Des manifs, du 1er mai (et de leur pourquoi)

D’abord je ne sais pas si vous avez remarqué le style affuté des titres des posts ces derniers temps – dans l’esprit de Montaigne, non je ne me la pète pas du tout. (Bon ok ça consiste principalement à rajouter un « de » devant le titre mais c’est quand même trop classe).

Ceci posé, revenons à notre mouton et débriefons gaiement une nouvelle joyeuse manif. La manif c’est important quand on est de gauche (à mon humble avis), parce qu’il y a un moment quand vraiment les classes dominantes nous pètent les rouleaux il faut un peu leur montrer que le pouvoir n’est pas que de leur côté (on y croit !), et sortir secouer les drapeaux rouges que diable ! Je ne sais pas pourquoi mais les gars qui restent le cul fondement vissé dans leur fauteuil le cigare au bec et le verre de cognac à la main en dissertant de la conquête du pouvoir ne me font pas l’effet d’être les héritiers de Jaurès, qui n’était pas le dernier à grimper sur des lampadaires pour haranguer la foule. Mais bon, ce n’est que mon opinion (qui consiste souvent à approuver ce que je fais et désapprouver les autres, c’est vrai).

Là, le sujet principal c’est de défendre les droits des travailleurs, en souvenirs des 200 000 ouvriers qui obtinrent la journée de 8 heures le 1er mai 1886 aux Etats-Unis (rappelons qu’aux Etats-Unis un jour il y eut des socialistes).  (Ding ! La minute culture est terminée). « Fête du travail » mon cul œil, le travail (sauf pour quelques privilégiés dans mon genre qui adorent ce qu’ils font même s’ils font chier tout leur entourage en se plaignant tout le temps) c’est quand même le truc le plus relou qui existe. Evidemment Nicolas Sarkozy, dont l’entièreté de l’existence s’est formée autour du dessein de dominer le monde, a quelques difficultés à concevoir que d’autres aient envie de se lever le matin juste pour passer du temps avec les gens qu’ils aiment, aller cueillir des pâquerettes et répandre une parole de paix dans le monde  regarder des séries télés et boire du bon pinard (ouais, et alors ?).

Après ces puissantes considérations théoriques, venons-en au véritable intérêt de la manif (hélas, je ne suis pas une sainte) :

Premièrement, la manif permet de se lâcher un peu niveau éthos. Moi qui suis toujours tirée à quatre épingles et d’une élégance rare, pas un mot plus haut que l’autre (personne ne rigole dans les rangs !), je reconnais que se lâcher un peu en hurlant des slogans et en chantant diverses chansons entraînantes du répertoire populaire ça libère. D’aucun a de la chance que je ne l’aie pas filmé en train de sauter dans tous les sens comme un lutin en gueulant « On lâche rien ! » à la Bastille en mars dernier (oui tremble, je tiens ton avenir professionnel dans mon iphone).

Secondement, la manif stimule l’imagination linguistique (invention de slogans) et vestimentaire. Soirée déguisée = moyen drôle, manif = hyper hype poilant (je ne sais pas pourquoi j’essaie toujours de me persuader que je fais des trucs hype, c’est un peu une cause perdue, mais je suis de gauche, je crois dans mon idéal – i.e. la hype vit en moi). Aujourd’hui, c’était classic red et drapeau, plus bonnet phrygien (grand succès photographique pendant le défilé). Oui, quand je manifeste, c’est avec style.

Troisièmement (toujours trois parties, khâgneuse un jour…), la manif est une bonne occase de dépenser des calories avec des gens sympathiques. Évidemment, ça implique de ne pas se jeter sur les merguez négligemment étalées à la vue du chaland le long du passage (mmmm la MERGUEZ !!! N’y pense pas malheureuse, rappelle-toi ton régime de la mort que tu vas finir plus mince que Madonna Louise Michel). En tout cas c’est toujours mieux que de remonter la rue des Martyrs à pied pour se faire un peu les muscles et contempler le spectacle de la rue parisienne s’arrêter à chaque boutique de fringues et s’acheter trois cupcakes juste pour tester le goût.

Saine pour le moral, l’esprit, le corps, la manif c’est l’avenir !

By C. N.

Évidemment, quelques petits désagréments sont à prévoir: on n’était pas seuls dans le métro, et dans notre groupe des braves soldats de Jean-Luc du 18e (dénomination non contractuelle) nous avons eu quelques difficultés à nous retrouver entiers. Les débuts de manif sont toujours poussifs.

Ouverture. Interjections impromptues de Marcadet à Port Royal, en passant par Denfert (de 14h15 à 17h15): Et Rachelle? Merde j’ai oublié Rachelle! Ah là là dégueulasse ce kebab. J’ai trop la tête dans le bois, moi. Enfin, la gueule de cul. Enfin je me comprends. Merde, j’ai ENCORE oublié Rachelle! Elle est sur l’autre ligne? Tu nous attends sur le quai? Attends ça capte pas là. Au milieu de la rame? Où est Rachelle? RACHELLE? Oui je suis là, c’est bon! Mais attends je rêve on a perdu Camille! Il est sorti pour laisser passer et il a pas pu re-rentrer. Allo Camille? Merde il est sur répondeurMais je rêve, ça sonne, il décroche pas. Mais attends c’est pas vrai! Camille, on t’attend à gare de l’Est, GARE DE L’EST. Mais où il est? Quelque part dans le métro mais pas dans la même rame. On le retrouvera à Denfert. Merde, par où on sort? La dame de la RATP a dit de passer par le RER, y a trop de monde. Mais où est Camille? On sort et on verra bien. Y avait pas Augustin qui devait nous rejoindre? Il a dû descendre de son vélo. Camille, t’es devant le mac do? C’est de l’autre côté de la place. (…) Bon, tout le monde est là! On y va? Mais c’est bloqué par là, allez on fait le tour, on rejoint tout le monde à Port Royal. Bon, on défile avec les syndicats? On va pas attendre 107 ans, moi j’ai chaud là, on s’en fout, on prend les drapeaux et on y va! Y a du monde, hein, c’est COOL. T’es tellement une trentenaire avec ton vocabulaire has been. (Ouais les gens, cool est un mot has been).

Interlude. Boulevard Henri IV, 18h30.  Allez, on chante! OUAIS! C’est la lutte finale, Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Et le couplet? Quelqu’un connaît le couplet? « Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! » nin nin nin NIN NIN NIN… Merde, les paroles! Euh les gars y a pas quelque part « Du passé faisons table rase, Nous ne sommes rien soyons tout » (ceux-là je les connais, j’aime ce style mâle et vigoureux)? Attends, je crois qu’il y a un cratère aussi, oui La raison tonne…en son cratère. Bon sang, mais pourquoi personne ne connaît les paroles! Bon, tant pis! ON LÂCHE RIEN!!

Finale. Place de la Bastille, 19h30. Ah ouais, c’était une belle manif, hein! Bon maintenant on fait quoi? Moi j’ai soif! Ouais, j’ai soif, j’ai faim, j’ai mal au pied, je suis fatiguée. On va chercher des bières? La bibine, éternelle compagne du militant.

250 000 parisiens à défiler (48 000 selon la police, dont on connaît les techniques de comptage rappelées utilement ici). Des amis, du soleil, du rouge, des chansons. C’était une belle manif.

PS: Aussi, à la manif on peut croiser Jean-Luc Mélenchon… Mais bas les pattes, il est pour moi!

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