa dégustation (façon de parler) équivaut à bouffer du produit pour chiottes – ce goût à la fois décapant et de parfum synthétique de citron, il n’y a pas de doute.

Les magasins bio

Par voie de conséquence, le magasin bio lui aussi est gagné par la rodomontade et le façadisme du hipstérisme. Y errent de nombreux êtres pâlots (je ne peux cependant pas le nier, j’en fais partie) qui se bousculent aisément (les magasins bio sont toujours minuscules) pour choisir une bouffe 15 fois plus cher et 1000 fois plus bizarre que celle du citoyen moyen (et surtout, pauvre) : genre bon, la farine de riz passe encore mais la farine de millet ? Pourquoi ? Entre deux racines de manioc qu’aucun Éthiopien ne pourra jamais se payer puisqu’elles sont au prix d’un mois de salaire éthiopien moyen, des barquettes de mandarines du Maroc enveloppées dans du plastique. Voilà voilà. On te donne des sacs en papier mais les emballages de plastique font fureur (et je ne parle même pas de la provenance des fruits parce que sinon il faut aller dans une Amap et franchement c’est chouette et sympa mais plutôt crever que d’aller une journée à la ferme et que de bouffer du rutabaga tout l’hiver) (oui je suis dans la contradiction).

La prolifération des chaînes de magasin bio me fait également douter du but non-lucratif, solidaire et ami des limaces de ces lieux où l’on se donne bonne conscience alors que le kilo de farine bio est 30% moins cher chez Carrefour (qui, certes, est un exploiteur du peuple, mais qui nous dit que Bio c’est bon n’en est pas un aussi ?). Par contre ils doivent avoir des accords syndicaux les obligeant à porter le cheveu long et/ou le piercing abondant; ça ne doit pas être tous les jours facile.

Le brunch à 27 euros et le latte à 7

Le brunch tout court, même. La contamination d’habitudes new-yorkaises dans l’espace parisien n’est pas forcément un mal quand elle reste dans des limites raisonnables, mais là le nombre de cafés de hipsters commence à défier les lois de la gravité et du porte-monnaie : 7 balles le latte avec du café moulu sur place alors que soyons francs un bon espresso à 1 euro 50 devrait répondre à tous les désirs de l’amateur de café. Sans déc. Un café latte c’est quand même juste de la lavasse avec du lait dedans. Où sont passés les bars PMU ? Et franchement, dans quel monde de fou on te fait payer 12 balles de plus ton plat parce qu’on y rajoute un croissant et un œuf brouillé ? Ah, c’est parce qu’ils sont BIO. Okaye.

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Les films de Judd Apatow

Précisons plutôt les films produits par Judd Apatow, puisqu’il n’a réalisé que quelques rares chefs d’œuvre comme Quarante ans toujours puceau ou En cloque mode d’emploi (je n’en dirai pas plus). En gros c’est censé être vachté drôle et en même temps désabusé, tout restant mainstream et grand public, dans l’esprit du temps quoi (donc, à fond un truc de bobo, qui en disent tous le plus grand bien). Résultat, des clichés de force 10 sur la femme : je vous invite à regarder Crazy Amy où la pauvre Amy Schumer se commet et qu’elle a écrit, elle qui m’avait habituée à mieux : en gros la leçon c’est qu’il faut regarder où sont les gars gentils et que la belle vie c’est la vie à deux, bravo le féminisme ; ou encore des regardages de nombril de pauvres petits trentenaires de la génération Y qui passent leur temps à se lamenter sans l’once du début d’une interrogation sociale ou politique (cf. la série Love devant laquelle je me suis tirée une balle – ou presque – cependant Girls, qui traite du même sujet et est produite par le même Judd qui franchement a un peu du mal à renouveler ses focus, est bien meilleure tout de même, comme quoi). Au moins dans Game of Thrones t’as du dragon, quoi.

PS. Je ne dis pas que je suis pas une trentenaire qui passe son temps à se lamenter. Mais moi personne ne me paie des millions de dollars, hein (jalousie).

BHL et Alain Finkielkraut

Alors bon là je sais j’ai pas vraiment besoin d’expliquer, mais c’est juste que je voulais poster cette photo (honnêtement, c’est pas une des plus belles photos de l’histoire de l’humanité?) (en fait à la base je voulais mettre Slavos Žižek mais c’était moins marrant, même s’il a l’air assez délire aussi niveau j’me tape des minettes):

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Crédit Paris Match (what else?)

À qui, à quoi se fier dès lors ? Tout paraît un miroir aux alouettes. J’en suis même à me dire qu’en fait si ça se trouve Dany Brillant c’est super cool. Ou Franky Vincent. J’hésite même à me rendre au Silencio (genre j’ai des invites tout le temps). Le doute a envahi mon univers. Tout ça va se finir au couvent des Bisounours. Ô monde hypocrite.

De la barbe

Le poil, sujet torturant s’il en est – piquant ou soyeux, il est le meilleur ami du bourreau chinois raffiné – revient s’imposer à nous en ces temps difficiles. En effet, le poil au menton, fierté fugace de l’adolescent traversant la puberté pour devenir un homme, un vrai, un gars qui pique, picole et regarde du porno, nous confronte également à des questions d’hygiène et de sécurité non négligeables. La mode a ses mystères, et la volonté de Dieu est impénétrable : wtf le come back de la barbe de Félix Faure, de Fidel Castro, du Père Noël et des hippies, celle qui fait trente centimètres de long, plus fournie qu’une touffe de brocolis (j’ai été récemment confrontée à la vision d’une touffe de brocolis en pleine nature, légume assez dégueu au demeurant, eh bien c’est un spectacle déplorable qui devrait être interdit aux enfants)?

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Que fait la police?

Comment les honnêtes citoyens ne seraient-ils pas effrayés de sortir dans la rue s’ils s’exposent à croiser cet indécent spectacle? Pour compliquer l’affaire, la barbe fait kiffer le hipster et le salafiste : dès lors, quand tu croises un homme vêtu d’une chemise informe, d’une casquette blanche, de claquettes de piscines et doté d’un organe barbu imposant, tu es saisie d’une désagréable tension. Que faire en effet ? Hurler à la gentrification de ton quartier, appeler les flics pour une perquisition histoire qu’ils profitent un peu de l’état d’urgence pour emmerder tous les suspects d’islamisme à vue de nez (nez qui surplombe de peu cette masse de poils en furie), tirer sur la barbe de l’individu pour tester la fiabilité de l’objet (le postiche n’est jamais une hypothèse à écarter) ? Le doute s’installe.

En effet, il ne faut pas hésiter un seul instant, une telle insulte à l’esthétique et à l’ordre doit être combattue avec toute la vigueur nécessaire : dépilation faciale totale au laser pour tout le monde et qu’on n’en parle plus. Au début tu crois que c’est inoffensif, que ce gros toupet poilu n’est qu’une manifestation de glande de plus de la part de ton mec qui envisage sérieusement de cesser de se laver plutôt que de bouger son gros cul, tout en lui permettant de se croire à la mode, mais plus on creuse la chose, plus l’esprit bute devant cette pousse anarchique. D’abord, passons sur l’aspect confort de la chose : sans doute la barbe peut-elle conférer quelque repos à l’usage quotidien du rasoir du côté du barbu, mais qu’en est-il du côté du barbé ? (vocable pertinent s’il en est). Je remercie le ciel de n’avoir jamais été confrontée à la perspective de rouler une pelle à un barbu : bonjour la tarte aux poils ! Déjà que la fellation n’est pas un don du ciel, si on doit en plus se taper les inconvénients du cunnilingus, où allons-nous ? Un poil sur la langue à CHAQUE FOIS que tu embrasses ton mec ? Non.

Et que se cache-t-il dans ces broussailles impénétrables ? Peut-on croire que le pou, la miette, la goutte de vin, le ketchup, ne laissent pas de traces dans ce douteux appendice ? On voit même émerger de douteuses modes de décoration de la barbe, qui certes aident à discerner le hipster du djihadiste potentiel (peut-être un détail à signaler à notre gouvernement pour l’aider dans sa lutte?). Mais là, sommes-nous de taille face à un tel cataclysme esthétique? Après Carlos tout nu et tout bronzé, pouvons-nous encore encaisser cette déferlante maniaque? La résistance s’épuise, les nerfs parfois lâchent.

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Les barbes glitter. Oui. Les barbes glitter.

Nid à germes infâmes, la barbe me fait désormais dégainer mon spray de javel sans attendre – il appert que je serais en train de devenir maniaque de la propreté avec l’âge (même si je hais toujours le ménage, chacun ses contradictions). Et que dire, QUE DIRE, du barbu qui VA A LA PISCINE ? Hein ? Non mais ouais, toi en tant que femme tu dois t’épiler la chatte un peu échancrée pour ne pas que ça dépasse du maillot (souffrance, souffrance, souffrance), on se fout un bonnet de bain ridicule qui nous donne une tête de gland mais le barbu, lui, trempe sa barbe dégueu dans l’eau municipale. Scandale.

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Le bonnet de bain à barbe, ce fail. Une seule solution: l’épilation.

Les ressorts psychanalytiques d’une telle pratique sont sombres : quelque part, le barbu n’a pas vraiment envie d’être embrassé. Suscitant ainsi sa propre frustration, il est vite bouillant comme une cocotte minute, et on sait où tout ça finit : en Syrie ou aux puces de Montreuil. Triste destin. En outre, envisageons le cas où l’homme tente de se laisser pousser la barbe mais où celle-ci ne pousse que par plaques clairsemées, car nous ne sommes pas tous doués pileusement de la même abondance (hélas) : frustration encore, frustration ! Quel hipster digne de ce nom peut-il arborer une maigre barbiche plus proche d’une barbiche de chèvre ? Bref, le barbu cherche dans sa barbe un signe tangible de virilité qu’il rejette en même temps. Ça est compliqué. Un problème avec sa mère, à n’en pas douter. En même temps, le barbu a l’air attaché à son toupet : témoin, Corbier, artiste fauché en pleine gloire par son rasage impromptu.

"Il n'y a plus de consensus ni de Cuba sans cacao"

En tout cas James Bond, lui, il a pas besoin de barbe pour niquer les méchants et sauver la blonde. À bon entendeur.