Smile, Paris, smile!

Evidemment, après avoir passé plusieurs mois à déblatérer sur les Etats-Unis, dès que j’ai reposé le pied à Paris je me plains de la France. Une petite sortie aux Halles et dans le métro parisien et boum je retrouve la morosité parisienne.

Comme quoi, on n’est jamais content que de ce qu’on n’a pas ! Mais il est vrai que le Parisien (le Français ?) est grognon, frileux, hostile, « scrogneugneu » (comme titrait récemment Le Point, on dirait que le poids des mots n’en est pas un vain dans la presse. Élégance de langage avant tout). Déjà ça fait bizarre de se rendre compte que tout le monde fait la gueule dans le métro parisien (après, c’est peut-être aussi un effet secondaire du retour, genre ta life est trop belle et tu es sur ton petit nuage et autour tout le monde te semble dépressif), tandis que le New Yorkais, dans le métro ou ailleurs, est toujours dispo pour tailler une petite bavette ou faire un sourire. C’est bien pour ça que je les aime, quand même !

Arrivée à la Fnac des Halles, je constate que le rayon de géographie urbaine est scandaleusement mal fourni et me dirige vers la caisse, ravie quand même de rentrer de New York et de me sentir tellement « internationale qui fait la navette entre deux villes globales ». Là pan ! j’ai oublié ma carte de fidélité – pas étonnant j’en ai 40 qui boursouflent mon portefeuille, de la Fnac à Séphora en passant par Vélib’ et ma carte de photocopie. Les Américains ont résolu le problème sans carte, en prenant votre adresse électronique et en vous bombardant de mails promotionnels – moins encombrant en espace réel tout de même (comme quoi, il n’y a pas d’ingénieurs là-bas mais le commerce marche bien). Je demande avec un grand sourire à la caissière (New York spirit ! nice, friendly, smiling !) s’il n’y a pas moyen d’enregistrer l’achat quand même en montrant une pièce d’identité. « Nan pas du tout ». Ah bon. Et vous n’êtes pas désolée, non même pas ! Eh ben oui, en France on pratique le capitalisme sans les avantages (le client est roi, on est aimable avec le client), mais on ne s’en rend pas compte (il y a encore 6 mois j’aurais trouvé la réaction de cette dame bien normale)…

Enfin, du coup je me retiens de discuter avec la dame derrière moi qui achète un guide de New York en lui disant avec un grand sourire à l’américaine « Oh, vous allez à New York, c’est génial, je reviens justement de 6 mois là-bas vous allez adorer, c’est vraiment une belle ville ! » en imaginant sa réaction gênée et ensuite de retour à la maison « oh là là à la Fnac tu sais quoi y a une espèce de folle qui a commencé à me raconter sa vie à New York dans la queue à la Fnac non mais les gens vraiment, qu’est-ce qu’on en à à cirer… »

Bon, j’ai sans doute exagéré mais me voilà pratiquant à nouveau une distance prudente avec mes voisins de l’espace public… Et tout en ruminant ces tristes différences nationales, je me suis bien ridiculisée dans le métro en rentrant, en attendant bien sagement à mon arrêt que la porte s’ouvre toute seule comme à New York. Regard de pitié exaspérée du gars qui finit par ouvrir la porte pour moi…

Welcome back to Paris, you lunatic !

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