Le corps des femmes

Il y a beaucoup de choses que je pourrais dire sur le corps des femmes. Un jour si Dieu me prête vie, et le Diable sa plume, je lui écrirai un livre. Comment il se met à déborder à l’adolescence : de seins, de fesses, de poils. Comment cet endroit mystérieux – le vagin, faute d’un meilleur mot – se met à déborder, avec désordre, de liquides divers. Tout cela immaîtrisable alors que sur les magazines se dessinent des lignes de corps parfaits, dont rien ne dépasse.

Dessiné, dépassé, désiré, objet, sujet, déchet, rejet, succès, avalé, dévalé, dévalué, dévalorisé, sexué, abusé, désabusé. Il y a mille façons de parler du corps des femmes.

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Mais je m’arrête aujourd’hui sur le corps de la femme comme réceptacle. La femme est un corps pénétré, diversement d’ailleurs : pénis (ah bien sûr, le saint Pénis), tampon, spéculum, doigts, sex toys et autres trucs packagés par 50 nuances de Grey (mais chacune fait bien comme elle veut). La femme alors est aussi le réceptacle de moult fantasmes et visions morales que la société fait peser sur elle (accordons-nous sur le fait que la société fait peser des représentations assez puissantes sur le corps de la femme, je vais pas m’emmerder à le démontrer non plus, mon ventilateur est en train de lâcher, c’est le branle-bas de combat).

Sexuellement, le sujet tourne principalement autour de la pureté. Bon, je ne veux pas jeter la pierre à la Vierge Marie, sans doute une charmante femme, mais elle a quand même bien emmerdé le pauvre monde surtout avec son histoire d’immaculée conception que genre elle serait née sans péché parce que tout le monde sait que la femelle est pécheresse et qu’il fallait bien rattraper le coup de cette salope d’Ève (qui après tout n’avait comme défaut que de s’emmerder à mourir au pays de Candy, Adam devait être chiant comme la mort, mais passons). Bref, revenir sur trois millénaires du statut impur de la femme dans la culture judéo-chrétienne serait fastidieux. Contentons-nous de constater que s’affrontent, sur la balance de la Meuf, deux poncifs bien de chez nous : l’Épouse-Mère-Pure-Et-Bien-Elevée vs. la Salope-Impure-Sale (inutile de préciser sur quel plateau de la balance je me situe ; les mots parlent d’eux-mêmes).

Contrairement à ce que notre inconscient content de lui pourrait nous faire penser, cette opposition n’est pas tout à fait en train de disparaître : malgré la libéralisation des corps et de la sexualité, le corps des femmes se retrouve toujours, encore, plus peut-être, sujet de jugement. Et c’est pas la fête du slip à paillettes tous les jours quand tu te rends compte que ton mec, au fond, te considère un peu comme une salope, même si non non bien sûr tu es une fille bien, mais quand même.

Comme je n’ai pas toute la journée, je vais m’arrêter sur un faisceau d’événements survenus récemment dans mon entourage féminin : la suspicion de contamination du corps de la femme. En effet, le Sida on connaît, il nous arrive de connaître des explosions de préservatif, on stresse un bon coup, on se fait la queue au laboratoire d’analyse la boule au ventre, et blabliblabla. Étonnamment pourtant, l’homme rebute, souvent, à enfiler le préservatif (divers geignements sont à prévoir : « C’est pas les mêmes sensations », « J’arrive pas à bander avec », etc. etc.). Bien. Étonnamment encore, dès que l’homme a compris que tu as une vie sexuelle active et qu’il réalise qu’il a couché avec toi sans préservatif (ah ben alors, c’est con ça dis-donc), l’homme panique.

Arrive alors la phase de « Il faut que tu ailles faire un test, non mais moi j’en ai fait un y a deux mois y avait rien » (et en plus il ne te le montrera pas, parce que tu n’as qu’à lui faire confiance, c’est un homme lui, d’ailleurs avant il était maqué avec une l’Épouse-Mère-Pure-Et-Bien-Elevée, donc c’est toi, la Salope-Impure-Sale, qui porte le poids de la preuve). Tu as beau expliquer que ben non, toi tu es sûre qu’il n’y a aucun risque, ATTENTION ! ça n’a aucun effet, IL FAUT QUE TU FASSES LE TEST. La palme de la misogynie pathétique revient à ce type qui avait une poussée de fièvre et qui était persuadé qu’on lui avait filé le Sida. Une poussée de fièvre. Un peu de respect pour les séropositifs.

Et toi, salie souillée et quand même t’interrogeant sur tes actions mais zut est-ce que vraiment je suis sûre et quand même quelque part ça doit être vrai je ne suis pas fiable je suis impure je sens des choses bouillonner dans mon corps je suis malade c’est sûr alors ça veut dire que je suis mauvaise punie châtiée damnée.

Eh bien, non. Non mesdames et messieurs.

Le corps des femmes n’est pas un dépotoir, le corps des femmes n’est ni bien, ni mal. C’est un corps, pas plus, pas moins.

Et il n’est pas à vous messieurs.

Merci bisous.

3 réflexions sur “Le corps des femmes

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