18 mars

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de la Commune de Paris (1). Je ne vais pas tartiner trois couches de nutella pour raconter à quel point c’est d’actualité. Je vais me contenter de citer un manifeste paru le 8 janvier 1871 dans La République des Travailleurs.

Attention, ceci est donc un post sérieux. Faut pas toujours pousser mémé dans les orties. Enfin moi je dis ça, je dis rien.

Commune 1

Tardi, Le Cri du Peuple

Aujourd’hui comme demain, (…) la question capitale est l’accomplissement des promesses de la Révolution française, l’institution d’un ordre nouveau, fondé sur la justice, à la place de l’ordre ancien, fondé sur le privilège; en un mot, l’égalité par la liberté – seul moyen de réaliser la fraternité humaine.

(…) Nous connaissons les préjugés, les ignorances, les antipathies et l’absence de principe de ces libéraux (le gouvernement au pouvoir), qui n’ont pour politique et pour croyance que l’expédient, la peur de l’inconnu et le respect d’un ordre factice. Entre l’ordre ancien et l’ordre nouveau, malgré leurs hésitations, et au bout de tous leurs tâtonnements, ils se rangeront toujours du côté de l’ordre ancien. Le privilège a toutes leurs tendresses et garde pour eux tout son prestige. L’égalité n’est pour eux qu’un rêve coupable et ils ne connaissent d’autre justice que celle des faveurs arbitraires du sort. Dans les conditions qu’ils acceptent, la liberté ne sert qu’aux forts, lesquels savent au besoin la limiter pour les autres.

Notre idéal à nous est tout autre. Il veut pour tous les membres de la famille humaine l’égalité du point de départ et toutes les conditions favorables aux besoins et aux développements de l’être, également distribués.

(…)

Tous les commandements, toutes les forces publiques sont encore et toujours aux mains des libéraux. La presse, qui leur appartient pour la plus grande part, soutient leurs intérêts et répand leurs opinions; leur voix seule se fait entendre. Telle est la situation, toujours la même, dans laquelle la démocratie, la vraie, c’est-à-dire le socialisme, a, jusqu’ici, toujours succombé. L’histoire du despotisme au point de vue social se recommence éternellement sous différents noms. C’est toujours le petit nombre bien armé, bien discipliné, contre la foule, lésée, mécontente, mais sans cohésion, sans lien, sans mot d’ordre, ignorant ses forces et ne sachant pas les employer.

Il s’agit de donner au peuple ce lien, ce mot d’ordre, par une voix qui soit bien vraiment la sienne, qui traduise sa pensée, ses aspirations, ses douleurs, ses tortures, non pas d’une façon déclamatoire, mais par les faits, par la preuve cent fois répétée, par le cri incessant du misérable et de l’opprimé. Moins de phrases que de vérité, moins d’articles que de faits, mais à côté de chaque fait son commentaire, c’est-à-dire son appréciation au point de vue des principes de liberté, d’égalité, de fraternité, qui sont la devise jusqu’ici menteuse de l’état républicain. La République des Travailleurs sera la tribune des déshérités, la chaire du droit populaire, l’organe de ces réclamations légitimes, pour lesquelles les colonnes des autres journaux n’ont jamais assez de place.

C’est par cet examen de la vie réelle, par cette appréciation des faits injustes, touchants, sublimes, que chaque jour apporte, c’est par cet enseignement vivant et pénétrant, que l’idée révolutionnaire saisira promptement les masses et s’y répandra largement. Voici les causes de votre souffrance, et voilà ce qui devrait être. – Quoi de plus persuasif? Il est temps que la politique cesse d’être une science mystérieuse trop respectée du vulgaire, ou plutôt il faut qu’elle devienne la science de tous,  la science de la justice, mise à la portée de toutes les consciences. Il est temps d’appeler à la démocratie la femme, dont on a fait l’adversaire par une exclusion insensée. Il faut initier de bonne heure à nos croyances l’enfant, dont l’éducation est encore livrée à nos ennemis.

Il faut enfin établir dans la vie, dans la vérité, la doctrine révolutionnaire trop peu nettement comprise. Nous devons l’avouer, nous sommes en général trop vaguement socialistes et républicains. Si nous nous trompons si fréquemment, si nous agissons avec peu d’ensemble, c’est qu’il nous manque la connaissance bien précise de ce que nous voulons et surtout de ce qu’il nous faut. (…) Nous avons à nous préserver de la faiblesse et de l’exagération, qui est une autre faiblesse. Nous sommes en plein combat: toute faute a de graves conséquences; il nous faut donc à la fois de la tactique, de la prudence, et cette énergie calme et intelligente qui, sur le terrain du droit, ne recule jamais.

C’est en nous rattachant aux principes révolutionnaires, en les étudiant profondément, en y revenant sans cesse, en les appliquant à la vie réelle en toute occasion, en signalant toutes les violations de ces principes dans les faits politiques et sociaux, c’est par cette élaboration constante, par cette pénétration réciproque du fait et de l’idée, que nous arriverons à l’union, notre seule force, -mais qui nous rendrait invincibles si nous savions l’acquérir.

Que la République des Travailleurs soit l’organe de milliers de travailleurs instruits, résolus et fermes; il faudra bien l’écouter.

(…)

Nous avons la République de la liberté à défendre, nous avons la République de l’égalité à fonder. (…)

Peuple de Paris, à l’œuvre, à la lutte, à la bataille! de tout bras, de tout cœur, de toute pensée! car la vie ou la mort, la renaissance ou la décomposition sont au bout de cette épreuve.

(…) Il faut triompher, il faut être, et le seul moyen est de se grouper pour l’action commune sous le même drapeau.

(NB: ça envoie du pâté, non?)

 André Léo, Berteault, F. Buisson, Chalain, Chaté, Coupry, Davoust, Dianoux, Domby, Huet, Lanjalley, Benoît Malon, Mangold, Elie Reclus, Elisée Reclus, Aristide Rey, Rama, Sévin. La République des Travailleurs, n° 1, 8 janvier 1871.

__________

1. Ceux qui ne savent pas ce que c’est: normal, ce n’est pas enseigné à l’école « de la République ». Faut bosser un peu tout seuls, les enfants.

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