Remugles urbains

Alors comme ça, c’est le printemps, les jours de grand beau alternent avec les April showers ; alors comme ça pour une raison inconnue y avait pas d’eau à la maison ce matin (je me contente pour l’instant d’espérer ardemment que l’eau sera revenue ce soir, rhaa l’Amérique et ses infrastructures moisies !) ; alors comme ça la fiancée professionnelle et le rubicond héritier aux dents longues se sont dit oui, distrayant la populace du chômage, des restrictions budgétaires et de la disparition du service public britannique ; alors comme ça le dictateur syrien massacre son peuple ; alors comme ça la Carla en cloque serait l’arme fatale contre Marine. On se demande ce qui est le plus affligeant : mon égotisme caractérisé, la crise de la démocratie en Occident ou la ronde des morts pour la liberté.

Ben aujourd’hui je me préoccupe d’un sujet bien plus fondamental, un de ces sujets douillets sur lequel les Occidentaux ont plein de temps pour s’interroger et écrire des blogs : le fumet urbain.

De facto, l’humain est sensible à l’odeur (survivance des temps anciens où il traquait le gibier à moitié nu, le nez collé au sol et les cheveux au vent ? nécessité vitale de réunir les bonnes phéromones pour se reproduire efficacement ?) Y a même un déo masculin censé faire succomber les anges (dans mon imaginaire biblique les anges n’ont ni sexe ni odeur mais soyons open. Quoique je me demande ce qu’en penserait Thomas d’Aquin), preuve que les senteurs font toujours recette.  Quand ça pue c’est suspect : les usines qui puent créent le soupçon, alors que ce qui chlingue est souvent inoffensif dans les rejets de gaz industriels (souvenir de ma maîtrise, un patron d’usine chimique qui m’explique que pour répondre à ce problème l’industrie a fortement limité les odeurs pour calmer la plèbe, et que d’ailleurs « les émanations les plus dangereuses ne se sentent pas ». Eh ouais, commencez à flipper les gars et allez vérifier que vous n’habitez pas en zone Seveso). Les New-Yorkais s’émeuvent depuis des années de la « bizarre odeur de sirop d’érable » (on aura tout senti) qui viendrait des usines du New Jersey voisin (le New Jersey, comme ne l’indique pas son slogan de « Garden State », est l’équivalent de la Belgique dans l’imaginaire américain : plouc, industriel, puant. Moi j’aime bien). Bref, on cherche le parfum séduisant; tout est bon pour calmer le peuple : les odeurs artificielles de rose dans le métro, les arômes de pain chaud ajoutés aux boulangeries industrielles…

New York est la ville des odeurs ; aux Etats-Unis, il n’y a pas de place pour la fadeur, l’ennui, la lenteur. Il faut que les choses soient mouvementées, colorées, odorantes. La nourriture en est un des principaux symptômes: le goût doit en être fort et caractéristique, et l’odeur également. Une des odeurs qui domine Gotham est celle des nourritures disparates qui s’y épanouissent (le New-Yorkais ne cuisine pas. La bouffe à emporter, les stands de hot-dog et les restaus se bousculent) : la pizza, la saucisse, la cannelle, le glutamate, le porc frit, le café (Starbucks mon ami)… Les New Yorkais ne se plaignent pas tant de cette orgie alimentaire que des odeurs corporelles (bouh, le contact des corps, bouh, le rappel de la matérialité humaine) : selon le New York Post, la fragrance qu’ils haïssent le plus est celle de transpiration des pieds (je ne leur jette pas totalement la pierre), celle qu’ils préfèrent, la vanille (un peu conventionnel, quand même !)… A la recherche de l’odeur parfaite… Un sénateur de l’Etat a récemment proposé (le 1er avril mais ce n’est pas une blague) d’adopter une senteur officielle de l’Etat de New York : le pin. Ah. Je ne savais pas qu’on était en Méditerranée. Je ne savais pas que les odeurs pouvaient être officielles. Perso je propose l’odeur de bébé. Y a pas mieux que l’odeur de bébé (pas DANS la couche, hein !)

Il faut quand même l’avouer, New York pue un peu. Les gaz d’échappement, les égouts, les poubelles (parfois non ramassées pendant quelques semaines à New York). Plus tellement de fumée de clope cependant, la lutte anti-tabac a désodorisé les choses de ce côté-là (11$ le paquet de cibiches ! interdit de s’empoisonner librement – surtout quand on est pauvre). Mais surtout, ce qui incarne pour moi l’Amérique odorifère, une odeur de bouffe bien précise : le graillon. Oh cette bonne odeur de graillon, de graisse cuite et recuite, qui vous assaille les narines au sortir de l’avion : welcome back to America, where tasteless is banned !

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