De la semblance vestimentaire dans l’univers pubesque de certaines marques vestimentaires bobos

Mais de quoi s’agit-il encore, maugréez-vous, bande de chiens galeux qui ne m’avez même pas souhaité mon anniversaire adorés lecteurs? Ce blog est décidément friand de néologismes à la con, et « pubesque » n’est pas du meilleur effet. De meilleur effet, néanmoins, prétends-je, que l’ignoble barbarisme de l’une des enseignes de fringues visées par ce post à haute teneur polémique, je veux parler de « the coupeulz » (oui, c’est ainsi que cela se prononce) (son délicieux). Ce n’est pas que je me prends pour Rimbaud et eux pour des amis du franglais qui pue la moule, mais si, en fait, un peu (bon, mettons que je me prends pour Céline) (ok ok Tardi ou San Antonio) (ouaip, j’ai des ambitions littéraires) (hu hu hu).

Et allons-y gaiement pour brutaliser la langue, et que je te remplace les phonèmes pour faire mine de je suis anglo-saxon (cette digne marque est tout à fait française). Faudra repasser pour la vraie mode londonienne (enfin moi j’ai rien contre Paris en matière de mode, cela dit) (qu’on m’explique pourquoi l’anglais serait en soi plus porteur de tendance que la langue de Racine – c’est Vénus tout entière à sa proie attachée, tout ça). Et pour déformer un mot qui est exactement orthographié de la même manière en anglais et en français (the couples). Joli. Je me demande même s’il n’y a pas quelque inspiration subliminale à chercher derrière ce « détournement heuristique » (nenni, conclus-je, ça m’a l’air un peu trop complexe pour ces gens quand même) (par ailleurs, je vois pas trop quelle profondeur heuristique on pourrait y trouver) (ne te laisse pas perturber par la participation de Beigbeder à leurs campagnes de pub) (ce type écrit bien mais il a prétendu être sympathisant communiste) (et pourtant il fait de la pub) (d’où hiatus).

Excursus 1. De l’objection que certains esprits tatillons s’apprêtent à me faire.
Oui, le titre de ce blog est en anglais, oui c’est d’une prétention tout à fait révoltante et oui, il cède à la mode répugnante de l’anglicisation à tout va. MAIS. D’abord Stendhal lui aussi aimait l’anglais. Ensuite j’étais aux States quand j’ai commencé, et dans ma naïve sincérité je pensais m’arrêter de bloguer en rentrant, mais j’ai encore vachement de trucs à dire (autant essayer d’empêcher une roulure de mettre des bas résille). Enfin remarquez les subtiles variations et sens du titre de ce blog, qui n’a rien à envier à un titre de roman de Dos Passos: Wandering City, ville errante, ville errée, c’est bien du niveau des films de Marguerite Duras (voir ici une passionnante vidéo de Césarée, qui réveillerait les morts en deux temps trois mouvements – spéciale dédicace à J., ami de la culture à tout prix).

Donc bien évidemment mon rapport à cette enseigne nébuleuse était déjà mal parti – d’autant que le seul contact matériel que j’ai subi avec leur production est quand mon ex m’a rendu mes affaires dans un de leurs sacs – ouais, il m’a rendu mes culottes dans un sac « les couples » mal orthographié. Soupir. Ah les hommes.

Excursus 2. Harangue à l’émir du Q.
Dis-donc l’émir du Q., note bien tout ça sur ton petit carnet : « ne pas ajouter des détails débiles et pénibles à une rupture déjà dommageable pour la peau » ; et puis achète-toi une boussole parce qu’il serait temps que tu débarques. Non mais.

Ensuite évidemment il suffit de lire une interview des créateurs de la marque pour comprendre toute la subversion qui se niche dans ces fringues. Ouaip, une marque de fringues subversive. Que dis-je? Rebelle. Remarquez, on est bien cons, on nous a déjà bien fait le coup avec Benetton ou Diesel, et tout le monde trouve ce choix de communication audacieux. Éternel retour du foutage de gueule. Enfin, niveau subversion on reste quand même loin des premières femmes en pantalon ou en minijupe. Voire de vraies idées. J’attends de pied ferme Théophile Ferré et Louise Michel vêtus de noir, de jeans slim et de têtes de mort (enfin, peut-être ne sont-ils pas assez « chic et décalé») (hein mais c’est qui, eux? Des gens qui se sont battus pour leurs idées. Totalement has been).

Ouaip. « Chic et décalé ». V’là la marque de fabrique de la marque. « Décalé », pardon??? Il est vrai que : des tons qui se déclinent en grande majorité du noir au gris, voire au BEIGE (décalé), « des basiques mais revisités avec le soucis du détails » (décalé), mais surtout surtout surtout… des nippes que les membres du couple s’échangent parce qu’ils se fringuent pareil (décalé). Mais c’est bien sûr: DÉCALÉ! Je n’ai même pas envie d’imaginer ma vie avec un mec qui considère que nos fringues sont interchangeables. D’abord parce que je vois bien venir le coup de « tu m’as déformé ton t-shirt avec tes énormes seins, connasse » (eh oui, je suis une bombe sexuelle, get used to it les enfants), mais aussi l’inévitable dérive « j’adoooooore ta robe rose ma chérie, je te l’emprunte pour la soirée ». NON. Je dis NON.

Et, tenez-vous, cette campagne de pub est tant décalée que les couples photographiés sont « vrais ». Vérité, sur les panneaux publicitaires, j’écris ton nom. Plaisir de voir qu’on trouve en liberté dans la rue tous ces assemblages de clones maigres et androgynes, qui ont résolu la question du style en n’existant que par le fait qu’ils sont un ménage. Bizarre individualisme du couple, qui doit incarner une image et un standard social uniforme et lissé. Le couple, arme sociale et image de marque. On se définit par ses deux prénoms et sa « date de mise en couple ». Belle vision de la vie à deux. – Et vous êtes? – Léandre et Jézabel, en couple depuis 2 semaines.  – Oh, positivement en-chan-tée! Jean-Patrick et Honorine, en couple depuis 6 ans. Question cruciale: la durée est-elle un critère de supériorité sociale? (Je citerais bien les Fragments d’un discours amoureux là, mais ces raclures gémellaires ne méritent pas tant d’honneur).

Mais mais mais ces « vrais couples » c’est pas n’importe qui non plus. Outre qu’ils ont l’air d’osciller entre la paire de zombies et le duo de métrosexuels androgynes branchés (choses plus ou moins synonymes à mon sens), ces tandems de la win vestimentaire sont originaires d’«un peu partout ». Comment, me direz-vous, Johannesbourg, Dehli, Rio de Janeiro, Séoul, Koursk, enfin, partout? AAAAAAH mais c’est que partout n’a pas un sens véritablement géographique dans le sympathique univers de The Coupeulz. Partout veut dire « Paris, Londres, New York, Tokyo… » – appréciez le poids des points de suspension, je pense que le pauvre a eu du mal à trouver un autre nom de ville hors de ces capitales (il a dû oublier Berlin).

Excursus 3. Paris, Londres, New York, Tokyo.
C’est marrant, parce qu’en urbanisme (science de la boulasse substantifique que j’étudie à la sueur de mon front) (oh ma thèse, non, je ne t’ai pas oubliéééééééée) on appelle ces lieux les villes globales, c’t’à dire pour l’résumer à la cool les endroits où se concentrent le fric et le pouvoir dans notre belle société urbaine post-industrielle. J’irais même jusqu’à parier que ces charmants petits couples de m’sieur et m’dame tout-le-monde sont concentrés dans ces quartiers sauvagement livrés à la gentrification (quand les artistes et leurs amis les bobos viennent investir un quartier ancien dégradé pour le reconquérir dans le triomphe du devoir accompli) (bon c’est un peu abrégé aussi, voyez un truc un peu scientifique sur la question). Veuillez excuser cet excursus complaisant, c’est pas tous les jours qu’on peut chanter une ode à la ville globale. (Ô ville globale, chantre de la puissance néo-libérale, tu as su résister aux crises et aux révolutions, ô ville globale, ultime refuge des seigneurs de la finance et des artistes rebelles, je chante ton nom à la face des siècles).

Bref, bandes de zombies qui passez chaque matin une heure devant votre placard du Marais, de Soho, d’Islington et de Shibuya, merci de nous apprendre la vie. La gémellité dans le couple, y a que ça de vrai.

Remarquons à bon escient que cet intéressant concept a été également mis en scène par une marque cotonneuse (appartenant d’ailleurs à la même famille, les idées circulent), qui met en scène des mères et des filles dont les fringues ET LES IDÉES sont également interchangeables (entendez: d’une affligeante banalité). Les donzelles expriment ainsi leurs goûts / dégoûts (I love le vent dans les branches / I hate le racisme) (cliché, toi aussi j’écris ton nom). JE NE VAIS PAS TROP CONTINUER PARCE QUE JE M’ÉNERVE DÉJÀ TOUTE SEULE LÀ. Est-ce à dire que notre identité se définit par nos inclinations, et que PENSER c’est peut-être un peu trop demander?? Je m’interroge. Pour moi c’est clair: I love myself, I hate les cons. Et débrouillez-vous, bande de sous-développées du bulbe.

DESCARTES, REVIENS!!!

Outre cela, l’idée d’interchanger son vestiaire avec sa mère est également d’une ineptie sans nom: depuis quand l’âge a-t-il perdu tout sens? Kikoo les gens, on naît, on grandit, on vieillit, on meurt. That’s life. Et plus on vieillit, plus on vote à droite. Pan. J’ai personnellement moyen envie que ma mère s’habille comme moi, et inversement j’imagine. Ravages dans les chaumières et dans les cœurs. On ne compte plus les mères traumatisées par ces sottes réclames: l’une éclate en sanglots à l’idée qu’elle a l’air tellement plus vieille que sa fille, telle autre ne se remet pas d’être si peu branchée, la troisième enfin se désole du poids qu’elle a en trop. Jeunisme de merde, si vous voulez bien me passer l’expression.

Nous ne sommes pas une masse indéterminée de moutons sans âge et sans sexe, nom d’un petit bûcheron en string léopard!

Il y a des jours où je me dis, bordel,

Est-ce ainsi que les hommes vivent.

Considérations d’une banalité affligeante sur le port d’armes à feu

Tout à l’heure j’étais dans le métro et que vois-je dans la main de mon voisin d’en face, un type mou et efflanqué, de type tout à fait houellebecquien?

J’entends par là un cadre moyen au crâne dégarni ayant légèrement dépassé la quarantaine, perdu ses illusions s’il en avait, et en général très préoccupé de son pénis et de ses performances sexuelles (en deux mots: j’aime énormément le style de Houellebecq mais ne trouve pas toujours très inspirants ses personnages) (enfin, c’est sans doute le but de l’affaire) (je suis une romantique qui s’ignore).

Que vois-je donc dans la main de mon voisin, disais-je, avant de m’embarquer dans de vaines considérations littéraires?

Une cible de tir criblée d’impacts de balles.

Non mais. Je vous demande un peu. Surtout que dans l’autre main il tenait un petit sac qui avait l’air suspicieusement lourd – manquerait plus qu’il trimballe en plus un Glock 9 mm, voire un Uzi ou autre saloperie de style létal et phallique.

Déjà que j’étais bien vénère parce que j’avais raté ma station tellement je suis fatiguée de passer mes journées à préparer des cours que je déblatère ensuite en assommant à l’envi mes pauvres étudiants, et en plus ce connard a le front d’affirmer son amour des armes dans un moyen de transport public! Sommes-nous dans les quartiers du 9-3, où sévissent les bandes de voyous à l’origine douteuse qui pratiquent diverses sortes de trafics dans une impunité qui défie la République, ou bien chez les bobos du 18ème?

Ni une ni deux que je lui suis tombé sur le râble pour lui dire son fait.

1. Bravo que de faire l’apologie de l’arme à feu, qui est vraiment l’arme des petites bites faibles (pardonnez ma tendance au vulgaire, mais enfin sommes-nous chez les Américains sauvages?) Hegel, qui n’était pas le dernier pour dire des conneries, explique doctement que l’invention de la poudre c’est de la grosse boulasse parce que ça permet de développer le « courage sans passion personnelle » vu qu’on tire sur un ennemi abstrait. Tout de suite on se prend de sympathie pour la grosse machette qui permet de massacrer son voisin d’une façon bien sanguinolente, parce que franchement le courage qui consiste à appuyer sur un bouton pour buter une bonne fournée de civils ça vous fait plus froid dans le dos qu’autre chose. Tuer, c’est un truc un peu violent quand même, me semble-t-il. Cher monsieur, si vous avez des couilles voulez montrer votre courage, agissez avec un bon vieux couteau de cuisine et faites-vous greffer un pénis. Ou achetez-vous un étui pénien comme les Papous. Je ne comprendrais jamais cette appétence des hommes pour les substituts d’organe (vous n’avez pas l’air de le croire messieurs mais la taille n’a que peu d’importance – QU’IMPORTE LE FLACON POURVU QU’ON AIT L’IVRESSE) (je parle de poésie, évidemment).

2. Mais qu’est-ce qu’on a à foutre, gars, que tu aies fait un carton à ton club de tir? Tu te rends bien compte que tu t’entraînes pour tirer sur des gens? Tu trouves ça cool comme activité? Même si tu es flic ou gendarme (mes professions préférées entre toutes, avec trader, militaire et ministre), est-ce vraiment un but dans la vie de montrer à tout le monde tes capacités en matière d’armes à feu? Est-ce que je trimballe mes copies à tous les vents pour montrer au monde extérieur que j’ai le pouvoir sur mes étudiants?

Mon Dieu. Une pensée perturbante me vient à l’esprit. Peut-être que ça marche vraiment sur les meufs, ce genre de conneries? Après une courte enquête sur le oueb, je constate que oui, les policiers sont la 5ème profession la plus sexy selon les femmes (il y a vraiment des enquêtes sur tout et n’importe quoi), mais après les ARCHITECTES (OMG!!!!!) et les enseignants-chercheurs (yes!) (quoique…) entre autres. Cette hiérarchie me perturbe. Je vais réfléchir à ce problème et revenir vous abreuver de mes intéressantes réflexions, mais pour l’heure je n’ai pas trop le temps alors je le mets dans mon tiroir des énigmes sociétales non résolues.

3. T’as vraiment besoin de faire le kéké dans le métro, à la vue des bobos, des nounous et des petits enfants?? Connais-tu le sens du mot pudeur? On commence comme ça et on finit par montrer son joujou aux petits enfants. Malsain, tout ça.

4. Si ça ne tenait qu’à moi, tu finirais au kolkhoze pour tireurs d’arme à feu à dessiner des napperons pour les petites vieilles avec ton automatique de merde.

J’aime bien envoyer les gens au kolkhoze dans mon monde fantasmatique. Mon petit côté Pol Pot.

Je lui ai balancé dans sa face. Ou pas.

Je suis vraiment d’une lâcheté confondante.