Des effets de l’âge sur le chagrin d’amour

Sommes-nous, ô pauvres créatures féminines rejetées sur le rivage du couple, mieux armées pour résister aux souffrances de la rupture amoureuse à 30 ans qu’à 20 ? Question d’une pertinence inouïe. Se faire larguer méchamment est un moment fondateur, celui qui n’en est pas passé par là ne peut pas vraiment parler d’expérience de la vie (voyez Stendhal, qui est quand même le gars number one en terme d’expérience de la vie – le Rouge et le Noir est le plus grand roman de l’histoire de l’humanité – le pauvre a passé sa vie à se faire jeter comme une merde se confronter à l’échec amoureux). Le largage amoureux, c’est un peu le fiat lux de la life, quoi.

Pour des questions de méthodologie anthropologique, je ne mets pas les mecs dans le tas, parce que bon faut pas pousser mémé dans les orties, il est évident que les hommes n’ont pas du tout les mêmes problèmes, et sont tous des connards sans cœur qui s’ingénient à nous faire souffrir par pure méchanceté. Sauf Henri Beyle, qui mérite respect et honneur pour l’éternité, car Julien Sorel on en a toutes rêvé – Brad Pitt aussi (largue-le Angelina ! cet homme est pour moi !)

Dès lors, l’événement est-il plus pertinent dans la timeline de ta vie quand tu es une vingtenaire naïve et innocente, ou une trentenaire qui commence à surveiller ses rides ? Ça y est, je vis dans un monde parallèle du web 2.0., où tu mets au courant tous tes amis sur ta timeline en passant du statut en couple à célibataire – et le pire c’est que tes amis sont susceptible de liker cet événement juste pour te faire chier se persuader qu’ils ont une vie, eux [1]. Une petite note de la part de la fille désespérément wannabe hype que je suis : c’est vachement tacky (de mauvais goût, pour les loosers gentils lecteurs qui ne comprendraient pas l’anglais) de signaler son statut matrimonial sur le réseau social. Enfin moi je trouve (et je me flatte d’être un parangon de bon goût).

Voyons donc un peu ce que la trentenaire se réserve en vivant une passion brisée sur les ailes de l’adversité tombant amoureuse d’un célibataire endurci (ne nous voilons pas la face, à la trentaine ils pullulent dans le monde extérieur comme les serpents dans la grotte de l’Arche perdue) qui l’a vite ramenée à sa condition de meuf qui s’enflamme trop à la vitesse de l’éclair (le coup de Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue/ Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue, comme dit l’autre – très surfait, les gens) :

1. A 30 ans comme à 20, le risque de noyade dans ses propres larmes est élevé. Ça fait un peu comme ça puissance 25. Cela dit, l’essentiel est de ne pas se prendre pour Juliette, on n’a pas vu plus con mais enfin c’est théâtral. Eh les filles, c’est juste un mec ! Et puis Roméo était un gars pas très pratique dans la vie (c’est quoi cette pauvre idée de se faire passer pour mort et de ne même pas trouver le moyen de prévenir sa meuf ? Non mais je rêve !)

2. Par contre, à 30 ans tu te respectes. La trentenaire, munie d’une estime de soi sans faille d’amies lucides, ne se laisse pas aller à se traîner devant l’O.I. (Objet Inaccessible) en le suppliant de la reprendre no matter what, d’autant qu’elle a quand même un peu vécu et se doute que le risque de se faire envoyer chier vite fait est assez élevé sur l’échelle des probables. Car qui voudrait d’une follasse qui lui court après dans la rue en hurlant « Je t’aime » ? Ça ma chérie ça s’appelle du harcèlement (oui oui même à 3 heures du mat’ après 2 bouteilles de vin quand l’idée ne te semble plus si débile finalement – à ce moment-là APPELLE  impérativement ta meilleure amie (plus pour longtemps) pour la supplier de venir avec toi chanter How I miss you baby sous ses fenêtres, et se rendre à l’évidence qu’en fait, non).

3. Le chagrin d’amour est très mauvais pour la peau à 30 ans. Elle devient sèche et se met vite à peler sous l’effet des larmes, dont le liquide n’est pas spécialement antiride. Autre effet secondaire gênant : se ronger les ongles jusqu’au sang n’est pas spécialement favorable pour la manucure de folie prévue dans le manuel « se chouchouter pour aller mieux après une rupture ».

4. Oui, la sad easy-listening music (comme dirait Bridget Jones – i.e. la musique triste facile d’écoute pour mes lecteurs non anglophones qui commencent à me faire un peu chier là) fait toujours sangloter la trentenaire jusqu’aux tréfonds d’elle-même. Seulement elle a progressé dans la hype de folie boboïtude consensuelle et balance sur spotify [2] Brel, Barbara, Tracy Chapman, Nina Simone et Ella Fitzgerald. Là, la trentenaire doit se regarder en face et se poser cette question fondatrice (on parle beaucoup de fondation ici, c’est du lourd) : Mes goûts musicaux ont-il progressé, ou me forcé-je à éviter Shakira par pur snobisme ? Bref, suis-je tombée à ce point dans le caniveau de l’apparence que je succombe à une mise en scène esthétique de ma souffrance inénarrable mes soirées nutella-Baudelaire-pyjama-je suis seule au monde ? Il n’y a pas que l’apparence dans la vie, il y a aussi la philosophie, l’art et la lutte des classes les chaussures, les pots entre copines et le yoga.

Pour qui veut, je tiens à disposition sur spotify une excellente playlist que si tu l’écoutes tu sors pas de ton lit pendant trois jours tellement la vie te semble atroce. Mets-toi en condition, baby !

5. Les amies de la trentenaire sont, elles, bien endurcies sous le rapport des cœurs brisées et sont toutes déjà passées par là (quelle kéké attend 30 balais pour connaître son premier chagrin d’amour ? Je vous le demande – « pas moi », « ni moi », « ni moi » – « ce sera donc moi », dit la petite poule rousse). Leurs conseils sont donc ceux de vieux sages blanchis sous le harnois : « ça va passer je te le promets », « attends mais t’es trop mieux sans ce connard de toute façon », « tu vas apprendre à être bien seule et après tu seras mieux en couple », « mais ne t’inquiète donc pas il y en aura d’autres », « tape-toi un jeune, ça fait un bien fou ».  Le potentiel mélodramatique de la vingtaine s’efface ainsi assez fortement. Mais ça n’empêche pas de faire ensemble des soirées ciné-nutella-häagen dasz devant Bridget, Baby ou Elizabeth et Darcy (si vous ne comprenez pas, vous êtes un mec). A la trentaine, ajoutez un alcool fort (merci à P. pour le beton généreusement versé ; à toute personne se rendant aux Antilles ou à la Réunion, j’ai plus de rhum pensez à moi merci).

PS Qu’on ne s’inquiète point (surtout vous, Maman et Papa), ceci est totalement fictionnel : je me suis pas encore tapé un jeune ni ne suis encore totalement alcoolique.

PPS A tout jeune en maraude, balance ton 06 discrétos. T’as jamais lu Eloge des femmes mûres ?

6. A 30 ans tu as une vie, un appart et un boulot. Ce qui évite certaines situations désagréables du genre aller faire sa lessive à la laverie et éclater en sanglots en regardant tourner la machine parce que ça te fait penser à la chanson d’Alain Souchon (mais oui vous savez « Passer notre amour à la machine, faire tout bouillir, pour voir si les couleurs d’origine, peuvent revenir » – bien déprimant ça). Ton boulot de femme à responsabilité qui maîtrise le sort de la planète est également un bon dérivatif. – Comment? On me signale que tu es en thèse? Mais ça ma pauvre enfant, ce n’est pas un vrai travail. Allez, à ton bureau, et plus vite que ça! Maintenant, c’est Rédiger ou la mort. – Pardon? Ah toi, tu bosses avec ton ex? Ça y en pas bon… Vire-le! – QUOI ENCORE? C’est ton chef? Ah là là mais que voulez-vous que je vous dise mes pauvres filles… Il est temps de prendre le pouvoir!

7. On ne comprend pas vraiment mieux les mecs à 30 ans qu’à 20, et on passe toujours notre temps à essayer de les décrypter. Bon, les gars, si vous écriviez un petit mode d’emploi ça nous épargnerait de la salive. Je vous livre quand même une des conclusions fondatrices (décidément) tirées de la compilation des expériences féminines de mon entourage : a priori, n’accorder aucun crédit aux paroles qui sortent de la bouche du mâle. Tant que t’as pas la bague au doigt et un polichinelle dans le tiroir, ne t’emballe pas ma poule ! Désolée les gars, je sais c’est pas bien, c’est un inductivisme dangereux, mais je dis mieux vaut prévenir que guérir. (Mon père est bien sûr exclu de la liste, car c’est un homme de parole et qui cire les chaussures comme personne).

Conclusion : ne finissons pas gros Jean comme devant, les filles ! A 30 ans on a du bon rebond pour saisir la vie à pleines mains dans un esprit stoïcien (mais bien sûr). C’est là qu’intervient le concept de la lonesome camionneuse (que j’avais déjà évoqué, car mes concepts sont élaborés de longue haleine – « camionneuse solitaire » ô bande de relous amis qui ne pigez pas le yankee). La lonesome camionneuse est un ethos dont le motto nous est parvenu du fond des âges d’un film de Woody Allen : « I’m through with love, I’ll never fall again” (« j’en ai fini avec l’amour, je ne retomberai plus jamais » – inscrivez-vous chez Wall street english les gars, j’en peux plus !). Woody Allen, qui est un homme de goût, en a tiré une scène au romantisme magique. Moi je dis, ne nous embarrassons pas des quais de Seine la nuit de Noël, ni de ces légendes urbaines qu’on nous ressort à chaque film hollywoodien: le gros célibataire endurci rentre seul chez lui après avoir largué / trompé la gentille blonde mignonne folle amoureuse de lui, et tout à coup, illumination, « c’est la femme de ma vie », il se met à courir sous la pluie et la pleine lune pour rejoindre sa meuf et lui rouler une pelle dégoulinante qui signe leur réconciliation éternelle.

Bullshit, foutaises, crap,  balivernes, que tout cela! La lonesome camionneuse piétine ces illusions à grands coups de ses bottes de motarde à talons de 12. Forte d’une sentimentalité inexistante, elle embrasse son nouveau moi sans s’embarrasser de concepts ringards tels que relation, bébés, mariage ou stabilité. Prête à foncer des plaines du Midwest à la jungle africaine, elle domine le paysage, seule dans la cabine de son monster truck, le nez au vent et les seins en avant, la BO de Drive en fond sonore. Enfin vous saisissez le concept : élégance et maîtrise de soi. Un seul programme, un seul maître : Gwen Stefani, la grande et l’unique « femelle super sexy ».

Why are you standing in one place
Born to blossom, bloom to perish
Your moment will run out
Cause of your sex chromosome
I know it’s so messed up, how our society all thinks (for sure)
Life is short, you’re capable
Look at your watch now
You’re still a super hot female
You got your million-dollar contract
And they’re all waiting for your hot track

What you waiting for? [3]

Gwen est une vraie grande philosophe. Parfaitement. A moi, le contrat à un million, les soirées parisiennes et le champagne à gogo la BNF, les soirées entre amis et la lutte finale !

PS final : Lonesome camionneuse mon cul œil ! Jean-Luc Mélenchon, Brad Pitt, si tu lis ce post et que tu es intéressé, pour toi j’abandonne mon diesel existentiel sans hésitation !

________

1. Debout les gars réveillez-vous (à mes moments perdus je cite aussi Hugues Aufray, donc), il s’agit de facebook, sans quoi ma vie serait un vide intersidéral cet outil social si utile sur internet.

2. Tu ne sais pas ce qu’est spotify ? Là, cher lecteur, il faut te mettre à la globalisation de l’internet béni car je ne peux plus rien pour toi. Bon en vrai c’est un truc que tu le télécharges sur ton ordi et il te joue de la musique que tu choisis. Je suis trop une geek hype meuf qui écoute les conseils avisés de ses potes branchés.

3.  Pourquoi restes-tu à un seul endroit
Née pour fleurir, fleurir pour périr
Ton moment passera vite
A cause de ton chromosome X
Je sais c’est vraiment le bordel la façon dont raisonne notre société (c’est sûr)
La vie est courte, tu es capable
Regarde ta montre maintenant
Tu es encore une femelle super sexy
Tu as ton contrat d’un million de dollars
Et ils attendent tous ton morceau à la mode
Qu’est-ce que tu attends ?

Bon sang, je suis vraiment une fille sympa ! Mais mettez-vous à l’anglais, siouplaît, ma générosité n’a qu’un temps.

De la nomophobie

L’autre jour, j’étais tranquillement en train de travailler ardûment ma thèse traîner sur facebook quand je tombai sur ce post apparemment innocent d’un ami : « Souffrez vous de « nomophobie » ? Répondez honnêtement ? »

D’abord, joie joie pleurs de joie d’apprendre un nouveau mot. C’est pas pour me vanter mais je me flatte d’avoir un vocabulaire des plus étendus et néanmoins éclectique, et je ne perds jamais une occasion de me cultiver quand elle se présente (hu, hu, hu – rire pseudo-élégant et faussement modeste). Je ne fais ni une ni deux et lance donc une recherche bibliographique approfondie sur google car, bon sang de bois, « nomos » en grec ça veut plutôt dire la loi (souvenirs lointains de prépa, je convoque vos mânes). Alors ouais, ça peut vouloir dire la haine des lois (sauf que ce sens est totalement out), mais aussi, de l’anglais global interplanétaire qui domine honteusement les langues cultureuses que sont le latin et le grec, la « peur morbide d’être séparé de son téléphone mobile » (de « no mobile phobia »). Grosse déception philologique. Mais bon ça m’a l’air hype donc je m’en saisis (la hype, mon idéal inatteignable dans l’existence).

Là, ça m’a tout de suite fait penser à la morbidité, vu que l’autre jour (encore un autre jour), alors que je bossais mon premier chapitre discutais de Venise et de l’art avec des amis distingués (une historienne de l’art et un médiéviste) après plusieurs verres de rouge, nous eûmes une discussion philologique d’importance sur la différence de sens entre la morbidité et la morbidezza (italien), qui selon un pote dieu de l’italien contacté en urgence par sms signifie la « douceur » (en attendant on avait conclu après d’autres verres de rouge une discussion animée que ça voulait dire la « Vénus-té ». Ouais je sais c’est classe). D’ailleurs, remarquez que l’italien est bourré de faux amis de ce genre (ou alors que le français est une langue de pessimistes qui ne pensent qu’à la mort), comme par exemple sinistre vs. sinistra (la gauche) (à ce propos rappelons-le, car on ne le dira jamais assez: allez Jean-Luc! Tous à Stalingrad ce soir!).

Après cette élégante digression, revenons-y, à la nomophobie. Ma première réaction fut de pffffter : ha ha ha (rire triomphant et sarcastique), moi pas de problème, tu me fous sur une île déserte avec Stendhal et Balzac et c’est parti mon kiki ! Puis je repensai à mon dernier séjour à New York, alors que j’avais dû « désactiver les données à l’étranger » i.e. renoncer à tous les trucs cools de mon iphone qui arrivent par le biais des ondes internet car je ne suis pas Crésus. Je me replongeai dans l’angoisse profonde la légère inquiétude que je ressentais en permanence assez souvent de ne pas pouvoir lire mes nouveaux mails toutes les deux minutes, et à la joie non moins profonde qui m’habita quand ma copine M. qui est une super geekette, et en plus une bombe atomique, et en plus une future grande réalisatrice de cinéma, et en plus j’adore son style vestimentaire, et en plus elle a ouvert mon esprit au monde merveilleux du blog (traduisez: je suis fan d’elle) me fit découvrir twitter et instagram (une super appli de photo où tu peux faire profiter tes 3 followers de tes prises de vues extravagantes du trottoir du coin de la rue). Je signale à tout le monde qu’elle a un super blog plein d’images superbes, qui s’appelle Est Ouest – cf. ici et sur le blogroll. (Ding! La minute « pub pour mes amis » est terminée.)

Forte de ce souvenir plein d’inquiétante étrangeté (je ne voulais pas écrire Unheimlichkeit cash pour ne pas me la ramener trop violemment, donc je le mets entre parenthèses pour me la péter un peu discrétos quand même), je ne fis ni une ni deux (dès que Freud pointe son nez à l’horizon je suis sur mes gardes), sondai mon âme au sujet du plaisir exact que je retire de mes liaisons téléphoniques, et en tirai le graphique suivant:

Bien bien bien, il faut se rendre à l’évidence, JE SUIS NOMOPHOBE AU DERNIER DEGRÉ. Dieu de l’internet, qui ôte le péché 2.0. du monde, prends pitié de moi pauvre pécheresse. Comment vivre véritablement sans se moquer des photos de looser s’intéresser à la vie des autres sur facebook, prendre en photo mes couteaux de cuisine sur instagram (ouais et alors?), écouter la radio (ok ça on peut le faire avec d’autres accessoires mais avec l’iphone c’est tellement plus évident), checker le blog de Jean-Luc Mélenchon (dont l’éloquence n’a d’égale que la pertinence, allez-y voir ici, tellement c’est trop de la balle), vérifier quand passe le prochain montmartrobus (ouais j’ai la flemme de marcher jusqu’à Lamarck alors que c’est à 5 minutes à pied), ne pas perdre mon chemin grâce au GPS intégré (OH CA VA!! Pour la 1000ème fois, c’est pas parce que je suis géographe que j’ai le sens de l’orientation!!), se demander ce que veulent dire tous ces sigles étranges sur twitter (RT, WPFD, FF, MT, OH, HT, PRT, IMHO – ha ha je rigole, bien sûr je maîtrise tout ça à la perfection car la hype est mon surmoi!), chercher des annonces de tapis et de micro-ondes d’occase sur Le bon coin (si vous vous débarrassez des vôtres, je prends!), commander les 10 tomes de Game of Thrones sur Amazon (oui je sais ça tue les libraires, mais il me le faut en anglais! Avis à la population: Game of Thrones c’est de la boulasse!), vérifier le sens de walrus pendant que je regarde The Big Lebowski (ça veut dire « morse », bande d’incultes. Eh oui, je me flatte de regarder les films américains en VO et je suis une sale snob. Second avis à la population: The Big Lebowski c’est de l’extra-boulasse!), vérifier les horaires de ciné (Avengers me voici!), ou chercher une recette de dernière minute sur Marmiton (oh là oui je sais, les filles vraiment branchées cuisine n’avouent jamais qu’elles chopent leurs recettes sur Marmiton, mais tant qu’on est dans le déballage de linge sale…)

Et tout ça… retenez votre souffle… à toute heure du jour et de la nuit!! Quelle joie! Mon iphone is the city that never sleeps (la ville qui ne dort jamais). C’est pas de la bombe ça? Je dors avec lui près de mon oreiller pour avoir l’illusion d’une présence humaine car même la lonesome camionneuse a ses faiblesses car grâce à une super application qui repère tes mouvements pendant ton sommeil tu peux te réveiller fraîche comme une rose avec un peu moins la tête dans le guidon que d’habitude. Autre avantage, à tout moment je peux vérifier si personne n’a posté un truc fascinant à 5 heures du mat’ (on ne sait jamais). L’autre jour, j’ai même liké une photo sur instagram pendant mon sommeil – je me suis réveillée sans aucun souvenir de cet événement.

Selon wikipédia, sainte ressource encyclopédique de l’interactivité globale,  parmi les nomophobes, « 55% des personnes interrogées ont cité le fait de garder le contact avec leur famille ou leurs amis comme étant la principale raison pour laquelle ils sont anxieux sans leur téléphone portable, 10% des personnes interrogées disent qu’elles ont besoin d’être joignables à tout moment à cause de leur travail. » Là je dis: bullshit les amis, ne nous y trompons pas! J’aime beaucoup ma famille et mes amis mais ne rigolons pas non plus, je n’ai pas besoin d’un iphone pour leur dire que je les aime (au fait, je vous aime!), ni d’être joignable à cause de mon travail (qui consiste à me prendre la tête toute seule devant mon ordi à la bibliothèque). Non, soyons clairs, je suis une droguée. Je remplis le vide intersidéral de mon existence en tapotant sur l’interface de mon iphone (j’ai rêvé la nuit dernière que l’écran se fissurait, l’angoisse totale!)

Pire, je viens de lire dans un blog du monde.fr (pour une raison quelconque ces gens se croient plus important que les blogueurs hyper hype de wordpress, qui est quand même une plate-forme de distinction totale pour écrire un blog – enfin je crois que c’était sur un blog du monde.fr mais je retrouve plus la page, car comme toute nomophobe qui se respecte je vis dans l’instantanéité la plus absolue, donc si ça se trouve j’ai dit du mal sans aucune raison mais je m’en fous un peu voyez-vous) que la nouvelle tendance hype ne serait nullement la nomophobie, qui est en train de devenir un truc de prolos (certains, nous apprend-on, ont un iphone dès 14 ans mais mangent des pâtes tous les jours), mais la capacité à se déconnecter. Hélas, hélas, hélas trois fois hélas, opoï opopoï (exclamation de douleur des personnages sophocléens que je trouve assez actuelle) : ma quête de la hype nécessite donc une cure de désintox sévère. Qui a une datcha en Sibérie à me prêter pour les deux prochaines années?